"Intégration, Inch'Allah" ou comment ça marche l'intégration? Documentaire à voir sur la RTBF

Comment ça marche l'intégration ? C'est la question que pose un documentaire qui est diffusé ce lundi soir sur La Trois en télé. Un documentaire tourné en Flandre, où le parcours d'intégration existe depuis 2003.

Son réalisateur, Pablo Munoz Gomez, était l'invité du Point de Vue de Matin Première ce lundi. Il était interrogé par François Heureux : 

Vous avez réalisé ce fameux documentaire qu'on pourra voir ce soir, à 21 heures 15, sur La Trois télé, il s'appelle "Intégration, Inch'Allah", et vous avez suivi des adultes arabophones à Anvers pendant 7 semaines, en compagnie d'un professeur passionné, d'ailleurs c'est un peu le héros de ce documentaire, il s'appelle Ahmed Ben Saïd. On ressort de ces 7 semaines de votre documentaire, en se disant qu'en fait, il est très bien ce parcours intégration, non ?

Pablo Munoz Gomez : "Il très bien, il est organisé, il est financé au minimum, ça c'est sûr. Après on peut remettre plein de choses en question évidemment. La raison pour laquelle j'ai été le faire à Anvers et pas à Namur ou à Charleroi, c'est que la proposition était complète, et on va dire aboutie dans le sens qu'ils assumaient pleinement leur proposition de parcours d'intégration, oui. Après nous, on a plutôt axé le film sur les cours de citoyenneté et moins sur les cours de néerlandais, même si on en montre un petit peu, mais voilà après on peut questionner plein de choses, le fait est que, il existe, et les gens suivent ces cours, oui".

C'est, vrai qu'on ne voit pas très bien l'apprentissage du néerlandais dans votre documentaire. Effectivement c'est plutôt, il y a une carte de la Belgique à un moment, on apprend la géographie de la Belgique, et surtout il y a des débats au sein de ces adultes qui viennent d'Irak, de Syrie, d’Érythrée, des débats même sur leur citoyenneté à eux, sur le port du voile, la place de la femme, c'est ça qui est intéressant je trouve.

Pablo Munoz Gomez : "C'était aussi pour ça que j'avais été le faire à Anvers et avec Ahmed, parce que, en tant que personnage, il anime vraiment les débats, et il prend à cœur de remettre en question les tabous, les dogmes aussi qu'il y a dans la culture de ces pays-là, et oui en effet, c'est vrai que le cours de citoyenneté laisse la place à des débats sur des valeurs culturelles, sur les tabous comme… Ben voilà, il y a une scène sur le port du voile, ou est-ce que les femmes peuvent travailler ou pas, et pour ça, on ne peut pas nier que voilà, bon c'est intéressant que ces débats aient lieu".

C'est quoi la question de l'intégration, c'est jusqu'où on abandonne sa propre culture, jusqu'où on adopte celle du pays dans lequel on vit, c'est cette question-là qui est posée ?

Pablo Munoz Gomez : "Non, non. Je crois que l'intégration, c'est savoir simplement être indépendant dans un pays qu'on ne connaît pas initialement, je pense que c'est juste ça, après sur la question des valeurs, je ne crois pas qu'on apprend des valeurs, je crois juste qu'on apprend à s'ouvrir aux valeurs des autres, c'est plutôt dans ce sens-là qu'il faut envisager les choses, je ne pense pas qu'on… Voilà, il y a un proverbe qui dit : 'Un homme peut quitter son pays, mais le pays ne quittera jamais l'homme', et donc voilà, ils seront syriens, irakiens à vie, ça c'est sûr, après ça ils peuvent apprendre à vivre ici en Belgique, et ne pas avoir peur de la culture que nous on a ici".

Le fait qu'il soit obligatoire ce parcours d'intégration, et qu'il conditionne même en Flandre parfois l'accès à des aides sociales ; c'est une bonne chose pour vous ? Ils n'y viendraient pas si c'était pas obligatoire ?

Pablo Munoz Gomez : "Non, pour moi c'est le point négatif de ce parcours d'intégration en Flandre, c'est-à-dire que… C'est marrant parce que c'est un débat qui a lieu aussi entre les acteurs de l'intégration en Flandre, ils ne sont pas tous pour l'obligation. L'argument de ceux qui sont pour l'obligation, ce n'est pas tant l'aspect punitif, c'est plutôt l'aspect qu'au moins tout le monde est mis au courant qu'il y a un parcours d'intégration. Après ça, il y a d'autres gens, comme Eric de Jonge, qui est donc le directeur du centre d'intégration flamand à Bruxelles, qui lui est contre l'obligation, et qui dit : 'De toute manière, si le service est bien conçu, les gens vont venir', et le fait est que le 'bon' (le bureau d'accueil bruxellois d'intégration civique, ndlr) n'est pas obligatoire parce que c'est à Bruxelles, et que les classes sont pleines".

Votre documentaire, il est tourné à Anvers, j'imagine que ce n'est par hasard, Anvers il y a quand même une histoire politique, c'est là que l'extrême droite flamande a fait de très gros scores il y a quelques années, c'est une ville dirigée aujourd'hui par la NVA, par Bart De Wever ; est-ce que ces primo-arrivants, quand ils arrivent à Anvers, ils sont conscients de tout ça, ils sont au courant ?

Pablo Munoz Gomez : "Non, pas tant de l'aspect extrême droite, ça non, ils sont plutôt conscients de l'aspect économique, il y a plus d'opportunités pour eux en Flandre qu'en Wallonie, ça c'est sûr et ils le savent. Il y en a dans le groupe, que vous voyez dans le film, qui sont arrivés à Hotton et qui sont vite partis de Hotton pour aller à Anvers et espérer trouver un travail là-bas. Non ce n'est pas trop l'aspect politique. Après ça, oui, ils s'y confrontent, ils y ont à faire tous les jours. Il y a une scène dans le film où ils reçoivent le journal du Vlaams Belang, et clairement, ça ne les rend pas très heureux. Mais voilà, c'est pas trop l'aspect politique qui les a amenés à Anvers, non".

L'Agence flamande pour l'intégration des primo-arrivant, elle est sous le coup d'une grosse réforme pour l'instant, il y a eu pas mal de licenciements, notamment dans ces professeurs qui sont chargés d'apprendre la langue et les institutions belges à ces primo-arrivants ; qu'est-ce qu'il se passe, la Flandre elle désinvestie, ce n'est plus un sujet porteur aujourd'hui ?

Pablo Munoz Gomez : "Non, c'est-à-dire que, l'obligation pour ces primo-arrivants elle a un coût, c'est l'obligation de donner une place à chacun, et je pense que, la ministre de l'Intégration, Liesbeth Homans, n'est pas trop pour les dépenses envers ces personnes-là. Mais voilà, ça, ça la regarde. Après, il faut aussi remettre les choses à leur place, en Flandre, je crois que le budget est actuellement de 40 millions. Je crois que c'est le double ou le triple de ce qu'il y a en Wallonie, donc voilà, mais oui, c'est dommage".

Vous avez montré ce film aux autorités flamandes, au monde politique… ?

Pablo Munoz Gomez : "Alors je n'ai pas eu une projection face à eux, en direct, après ça, il est passé sur Canvas, mais je n'ai pas eu de réponse de Liesbeth Homans…".

Vous n'avez pas eu de réaction, vous ne savez pas comment il a été reçu… ?

Pablo Munoz Gomez : "Je pense qu'il a été bien reçu par les gens de l'intégration en Flandre, ça je l'ai montré aux primo-arrivants avec qui on a fait le film, je l'ai montré aux gens d’Atlas à Anvers, donc l'organisation dans laquelle il y les cours d'intégration. Eux, ils ont bien aimé le film après, je n'ai pas eu de réponse des politiques, non".

"Intégration, Inch'Allah" sera suivi sur La Trois d'un autre film sur le thème de l'immigration : "Je n'aime plus la mer", qui donne la parole aux enfants demandeurs d'asile. 

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK