Il y a 25 ans, le tunnel sous la Manche : « le plus grand chantier de la fin du XXe siècle »

Avec 20 millions de passagers par an, le tunnel sous la Manche est aujourd’hui un axe ferroviaire rentré dans les habitudes des navetteurs européens. Il y a 25 ans, son inauguration fut un très grand événement. C’est que l’Eurotunnel a nécessité six ans de travaux et l’équivalent de 15 milliards d’euros d’investissements. Retour sur l’histoire d’un projet hors-norme.

20 janvier 1986: Mitterrand et Thatcher annoncent le choix du projet de tunnel

Une atmosphère de fête régnait dans les rues de Lille le 20 janvier 1986. François et Mitterrand et Margaret Thatcher y signaient ce jour-là la décision « sur la base du rapport établi par les experts, […] de relier nos deux pays par un double tunnel sous la Manche », déclarait le président français François Mitterrand.

Parmi les quatre projets en compétition, c’est celui intitulé Eurotunnel qui remporte le marché public. C’est le moins cher (tout de même estimé à l’époque à l’équivalent de 4,6 milliards d’euros) mais également celui dont l’impact est jugé le plus faible sur l’environnement. Il propose une solution à deux tunnels ferroviaires avec au milieu un plus petit tunnel de service.

« Je crois fermement que ce grand projet que nous avons conclu aujourd’hui sera jugé passionnant parce que c’est un ouvrage digne de notre époque et des aspirations des peuples de nos deux pays », ajoutait la Première Ministre britannique Margaret Thatcher, à la mairie de Lille.

Pourquoi Lille ? La ville du nord de la France est au cœur du futur nœud ferroviaire : « Le nombril de l’Europe du Nord-Ouest », annonçait le journaliste RTBF Jean-Paul Procureur.

Un mois plus tard, le 12 février 1986, Margaret Thatcher et François Mitterrand se retrouvent de l’autre côte de la Manche à Canterbury, pour signer l’accord franco-britannique en la Cathédrale de Canterbury. Un groupe de manifestants anti-tunnel s’en prendra à la voiture de François Mitterrand. Bilan de cette « émeute » : un œuf écrasé sur son pare-brise.

1er décembre 1990 : percée du tunnel, poignée de mains historique

Il est 12h10 le 1er décembre 1990 lorsque le français Philippe Cozette et le britannique Graham Fagg parviennent à venir à bout de la roche qui les sépare. À près de cent mètres sous la mer, les deux ouvriers sur le chantier de l’Eurotunnel se serrent joyeusement la main. Autour, le public applaudit comme lors du lancement d’une fusée spatiale.

Le moment est historique, on se faufile d’un côté à l’autre de la percée, on s’échange des petits drapeaux français et britanniques. Malgré le retard pris dans les travaux et les dizaines de milliards de francs français supplémentaires que le projet exige, l’heure est à la célébration.

Près de trente ans plus tard, l’ouvrier britannique a refait parler de lui. Il s’est publiquement déclaré pro-Brexit, affirmant qu’il n’y avait aucune contradiction à avoir travaillé et cru dans le tunnel et, aujourd’hui à vouloir la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.

6 mai 1994: inauguration

À la gare du Midi de Bruxelles, Jean-Luc Dehaene, Elio Di Rupo et Jacques Delors inaugurent le terminal « Nord », tandis qu’à Paris Nord et à Lille, François Mitterrand en fait de même.

C’est dans le même train qu’ensuite, Belges et Français, rejoindront l’Eurostar emprunté par la Reine Élisabeth II avec ces images historiques des deux trains qui se rejoignent à proximité de Calais. Il aura fallu six ans de travaux et plus 15.000 ouvriers pour venir à bout d’un tunnel qui aura fait rêver des générations de politiciens français et britanniques. En effet, le premier projet de tunnel remonte à 1874.

« C’est la première fois dans l’histoire que les chefs d’Etats de Grande-Bretagne et de France se rencontrent sans avoir dû prendre l’avion, ni le train », annonce en français la Reine Elizabeth II dans son discours. François Mitterrand vante lui les mérites d’une « Europe à la pointe de la technologie » qui « pourrait faire tellement plus, unie et solidaire ».

Pour la RTBF, c’est la journaliste Anne Blanpain qui monte dans le premier trajet Eurostar. Au départ de Bruxelles-midi, destination Folkestone en passant par Calais. Le moment est exceptionnel, mais, à dire vrai, pour la journaliste, l’expérience lui évoque plutôt son trajet de métro quotidien.

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