Intronisation de Philippe: qu'en pense la Flandre ?

Les Unes de quelques journaux flamands au lendemain de la prestation de serment de Philippe
Les Unes de quelques journaux flamands au lendemain de la prestation de serment de Philippe - © RTBF

Au lendemain de la prestation de serment de Philippe lors de cette journée historique du 21 juillet, tous les yeux sont rivés sur les réactions au nord du pays. Qu'en disent les éditorialistes flamands ? Côté francophone, on souligne une belle unanimité sur la performance de Philippe.

Le premier élément qui ressort des éditos du nord du pays est qu'on y salue largement la prestation du nouveau Roi dimanche : "Philippe a réalisé un sans faute, est apparu moins crispé, plus sûr de lui".

Deuxième élément qui revient, c'est la menace : celle des élections qui se profilent en 2014.

"L'ombre du grand absent, Bart De Wever a plané déjà sur la journée d'hier", écrit Bart Sturtewagen dans le Standaard, "et cela malgré les tentatives de rassurer". "A travers tous les discours hier, on a voulu montrer une Belgique harmonieuse. Nous ne sommes plus divisés. Nous transformons notre diversité en atout, d'après les mots d'Albert et de Philippe. De beaux discours qui semblaient vouloir dire : 'Les conditions sont réunies pour que francophones et Flamands vivent paisiblement ensemble'".

Bart Sturtewagen souligne aussi la volonté d'associer l'Europe à cet événement. L'hymne européen a retenti à la Chambre, après la Brabançonne. Une arme à double tranchant car, rappelle Bart Sturtewagen, "il y en a qui attendent et espèrent que l'Europe pourra reprendre les tâches non transférées aux entités fédérées".

"Philippe a été exemplaire lors de son premier jour en tant que Roi", écrit pour sa part le Morgen. "Mais ce n'était naturellement pas un vrai test" et de mettre aussi en exergue les élections de 2014. "Que se passera-t-il si Bart De Wever remporte une large victoire ?", "est-ce que le Roi peut et veut collaborer avec un régime qui est contre sa fonction et la survie du pays ?"

Même son de cloche dans le Belang van Limburg : "Si la N-VA triomphe, le roi Philippe devra agir avec beaucoup de prudence afin d'éviter une crise institutionnelle".

L'ombre de Bart De Wever plane aussi dans Het Laatste Nieuws

"L'avenir de notre pays, et celui du roi Philippe dépendra de la façon dont les électeurs du nord du pays vont rebattre les cartes du jeu politique en 2014. Une crise profonde menace, comme en 2010. Ce sera là l'épreuve du feu pour le Roi. Nous verrons alors clairement sa vraie nature et le rôle réel qu'il veut donner à la monarchie".

Dans Het Nieuwsblad, Liesbeth Van Impe affiche clairement ses opinions, quand elle reconnaît qu'elle n'est pas très monarchiste, que la grandeur, la magie, la fascination pour ce que font les princes et princesses la laissent indifférente, et qu'en tant que démocrate convaincue, elle estime que le roi est "une relique d'un passé lointain et révolu". S'adressant à Philippe, elle lui dit : "Moins vous avez de pouvoir, mieux je me porte". Et continuant de s'adresser au Roi, elle lui donne un conseil : "Soyez prudent, ne vous exposez pas trop. Le meilleur Roi est un Roi politiquement invisible". Mais Liesbeth Van Impe le concède : "Soyons honnête, vous vous en êtes bien sorti hier." "Vous n'avez pas fait de lapsus, pas trébuché, vous donniez l'impression d'avoir la situation sous contrôle."

Et évoquant les enfants du Roi, la rédactrice en chef du Nieuwsblad dit ceci : "Vous n'avez jamais l'air aussi sincèrement heureux que sur les photos avec vos enfants. Quand je les ai vus tous beaux et assis bien en ligne, je m'imaginais qu'ils avaient autant que possible une enfance normale. Et je vous souhaite de poursuivre dans cette voie. Un Roi qui est aussi un bon père, c'est quelque chose que vous pouvez réussir mieux que votre prédécesseur. Et ce n'est déjà pas si mal".

Côté francophone, une belle unanimité sur la performance de Philippe

La Libre Belgique note une "intronisation parfaitement maîtrisée" du Roi Philippe, qui est monté sur le trône de Belgique "avec une assurance et une aisance qui ont surpris et réjoui".

Dans le Soir aussi, Béatrice Delvaux parle d'"opération réussie pour le Roi Philippe", qui a passé l'épreuve "haut la main" et a d'emblée "marqué sa patte". Le plus remarquable cependant est que le nouveau Roi a délivré un message malin et tactiquement crucial dans cette Belgique, en soulignant dans son discours à la Chambre, l'importance des entité fédérées "qui rapprochent le citoyen de la prise de décision". "C'est très bien joué", écrit Béatrice Delvaux, qui analyse ceci : "Le gouvernement et le Palais ont voulu faire de cet événement redouté une opportunité de communiquer sur le thème : la Belgique est désormais gérée, réinventée, et cela fonctionne". Même analyse que celle de Bart Sturtewagen dans le Standaard.

Dans l'Echo, ce sondage commandé par le quotidien économique en collaboration avec le Tijd. Les chiffres montrent l'énorme différence de perception de la monarchie au nord et au sud du pays. Le Nord accepte du bout des lèvres un rôle protocolaire, alors que les francophones sont très largement attachés à l'institution monarchique sous sa forme actuelle.

L'Avenir souligne à quel point la famille royale a été mise en avant hier. Dans les discours, dans les images. La famille en point d'équilibre, en point d'attention. L'analogie est facile avec notre pays qui ressemble à une de ces familles qui doit surmonter ses différences, jouer sur sa diversité pour maintenir cette volonté de vivre ensemble.

Véritable ode à la Belgique "unie et fière" dans les journaux du groupe SudPresse, et aussi dans la Dernière Heure où l'on souligne que la chaleur n'était pas que dans l'atmosphère mais aussi dans le cœur de tous les Belges. Avant de conclure sur un vibrant : "Vive le Roi ! Vive la Belgique !"

A. Goncalves

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