Image fixe d'un monde qui bouge : Shéhérazade

Shéhérazade et ses oiseaux (format original en fin d'article).
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Shéhérazade et ses oiseaux (format original en fin d'article). - © Vincent Beeckman

Chaque jour, la RTBF vous propose le regard et la plume d’un photographe indépendant sur la crise que nous traversons. Un cliché et un texte publiés chaque jour en soutien à la presse, dans le cadre de "#Restart", le plan de la RTBF lancé en soutien à la culture et aux médias, secteurs durement touchés.


Artiste de cirque, accordéoniste, danseuse à claquettes, pourfendeuse de coronavirus : Shéhérazade n’a pas fini de nous impressionner. Bienvenue chez elle et ses oiseaux…

Illumination constante. À toute heure du jour et de la nuit, un rayon de lumière irradie son visage. Shéhérazade, la coqueluche de l’immeuble, sort son clavier sur le parking devant les blocs. Nous sommes à la résidence des Platanes. Il est bientôt 20 heures et les applaudissements vont se faire entendre sous peu.

Un premier petit attroupement de promeneurs de chiens se forme, les chiens ne respectant pas toujours la bonne distance, les promeneurs non plus d’ailleurs. Les habitants sortent mains, tapettes, sifflets des enfants, ou vieilles raquettes de tennis en bois, ne servant plus que pour frapper les tapis poussiéreux.

Shéhérazade entonne alors une série de chansons, avec, dans sa main droite, son clap-clap en plastique de supportrice des diables rouges ; les deux petites mains s’agitent et donnent la cadence.

Elle improvise paroles et mélodies sur le corona. "Il ne nous vaincra pas. Nous sommes les plus forts. À bas le corona. Mettez de la javel. Du savon. Des masques. Vive le personnel hospitalier." Sa fille travaille d’ailleurs dans une maison médicale. Le sourire se transmet à toute cette joyeuse bande, formant à nouveau une communauté… C’est leur manière de lutter ensemble contre ce fléau.

Ses perroquets hurlent. La cage est toute proche de la fenêtre, au rez-de-chaussée. Il y a Stitch, l’ara. Le vert, c’est Cactus.

Au total, huit perroquets et deux touracos.

En rentrant dans son appartement, le moulin à paroles se met en marche. Elle nous parle de sa collection d’harmonicas, des tableaux qu’elle peint ou que son père a peints. Stitch n’arrête pas de dire "Ça va !".

Loquace, elle évoque ses multiples fonctions. Ses années vécues dans le monde du spectacle, le théâtre, la magie, l’accordéon, le feu, la danse brésilienne, le flamenco, les claquettes, son passage au Cirque Royal et à Forest National… Elle vient juste d’être retraitée. Sacré personnage, elle aime les visites. Éloquente sur tout ce qui touche à ses oiseaux, elle montre les tours d’adresse qu’elle peut effectuer avec eux. Elle les embrasse et les cajole dans ses bras.

Les souvenirs de son père la rendent encore plus volubile. Il est décédé récemment, c’est son idole. Un joueur d’harmonica fantastique, un ami du jazzman Toots Thielemans. Un inventeur génial de douches avec des boîtes de conserve. Un personnage mémorable, adorable… et un ami des animaux.

Peu prolixe sur ses histoires de cœur, elle nous confie avoir raté le coche avec Frédéric François. Le regret de sa vie. "C’était à deux doigts de devenir mon mari. On était ensemble dans la même pièce. C’est ma mère qui a tout fait foirer, mais, elle ne l’a pas fait exprès."

Passer à la télé est son rêve le plus ultime. Si quelqu’un peut lui faire ce plaisir, elle en serait tellement reconnaissante. Elle pourrait partager cette joie avec sa fille, mais aussi avec tous les amis de la résidence des Platanes.

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