Incendie de l'Innovation: 50 ans après, un roman relance l'hypothèse de l'attentat

L'incendie de l'Innovation, il y a 50 ans. Comme on le voit sur cette image, le grand magasin s'était mis à l'heure américaine.
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L'incendie de l'Innovation, il y a 50 ans. Comme on le voit sur cette image, le grand magasin s'était mis à l'heure américaine. - © BE - BELGA

Le 22 mai 1967, l’incendie de l’Innovation faisait 251 morts dans le centre de Bruxelles. Cinquante ans après, ce terrible épisode reste l’objet de nombreuses incertitudes et conjectures. Johan Swinnen y a perdu ses deux parents. Il avait 13 ans à l’époque du drame. Aujourd’hui, il publie un roman dans lequel il dépeint l’incendie comme le résultat d’un attentat perpétré par un groupuscule d’extrême gauche.

C’est à l'occasion de la sortie de ce livre qu’Ivan De Vadder lui a consacré un article sur le site de la VRT.

Dans son récit intitulé "Happening", Johan Swinnen suggère que l’incendie est l’œuvre de trois poseurs de bombe. Trois membres d’un groupe, Commune Ché, qui se réunit fréquemment à Bruxelles. Ce groupe disparate de militants d’extrême gauche sert d’avatar dans le livre à un groupe qui, pour le coup, a bel et bien existé: l'A.P.I.P. pour Action pour la Paix et l’Indépendance des Peuples.

"Baron rouge" et groupe maoïste

Ce groupe maoïste, financièrement soutenu par la Chine, s’est notamment fait connaître en Belgique pour son opposition à la guerre du Vietnam. Le leader de ce groupe, lit-on sur le site de la VRT, était le baron Antoine Allard (co-fondateur d’Oxfam Belgique), surnommé "le Baron Rouge" (surnom d’ailleurs conservé dans le roman).

Son groupe, l’APIP, publie avant l’incendie, un tract virulent qui vise à dénoncer la "semaine américaine" organisée en cette fin de mai 1967 dans la rue Neuve. L’Innovation y joue un rôle symbolique important puisque sa façade est recouverte d’une immense bannière étoilée.

"Depuis mercredi la rue Neuve est souillée par la présence du drapeau yankee sur toute la façade du grand magasin de l’Innovation. Une quinzaine de propagande, soi-disant commerciale, organisée par la direction même du magasin est prévue pour essayer de redorer le blason passablement terni des impérialistes américains", commence le tract qui dénonce ensuite l’intervention américaine au Vietnam et vilipende la "nouvelle occupation" de la Belgique par l’Oncle Sam.

Dans ce contexte, la "quinzaine de ‘publicité’ de l’Innovation" ferait partie d’une "vaste entreprise de mensonge et de duperie" pour faire le jeu de "la propagande américaine". Dès lors, le tract appelle à "faire disparaître le drapeau des assassins du peuple vietnamien", "il faut faire renoncer la direction de l’Innovation à sa quinzaine de propagande yankee". "Hors de Belgique, hors du Vietnam les Yankees-Nazis!", y lit-on également.

Quelques jours avant l’incendie, des activistes du groupe avaient d’ailleurs jeté des boules puantes devant un drapeau américain dans l’Innovation. C’est ce contexte d’activisme anti-américain qui sert de base au scénario échafaudé par Johan Swinnen.

A l’époque déjà des soupçons avaient pesé sur la responsabilité des membres de l’APIP. Cependant, non seulement toutes les personnes suspectées du groupe ont toujours nié avoir un quelconque lien avec l’incendie mais surtout, toutes avaient des alibis.

Par ailleurs, Jeanne Vercheval-Vervoort, éditrice responsable du tract susmentionné (et Wallonne de l’année 2006, soit dit en passant) a toujours été claire sur le sujet: "Nous avons diffusé des tracts, mais nous ne jetons pas de bombes", confirmait-elle dans une interview au Bild Zeitung, citée par Ivan De Vadder.

Le scénario de Johan Swinnen est-il irréaliste?

"Sûrement pas", écrit Ivan De Vadder. La possibilité d’un attentat a dès les premières heures de l’enquête été considérée comme une piste sérieuse. Le scénario de Swinnen colle donc à des éléments du réel. Et l’auteur affirme d’ailleurs posséder des pièces et documents qui appuient sa thèse.

La plus convaincante selon lui, est un enregistrement d’une interview de deux activistes, menée il y a deux ans. L’auteur de "Happening" affirme avoir à cette occasion obtenu une réponse franche confirmant "l’attentat de l’Innovation". Ce qui deviendra d’ailleurs le sous-titre du livre.

Mais pourquoi ne pas rendre ces "preuves" publiques alors? Il pourrait ainsi permettre d’aider à résoudre l’un des plus importants dossiers de l’histoire de la justice belge. Et établir la vérité sur la pire catastrophe de l’histoire de notre pays en temps de paix.

Mais en l’état actuel des choses, le doute demeure. Et ce livre n’est donc pas un documentaire ou une enquête mais reste un roman racontant le drame d’un enfant de 13 ans qui perd ses deux parents.

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