IPM propose de racheter L'Avenir sans licenciement collectif

Le groupe de presse IPM qui publie notamment les quotidiens La Libre Belgique ou la Dernière Heure Les Sports est candidat au rachat du groupe L’Avenir sans plan social. La semaine dernière, mardi, la direction de L'Avenir a annoncé sa volonté de licencier 60 équivalents temps plein sur 250. La nouvelle a été perçue comme un séisme dans la presse francophone.

"Il faut avoir une vision de développement"

L'administrateur délégué d'IPM, François le Hodey a fait l'annonce d'une volonté de rachat ce matin dans La Libre Belgique, dans son journal donc, avec effectivement cette promesse : si IPM rachète L’Avenir, il n'y aura pas de plan social. Pas besoin, dit-il, de supprimer un quart de l’emploi parce qu’entre L’Avenir et les journaux du groupe IPM, il y a pas mal de synergies :

"Elles sont extrêmement nombreuses, parce qu’en fait si vous regardez les activités de L’Avenir et les nôtres, ce sont tip top les mêmes", a expliqué François le Hodey au micro de Michel Gassée, "par exemple, au niveau des achats, ce sont les mêmes biens que nous achetons".

"L’informatique de L’Avenir est le même que le nôtre, donc nous pouvons améliorer les achats au niveau des logiciels, utiliser des 'practices' communes et éviter de redévelopper deux fois la même chose", a-t-il continué.

"Au niveau rédaction, il y a des contenus qui sont réalisés par L’Avenir et qui peuvent être utiles pour nous, et vice-versa. Ça permet d’enrichir les offres et aujourd’hui, il faut avoir une vision de développement, c’est-à-dire qu’il faut arriver à créer plus d’offres mieux segmentées sur Internet et arriver à les monétiser", conclut-il. 

Nethys serait-il prêt à vendre les Éditions de l'Avenir?

Encore faut-il évidemment, que le groupe Nethys, l’actuel propriétaire des éditions de L’Avenir, soit vendeur, et à ce stade, ce n’est pas évident du tout.

Est-ce que cette opération — à mettre au conditionnel — aurait du sens d’un point de vue économique et stratégique ?

François le Hodey en est convaincu et il en est convaincu depuis des années. Pour lui, il n’y a pas de place pour trois groupes de presse dans l’espace Wallonie-Bruxelles. Deux groupes, pas plus : d’un côté, Rossel avec Le Soir et Sudpresse ; et de l’autre, IPM avec La Libre Belgique et La Dernière Heure, et si possible bien sûr, L’Avenir.

Pour François le Hodey, on aurait alors deux groupes de presse de taille similaire en termes de concurrence, ce serait OK pour lui.

IPM a-t-il les moyens de racheter les éditions de L’Avenir?

François le Hodey semble très confiant sur la capacité de son groupe à financer une telle opération.

"Notre groupe, au cours de ces dernières années, comme on ne pouvait pas se développer dans la presse, on a quelque part été forcé de se développer dans d’autres secteurs et nous avons, par exemple, choisi le secteur des paris sportifs, et en moins de huit ans, nous sommes devenus un très gros opérateur en Belgique dans ce secteur", explique François le Hodey. 

"Nous avons d’autres actifs dans l’entreprise, nous sommes actionnaires de RTL par exemple, et nous sommes également actifs dans le tourisme. Donc, l’entreprise a des actifs importants et aujourd’hui, nous sommes prêts à mobiliser des ressources qu’il faudra pour acquérir L’Avenir.

IPM se montre donc prêt à mobiliser l’argent nécessaire pour racheter L’Avenir, pour autant — on le rappelle encore — que L’Avenir soit à vendre. Et puis, bien sûr, pour autant que L’Avenir soit à vendre, il faudra encore définir un prix, mais à ce stade, la question est parfaitement prématurée.

Réaction du syndicat à l'Avenir

Le président de la société des rédacteurs (SDR) des Editions de L'Avenir (EDA), Emmanuel Wilputte, s'est montré ouvert lundi à la proposition du patron du groupe de presse: "On prend bonne note de cette offre. C'est la preuve qu'il y a des possibilités multiples de réorganisation de la presse belge", a-t-il déclaré. La SDR estime toutefois qu'une "temporisation" est nécessaire afin que "toutes les pistes soient analysées dans la sérénité".

Pour la SDR, "tout est possible à partir du moment où il y a une temporisation". "Il faut mettre les choses à plat dans la sérénité et sans précipitation et analyser ce qui est faisable et avec qui. Quoi qu'il en soit, il s'agira d'un choix politique car l'actionnaire est public. On espère d'ailleurs que Nethys participera à la réflexion", souligne Emmanuel Wilputte.

Le président de la SDR parle d'un "momentum important" pour la presse quotidienne. "Il en va de la diversité des médias. Une solution réfléchie doit dès lors être trouvée en pensant aux enjeux globaux de la presse quotidienne francophone", conclut-il.

Quid d'une gestion publique?

Un portage public des Editions de l'Avenir est par ailleurs envisagé. La Région wallonne pourrait ainsi, via un de ses outils financiers, sortir les EDA du groupe Nethys afin de limiter l'impact social de la réorganisation du journal.

Un débat sur le futur de l'Avenir se tiendra le 8 novembre prochain en commission Économie du Parlement wallon.

Reportage dans notre journal télévisé de la mi-journée

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK