"Ici Bla-Bla": une émission pour les enfants aux accents engagés

"Ici Blabla": une émission pour les enfants aux accents engagés
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"Ici Blabla": une émission pour les enfants aux accents engagés - © Tous droits réservés

Le personnage emblématique des émissions pour enfants de la RTBF des années 90 et 2000 a 25 ansLa marque de fabrique d’"Ici Bla-Bla", c’était les petites saynètes de 15 minutes entre les comédiens de l’émission et Bla-Bla.

Les personnages comme Wilbur Disquedur, Mamy Nelly, Monsieur Virgule, ou Mademoiselle Point, faisaient rire, attendrissaient, et cultivaient les "lardons". Une façon pour les réalisateurs de l’émission et les comédiens de répondre à leur souhait d’instruire les enfants. Pour eux, l’aspect éducatif avait une place très importante au moment de l’écriture des scénarios. "Nous avions une vision de l’éducation moins classique que celle de l’époque. C’était une vision, disons, plus alternative. Le message était d’éduquer les enfants par la rigolade. Il y avait toujours un message informatif, éducationnel derrière la mise en scène. C’était parfois du pur divertissement, mais jamais démagogique", souligne le père de Bla-Bla, Bernard Halut.

À ce titre, les scénaristes n’hésitaient pas à aborder des thèmes de société traditionnellement plus abordés par les adultes que par des enfants de 10 ans : l’homosexualité, la guerre, la sauvegarde de la planète, la pauvreté, ou encore l’immigration. "Je me souviens d’une émission sur les sans-papiers. À l’époque, une famille russe vivant en Belgique était menacée d’expulsion. Elle était très bien intégrée, mais elle était sans-papiers. Un groupe de soutien s’est formé à Gembloux. On a eu vent de cette histoire et on a eu l’idée d’inviter la petite fille de cette famille russe dans l’émission. Elle a joué son propre rôle. Elle était assise sur le banc devant la blamatique, Blabla la voit et discute avec elle. Il lui répond que nous ne sommes pas d’accord qu’elle soit renvoyée dans son pays et invite les lardons à envoyer une lettre pour le signaler", se souvient Jean-Louis Sbille, qui incarnait le personnage de Louis Toupti.

"Une autre fois, nous avons réalisé une émission sur l’excision chez les jeunes filles en Afrique. Louis Toupti a présenté un livre qui venait de sortir. Ce livre était très fort, et parlait de la tache rouge, et voilà. L’histoire était à mots couverts, c’était très symbolique. Mais les gens au courant allaient comprendre, et les fillettes qui avaient été victimes de cela, aussi. Nous avions aussi mis sur un pied une histoire sur les SDF, à partir de la chanson Dormir au chaud de Claude Semaille. C’était notre liberté et notre façon de concevoir le monde, de parler du réchauffement climatique alors qu’on en parlait peu à cette période, de parler de la guerre, etc.", confie-t-il.


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Cette volonté des scénaristes de parler de sujets de société parfois durs a aussi été l’occasion d’expliquer aux enfants des faits d’actualité marquants et difficiles, tels que l’affaire Dutroux. À l’époque, le visage de Marc Dutroux et l’histoire de ces victimes font la une des médias. C’est aussi un sujet au cœur de toutes les conversations entre les parents. Difficile donc pour les enfants de ne pas entendre qu’il s’est passé quelque chose d’inquiétant. Bla-Bla est alors la personne idéale pour dire l’indicible aux enfants, de manière bienveillante.

Je bouche mes yeux, je cache mes oreilles, et je r’garde pas. La pub… Beurk !

Qui n’a pas fredonné ces petites phrases, et mimé ces gestes en cœur avec Bla-Bla ? Vous, les "lardons", vous l’aurez reconnu. Il s’agit du célèbre Cache-cache pub qui marquait la fin de l’émission. À travers ce jeu, les animateurs d’"Ici Bla-Bla" exprimaient leur volonté de préserver les enfants de la publicité, et d’éviter qu’ils se fassent manipuler par les annonces publicitaires déferlant sur le petit écran.

 l’époque d’"Ici Ba-Bla", la Belgique a été le premier pays d’Europe à interdire la publicité dans les émissions enfantines. Et ce 10 minutes avant et 10 minutes après. Bla-Bla souscrivait à fond à ce challenge-là", précise la voix de la marionnette Benoît De Leu. Depuis lors, la figure de Bla-Bla est d’ailleurs devenue le symbole de certaines campagnes de collectifs anti-publicité, comme ce fut le cas pour le collectif "Liège sans pub", l’année dernière.


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Blabla, un personnage novateur

Enfin, les créateurs de cette émission, Bernard Halut et ses compères, ont fait preuve d’un esprit très avant-gardiste lorsqu’ils ont imaginé le décor de Bla-Bla et son personnage. "Bla-Bla est un ordinateur. Et Bla-Bla parlait à fond d’internet. Ce qui était donc un peu prémonitoire car à l’époque, internet en était à ses balbutiements. Notre personnage possédait aussi des objets existant aujourd’hui, mais pas à ce moment-là. Par exemple, une imprimante capable de reconstituer des objets, tel que le fait une photocopieuse 3D aujourd’hui", se souvient Benoit De Leu.

Bernard Halut, le père de Bla-Bla, voit aussi dans sa marionnette les Siri et Google Assistant de maintenant. "Là où nous avons été bien inspirés, c’est lorsque l’on a créé ce qui se fait maintenant… Que sont les assistants vocaux qui vous assistent tous les jours, si ce n’est Bla-Bla ? Tu poses une question, la boîte te répond. Bla-Bla, c’était ça." Mais si les assistants sont le fruit d’une technologie froide et dénouée de tout affect, Bla-Bla était bien plus que ça : il était semblable à un être de chair et d’os avec ses valeurs bien marquées, exprimant des émotions. Bla-Bla, c’était une marionnette avec toutes les qualités du meilleur ami.

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