Image fixe d'un monde qui bouge : confinement déconfiné au Belarus, "Au sablier de l'air"

Confinement déconfiné au Belarus, "Au sablier de l’air" (voir grand format en fin d'article).
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Confinement déconfiné au Belarus, "Au sablier de l’air" (voir grand format en fin d'article). - © Philippe Herbet

Chaque jour, la RTBF vous propose le regard et la plume d’un photographe indépendant sur la crise que nous traversons. Un cliché et un texte publiés chaque jour en soutien à la presse, dans le cadre de "#Restart", le plan de la RTBF lancé en soutien à la culture et aux médias, secteurs durement touchés.


Le 14 février, je m’envole pour Istanbul pour un projet photographique, le 6 mars je quitte la Sublime Porte pour Minsk, au Belarus, où je rejoins pour une huitaine de jours ma compagne. C’est alors que je tombe malade – une petite grippe – et me voilà contraint à prolonger mon séjour. Au moment où je m’apprête à rentrer en Belgique, les frontières sont fermées.

Une procédure simplifiée de prolongation de visa est mise en place pour les étrangers ne pouvant rentrer chez eux, j’en profite comme 300 autres personnes. Et ce lundi 25 mai, je suis toujours à Minsk.

Me voilà confiné sans confinement obligatoire, cependant, j’observe qu’il y a moins de monde dans les rues, les cinémas et la majorité des restaurants sont fermés, les personnes âgées vont vivre dans leurs datchas, les rues et les transports en commun sont désinfectés, l’armée assainit régulièrement les écoles, les ambulances sillonnent les rues, l’université est en quarantaine, certains font du télétravail – mais pas ma compagne qui est photographe de presse, elle couvre, outre les sujets ordinaires, le travail des ambulanciers, médecins, hôpitaux, elle se rend dans les villages où l’épidémie est plus sévère qu’ailleurs.

Quant à moi, j’avais laissé mon Olympus à Minsk, alors j’achète de la pellicule et me mets à photographier au départ de cette situation grave et d’un vers de Marina Tsétaïeva : "Au sablier de l’air". Le sablier renvoie au temps, au cycle de la vie ; l’air, à la légèreté, à l’invisible, à l’oxygène sans lequel nous ne pouvons vivre. Au sablier de l’air. Il y a comme une urgence à photographier le vivant, le printemps tellement beau, de faire face à la pandémie.

Sans ce "confinement déconfiné" au Belarus, je ne serais pas engagé dans ce projet. Pendant ce temps, nous vivons avec une peur et dans les images que je produis, on sent peut-être toute la valeur et l’intensité de moments simples à goûter le soleil sur la peau à l’ombre d’arbres en fleurs, à faire jouer les ombres de ses mains sur un mur en béton, à sommeiller adossé à une barque, à ouvrir la fenêtre sur un dehors peut-être devenu toxique (et ici on se souvient très bien de Tchernobyl), à rêvasser, comme cette dame dans son élégance soviétique, le masque sur le visage face aux bourgeons qui éclatent… La poésie des moments simples de l’existence est la plus forte.

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