Haïti: quel souvenir les journalistes belges gardent-ils du séisme de 2010?

Les ruines de la cathédrale de Port-au-Prince, le 12 janvier 2015, soit cinq ans après le tremblement de terre en Haïti.
Les ruines de la cathédrale de Port-au-Prince, le 12 janvier 2015, soit cinq ans après le tremblement de terre en Haïti. - © HECTOR RETAMAL - AFP

"On nous a téléphoné, on a vite fait nos paquets. Et trois ou quatre heures après on allait à l’aéroport pour partir avec la protection civile. Cela a été très rapide. On savait qu’il y avait eu un tremblement de terre. On savait qu’il y avait plein de morts. Mais on se savait pas trop où on allait. Haïti, c'est un pays dont on entend parler mais où on ne mettait pas vraiment les pieds".

C'était le 12 janvier 2010, la terre tremblait en Haïti. Bilan : 230 000 morts et 220 000 blessés. Sept ans après la catastrophe, Sheilla Louis Joseph, journaliste pour radio Métropole en Haïti de passage à la RTBF, a demandé à plusieurs journalistes du service public quel souvenir ils gardaient de leurs reportages sur place.

Pour Françoise Barré et Miguel Allo, qui travaillent actuellement pour le service Société à la RTBF, tout a été très vite. Environ 24 heures après le drame, ils étaient déjà sur place, dans un pays qu'ils découvraient pour la première fois. Leur mission : informer un public Belge qui s'est très vite senti concerné par le séisme.

"On ouvrait tous les journaux avec ça à ce moment-là. C’étaient des informations qui intéressaient notre public. On est resté 3 semaines à travailler pour rapporter les événements. Car les Belges étaient en attente de récit, d’analyses et de reportages avec les gens d’Haïti. Par rapport à d’autres pays, Haïti a quelque chose d’attachant. C’est une préoccupation pour les gens ici", raconte Françoise Baré.

On faisait le point sur ce qu’on avait vu après

Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 a été un des pires moments de l’histoire d’Haïti. Durant leur séjour, les reporters de la RTBF en ont vu de toutes les couleurs. Leur cauchemar a commencé dès le jour de leur arrivée : des morts, des blessés, des survivants, des enfants abandonnés, des sans-abris, des bâtiments effondrés. La capitale Port-au-Prince offrait un spectacle affligeant.

Pour avoir accès à certains endroits, il fallait même enjamber des cadavres, se remémore Miguel Allo. Tellement des décombres jonchaient le sol et les secours peinaient à sauver toutes les victimes. Le journaliste belge est encore très marqué par cette expérience. "Quand on part en reportage comme ça, il y a une certaine adrénaline. Mais pour nous, journalistes, la situation était difficile. Je suis gêné de le dire mais c’était ça. On n’avait pas l’habitude de voir tant de peine, tant de souffrance. Etant donné qu’on était là pour travailler, on a fait notre travail. Mais on faisait le point sur ce qu’on avait vu après. Pendant le reportage ça passe, mais après on accuse le coup", explique-t-il aujourd'hui.

Au fur et à mesure que les jours passaient, c’était encore plus dramatique et plus compliqué, poursuit Miguel Allo. Des tentes érigées ici et là, des sinistrés affamés et assoiffés, des gens qui se bousculaient pour de l’aide humanitaire... Autant d’images poignantes qui ont eu un impact sur des journalistes étrangers

La situation d’Haïti, 7 ans après

Ces journalistes belges ont pu effectuer d’autres visites en Haïti quelques mois et même quelques années après le séisme. Leur constat est que ce pays peine encore à se relever en dépit des nombreux efforts consentis.

Fréderic Gersdorff a 17 ans de carrière. Il s’informe toujours de ce qui se passe en Haïti via la presse haïtienne. "J’ai fait beaucoup de reportage à propos d’Haïti. La réalité est que l’on parle de ce pays quand les choses vont mal. Quand on voit qu’il subit un nouvel ouragan par exemple. Et souvent la conclusion est la même. C’est une nouvelle catastrophe qui va empêcher le pays de pouvoir se redresser. Aujourd’hui, il faut avouer que c’est rare les bonnes nouvelles qui viennent d’Haïti et qu’on peut retransmettre aux téléspectateurs", conclut le journaliste de la RTBF.

Reportage à Haïti en 2015, 5 ans après le tremblement de terre

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