De Rock à gogo à Hell's Bells: Pompon, aka Jacques de Pierpont, tire sa révérence

Pompon, lors de l'enregistrement de sa dernière émission, lundi
Pompon, lors de l'enregistrement de sa dernière émission, lundi - © Tous droits réservés

C'est un monument de RTBF qui tire sa révérence ce vendredi. Après 40 ans de carrière passés à la RTBF en radio, Jacques de Pierpont, alias "Pompon" pour ses fans, a enregistré le dernier numéro de son émission de rock métal "Hell's Bells", diffusée sur Classic 21; une émission exceptionnellement enregistrée en public pour l'occasion. Retour sur la carrière d'une légende du rock en radio.

Lundi, dans les studios de Classic 21 à Mons, Jacques a enregistré sa dernière émission - en public - après une longue carrière. Et pour les fans de la première heure, le moment est intense. "C’est une encyclopédie, avec une grande culture musicale, qui va manquer aux ondes", explique cet auditeur fidèle et spectateur d’un jour. Avec plus de 40 ans de carrière au service du rock, Jacques de Pierpont est une référence incontestée.

Jacques a débuté à la RTBF en tant que journaliste. Il rapidement a basculé dans le rock dans les années ’80. "Rock à gogo", émission de référence pour toute une génération d’ados et de plus âgés, a animé les ondes pendant plus de 20 ans.

Pour la culture indépendante

"Il n’y avait pas de rock à la radio au début des années '70. Et puis vers ’75-’76, il y a eu Impédance, avec Pierre Guyaut , se rappelle-t-il . "Et ça a commencé à se développer, en soirée, face à la télévision, où la décision d’écouter la radio plutôt que de regarder la télé, ou aujourd’hui de se mettre devant un écran internet, c’est vraiment un choix délibéré".

Jacques de Pierpont vit aujourd’hui à Louvain-la-Neuve. Il racontait que son déménagement a été une énorme entreprise: comment transporter des dizaines de mètres cubes de disques, de BD et de fanzines  Et où les mettre? Car Pompon est un homme de culture. Animateur radio, mais aussi fan de BD, pilier du BIFFF, des festivals de rock... Son dada? La découverte des nouveaux talents belges. "Je me sens comme John Peel, ce type découvreur-animateur de la BBC. Dans son attitude comme dans sa démarche. Discret mais fier d'avoir accompagné tout ce bouillonnement de création musicale rock et alternatif en Belgique pendant des décennies. Et d'être reconnu pour cela", explique-t-il.

Le choix du service public

Beaucoup lui doivent une fière chandelle. "En Belgique, il n'y avait que Rock à gogo pour servir de première émission de radio nationale à une foule de groupes punk, hardcore ou noisy. Je recevais ces artistes car je les aimais, même les plus radicaux condamnés d'avance par leur attitude à ne pas émerger".

Pompon, c’est aussi une grande gueule. Son choix de travailler pour le service public, même si ses dernières années y furent plus difficiles, était conscient et délibéré: "A l’époque, il y avait un véritable choix philosophique à faire au départ. Aller à la RTBF, c’était opter pour la côté ‘exigent, noble’. Je suis resté 40 ans dans la même boîte, mais à la radio, j’ai tout fait, sauf présenter le jazz", raconte-t-il.

"Les petits hommes gris"

Et ce choix, c’est aussi une exigence: celle de la qualité. "C’est vrai que la grande masse du public radio n’aime pas écouter ce qu’il ne connait pas. C’est triste mais c’est comme ça. On peut accuser les médias, mais à l’autre bout de la chaîne on peut accuser le public d’être ronronnant, et de se précipiter à 60 000 à Werchter pour voir Pink Floyd, qui n’est plus que l’ombre de lui-même" , déclarait-il en 2000... Un discours sans langue de bois, qui épingle cependant "les petits hommes gris" de la gestion et du management "qui ont gagné, regrette-t-il.

"Rock à gogo, surtout après 1993 et sa menace de suppression, était considéré comme le village gaulois tenant tête aux Romains. Les territoires que je faisais vivre comme le rock ou la bédé, c'était les exclus, la marge de la culture. J'ai la fierté d'avoir défriché ces terrains envers et contre tous" . Et de regretter qu’il n'y ait plus de rock alternatif nulle part, puisque tout est soumis aux diktats de la pub et de l’audience.

Son meilleur souvenir ? Il date de 1994. La RTBF, qui avait décidé de supprimer Rock à gogo, avait reçu une pétition de 40 000 signatures, et une soirée de soutien avait été organisée aux Halles de Schaerbeek. Toute la scène belge de l’époque y était présente, et la soirée était sold out: "C’est à ce moment que je me suis rendu compte que ce que je faisais avait un impact. Quand on travaille le soir, on est un peu déconnecté du réel, on n’a pas de retour en temps réel".

Entre ses anecdotes légendaires et sa voix reconnaissable entre mille, Jacques de Pierpont laissera assurément un vide sur les ondes, d'excellents souvenirs aussi. Sa dernière émission a été mise en boîte sous le signe de la bonne humeur de bout en bout, pour celui qui a marqué des générations de rockers. Un livre d'or a été ouvert sur le site de Classic 21: d'ores et déjà, des dizaines d'auditeurs y ont laissé quelques mots, qui témoignent de l'importance de sa carrière au service de la culture.

"La fête à Pompon" est par ailleurs organisée, le samedi 4 avril, au Magasin 4 à Bruxelles.

RTBF

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