#IAmCecil: le lion mort fait pleurer la toile, le réfugié syrien un peu moins

Ebranlés, les twittos de la planète se sont mobilisés depuis quelques semaines, après la mort d'un lion tué par un touriste dans un safari de chasse au Zimbabwe. La toile s'est enflammée, et aussitôt le nom du chasseur connu, ce dernier, dentiste de son état, est devenu l'homme recherché par des centaines de milliers d'internautes.

La barbarie humaine est insupportable

Slogans, manifestations et rassemblements: l'indignation populaire face à ces parties de chasse touristiques a fait le tour d'internet.

Ce n'est pas une, mais plusieurs pétitions en ligne qui ont été lancées par des internautes outrés. Des dizaines, parfois des centaines de milliers de signatures ont été recueillies, comme dans celle publiée sur le site The Petitionsite: presque 800 000 personnes depuis le 23 juillet ont demandé "la justice" pour Cecil le lion.

Et #MyNameIsCecil, #IAmCecil ou #JeSuisCecil sont devenus en quelques jours des hashtags répandus.

Ce n'est pas la première fois que ces "exploits" scandalisent sur le net. Le lion de 13 ans, tout comme l'antilope tuée par une supportrice de foot belge l'année passée, ou les nombreux animaux sauvages abattus par une jeune chasseuse américaine de 19 ans: tous étaient victimes d'organisations touristiques douteuses et peu respectueuses de la nature.

Les safaris de chasse restent encore aujourd'hui des périples courus par une certaine partie de gens fortunés, comme l'expliquait déjà une juriste spécialisée dans le Nouvel Obs en 2014.

Des réactions disproportionnées?

Si ces faits ont suscité, justement, la compassion et dégoût, la question se pose: pourquoi sommes-nous autant choqués par ces morts-là?

Depuis quelques jours, des internautes tentent de tempérer ce déchaînement.

Comment expliquer ce que d'aucuns considèrent comme une exagération? "La majorité des humains se fichent de la majorité des espèces qui vivent sur la planète, explique-t-il. Les amphibiens, par exemple, sont le groupe d’animaux vertébrés les plus en danger, avec un tiers de leur espèce qui est menacé d’extinction. Mais les gens s’en fichent car la majorité d’entre eux ne sont pas beaux”, explique un spécialiste américain de la biodiversité, dont les propos sont repris sur le site des Inrocks.

Pour Ernest Small, "le public, les politiciens, les scientifiques, les médias et les associations ont beaucoup de sympathie pour seulement un petit nombre d’espèces reconnues, admirées et charismatiques”, et les créatures à grande taille bénéficient de cette sympathie très médiatisée.

Mais une question demeure: pourquoi sommes-nous moins prompts à réagir à la souffrance humaine?

Le migrant décédé à Calais, le réfugié syrien ou le lointain habitant du Soudan en guerre bénéficient manifestement moins de l'indignation de la toile, et de sa solidarité.

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