Il y a 50 ans, Yves Coeckelenbergh commentait en direct le premier pas sur la lune pour la RTBF

La poigne ferme et le sourire avenant, Yves Coeckenlenbergh pourrait franchement passer pour un ancien astronaute. Il y a 50 ans de cela, à peine sorti de la faculté des sciences de l’ULB, il est devenu un peu par hasard, journaliste scientifique à la RTBF. Parmi ses grandes missions : commenter en direct la Mission Apollo 11 qui emmènera le premier homme poser le pied sur la lune.

Yves Coeckelenberg a été recruté par Paul Danblon, le premier "Monsieur science" de la RTBF. "Je n’avais pas encore complètement terminé mes études de chimie et physique, précise-t-il. Mais je commençais déjà à travailler à la télé."

Quelques mois plus tard, le rédacteur en chef du JT lui confie qu’à ses yeux "les téléspectateurs sont attirés par tout ce qui roule, qui flotte ou qui vole" et qu’il veut que le jeune journaliste s’intéresse de près aux missions Apollo qui devraient, un jour, emmener un homme sur la lune. "C’est cette tâche qui me permettra de me rendre aux Etats-Unis à Houston pour suivre les développements des différentes missions Apollo, et finalement de commenter celle qui amènera Neil Amstrong sur le sol lunaire."

"À l’époque, l’engouement était formidable. On a beaucoup parlé dans les années 60 de la Guerre froide et de la concurrence entre les Russes et les Américains qui en découlait. J’avais des contacts avec les deux ambassades à Bruxelles. Et j’ai rencontré des cosmonautes et des astronautes. Je ressentais plus d’intérêt, de curiosité, pour ce qui se passait dans le camp d’en face, que de réelle concurrence."

 

 

"La Mission Apollo 11 a débuté le 11 juillet. Nous étions évidemment en direct pour le lancement. La mission devait durer 5 jours. À l’époque, il était impossible de tout diffuser en direct. Il n’y avait pas assez de public à 4h du matin. J’ai donc commenté un maximum d’opération lors des heures de diffusion en journée et j’ai bien sûr assuré le suivi du premier alunissage. Je suis intervenu aussi dans les JT. Toutes les télévisions du monde ont évidemment suivi l’événement en direct. On parle souvent de 3 milliards de téléspectateurs présents devant leur écran au moment de l’alunissage."

 

"Personne n’avait de doute sur la réussite de l’opération, malgré les risques très élevés. Les Américains étaient optimistes. Tout était prévu, tout était parfait, ça devait marcher. Et ils avaient communiqué leur enthousiasme à tous les journalistes."

 

 

 

"Lorsqu’Amstrong est sorti du LEM et a commencé à descendre l’échelle qui menait au sol lunaire, la tension était à son comble. Les images étaient mauvaises, on ne voyait pas grand-chose. C’est lui qui annonce qu’il a posé le pied sur la lune. Nous, on ne l’a pas vraiment vu. Et puis il y a eu sa fameuse phrase du 'petit pas pour un homme et du pas de géant pour l’humanité'. Elle m’a bien plu au moment même mais je n’ai jamais imaginé qu’elle deviendrait aussi célèbre."

Lorsqu’on lui demande qu’elle est le meilleur souvenir qu’il garde de toute cette époque, Yves Coeckelenbergh répond, sous forme de boutade, que "c’est [sa] femme qu’[il a] rencontrée lors d’un voyage à Houston". Pour le reste, il précise que "cette expérience journalistique a eu un impact majeur sur [sa] vie". Il précise : "A cette époque, je rencontrais plein de gens réalisant des choses formidables, mais moi je ne faisais rien de concret. J’étais quelque part en dehors de la réalité, de la vraie vie. J’ai donc repris des études, j’ai passé un doctorat en biophysique. J’ai ensuite tenté ma chance à la NASA. J’espérais devenir astronaute, mais à cette époque ils ne prenaient que des Américains, alors un Belge…"

Mais ses rêves d’espaces se réaliseront malgré tout. "J’ai finalement été engagé pour travailler sur le programme des sondes Viking, que la Nasa envoyait explorer la surface de Mars. Je suis aussi devenu enseignant à l’Université du Texas. J’étais enfin dans le concret."

Aujourd’hui Yves Coeckelenberg vit toujours au Texas. Il fait partie de ces rares journalistes qui, après nous avoir fait partager leur enthousiasme pour un rêve, sont parvenus à s’en approcher.

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