IPTV, la télévision par internet: des milliers de chaînes pour un tout petit prix, mais dans l'illégalité

Quand Edouard a entendu parler de l’IPTV via des amis, il n’en a pas cru ses oreilles. Après avoir pris quelques renseignements, il a acheté son boîtier IPTV dans une boutique de hifi et télécoms à Bruxelles. Ses colocataires et lui étant de grands amateurs de football, ils n’ont pas hésité longtemps avant de craquer.
Quand Edouard a entendu parler de l’IPTV via des amis, il n’en a pas cru ses oreilles. Après avoir pris quelques renseignements, il a acheté son boîtier IPTV dans une boutique de hifi et télécoms à Bruxelles. Ses colocataires et lui étant de grands amateurs de football, ils n’ont pas hésité longtemps avant de craquer. - © Tous droits réservés

Un peu moins de 7€ par mois pour accéder à des milliers de chaînes, grâce à un petit boîtier achetable dans le commerce. Plusieurs de ces offres sont visibles sur le net, mais aussi dans les magasins qui vendent ces boîtiers. Il s’agit de l’IPTV, la télévision par internet. Ces offres sont effectivement tentantes, mais elle est illégale.

Quand Edouard a entendu parler de l’IPTV via des amis, il n’en a pas cru ses oreilles. Après avoir pris quelques renseignements, il a acheté son boîtier IPTV dans une boutique de hifi et télécoms à Bruxelles. Ses colocataires et lui étant de grands amateurs de football, ils n’ont pas hésité longtemps avant de craquer. "Les bouquets football sont assez chers donc on s’est renseigné pour l’IPTV, raconte-t-il. Puisque les prix étaient hyper avantageux et que l’offre est plutôt carrée, on s’est lancés et en deux ou trois heures, c’est bouclé".

L’abonnement IPTV qu’ils ont choisi leur donne, entre autres, accès à tous les bouquets de football : l’offre de Voo sport, celle Be In Sport,… Si on devait cumuler les prix des vrais abonnements pour ces bouquets, on arriverait bien au-dessus des 80€ par an demandés par la société d’IPTV à laquelle ils se sont abonnés. En plus du football, Edouard et ses colocataires ont accès aux chaînes de nombreux pays, qu’elles soient gratuites ou payantes. Il y a aussi un catalogue de films et de séries à la demande. Pas étonnant donc que certains cèdent à la tentation, au risque d’être dans l’illégalité.

Droits d’auteur non payés

Car, en effet, ces offres d’IPTV sont illégales car elles ne payent pas les droits d’auteur aux chaînes qu’elles distribuent. "Ce n’est pas en soi le moyen de communication, l’IPTV, qui est illégal, explique Paul Van Den Bulck, expert en droit des technologies de l'information. Il y a des offres pour lesquelles les droits d’auteur ont été pays (NDLR : Proximus, Voo, Orange,…), et puis vous avez des boîtiers qui offrent des contenus pour lesquels les droits d’auteur n’ont pas été payés. C’est en ça que cette IPTV est illégale". C’est ce qui leur permet de proposer des tarifs aussi avantageux : ils se contentent de pirater le signal des chaînes et ne payent strictement rien à ces dernières.

Nous avons découvert de nombreux magasins à Bruxelles qui vendent ce type de services. Bien sûr, les commerçants ne précisent pas qu’il s’agit d’une pratique illégale. Aucun d’entre eux n’a voulu répondre à nos questions. Pourtant, certains indices peuvent quand même laisser à penser que ces offres sont illégales. "Quand vous achetez des produits de marque peu chers qui sont offerts en grande quantité, vous pouvez vous douter qu’il s’agit d’une contrefaçon", continue Paul Van Den Bulck.

Dangereux pour le consommateur

Car il s’agit en effet de contrefaçon. En 2017, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a signé un arrêt dans lequel elle estime que le vente de ces boitiers illicites pouvait être considérée comme une atteinte aux droits d’auteurs, et que le visionnage de ces contenus pouvait être considéré comme de la contrefaçon. Le consommateur pourrait donc être poursuivi. Mais ce n’est pas le seul risque pour le consommateur : "Ces boîtiers peuvent par exemple collecter des données personnelles via des logiciels malveillants ou contenir des virus", prévient le juriste.  

Certains essayent de stopper ces pratiques de contrefaçon. La RTBF, par exemple, a déposé l’an dernier une plainte au CSA contre une de ces plateformes basée en Lituanie qui proposait dans son offre les trois chaînes de la RTBF : La Une, La Deux et La Trois. Mais la plainte n’a pas abouti. "La coopération entre les organes de régulation a ses limites, constate Simon-Pierre De Coster du service juridique de la RTBF. L’autorité de régulation lituanienne a collaboré avec le CSA mais le propriétaire de la plateforme a dit qu’il se contentait de fournir des éléments d’information et qu’il ne procédait pas à de la distribution effective des programmes de la RTBF".

La difficulté, c’est d’abord de retrouver la trace du propriétaire du site internet qui propose ce genre de service pirate

Ces sociétés d’IPTV illicite choisissent souvent de s’installer dans des pays qui collaborent peu en matière de piratage informatique. "La difficulté, c’est d’abord de retrouver la trace du propriétaire du site internet qui propose ce genre de service pirate, explique Simon-Pierre De Coster. Quand on parvient à l’identifier, il est difficile d’introduire une action judiciaire dans un pays où les procédures sont souvent longues, aléatoires et coûteuses".

Il est difficile de chiffrer le nombre de belges qui utilisent ce type de plateformes. "Mais nous pensons qu’ils ne devraient pas être supérieur à deux ou trois pourcents de l’ensemble des ménages wallons et bruxellois, continue Simon De Coster. Le jour où ce sera plus significatif et où de gros opérateurs IPTV siphonneront le marché des télédistributeurs officiels, je pense qu’il y aura une réaction coordonnée de l’ensemble des distributeurs de services et des télévisions belges".   

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