Jean-Pierre Marielle, mort à 87 ans, dans les archives RTBF: "A 30 ans, j'avais un physique pas terminé"

Incarnation d'une époque où les acteurs se délectaient à jurer et fumer à l'écran, l'acteur Jean-Pierre Marielle, grande figure du cinéma français qu'il aura marqué de sa voix caverneuse, est décédé mercredi à l'âge de 87 ans.

Inoubliable interprète de Monsieur de Sainte-Colombe dans "Tous les matins du monde" (1991), le comédien est décédé des suites d'une longue maladie.  Le comédien avait disparu des écrans depuis quelques années, après avoir joué dans plus d'une centaine de films (sous la direction notamment d'Audiard, Blier, Molinaro, Mocky, Sautet, Tavernier, Miller) et d'innombrables pièces et téléfilms.

Jean-Pierre Marielle au théâtre à Bruxelles dans "Le grand testament" de Guitry

Au cours de sa carrière, il a été nommé sept fois aux César notamment pour son rôle dans "Tous les matins du monde", que beaucoup considèrent comme le sommet de sa filmographie.

"Les César ? J'en ai rien à foutre!", répondait-il.

Il "avait cette gouaille imprévisible, ce grain de folie qui transcendent un immense acteur. Une voix dont "il savait se servir sans que cela soit jamais ostentatoire", a souligné Philippe Labro qui l'avait fait tourner dans "Sans mobile apparent" dans les années 70.

D'abord acteur de théâtre et de boulevard, Jean-Pierre Marielle connaîtra des débuts timides au cinéma avant d'exploser à la fin des années 60 et d'imposer sa gouaille, autant dans des films comiques que tragiques, d'auteur que grand public.

Nous avons retrouvé dans les archives de la RTBF une longue interview de l'acteur, dans l'émission Cinéscope, où il explique son parcours et explique pourquoi il n'a pas eu accès tout de suite aux premiers rôles:

"Ca s'est passé comme ça, ça a monté tout doucement. J'ai commencé de façon tout à fait normale, par la filière classique, d'abord des petits rôles". Peut-être n'avait-il pas encore le "physique" de son personnage..."Il y a des acteurs qui sont ce qu'on appelle des jeunes premiers, il est évident que les acteurs qui correspondent exactement aux canons de beauté de l'époque travaillent tout de suite. Moi, j'avais un physique pas terminé quand j'avais 25-30 ans".

Et même s'il ne pense pas que son succès postérieur soit uniquement lié à sa moustache; il concède à l'époque: "Ca fait 18 ans que je vis avec, je pourrais désormais difficilement m'en passer".

Il a alors dû affronter un autre écueil, celui du personnage "monolithique": "Quand vous avez du succès dans un style de personnage, après on vous propose toujours ce même style. Et moi, j'ai commencé à travailler souvent avec Philippe de Brocca, où je jouais des personnages de bellâtres un peu sots, et pendant très longtemps, on m'a proposé des rôles de séducteurs calamiteux, catastrophiques. Mais en prenant de l'âge, je ne vais pas continuer à jouer ce genre de rôle..."

Longue interview de Jean-Pierre Marielle dans Cinéscope, en 1984

Une évolution qui lui avait permis de jouer dans des grands films hollywoodiens, comme le "Da vinci Code"

Jean-Pierre Marielle dans le Da Vinci Code

Il avait même joué sa mort...

Une évolution qui le poussera même à se moquer de lui, comme dans "Les Grands Ducs", où avec Jean Rochefort et Philippe Noiret, il incarne un fabuleux trio d'acteurs sur le retour. Ou dans le film "Les acteurs", de Bertrand Blier où il joue... sa propre mortn et le drame ultime de l'acteur: "ne plus être entendu"...

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