Mostra, Jour 2: Guillermo del Toro, le héros du jour à la Mostra de Venise

Le réalisateur Guillermo del Toro présentait The Shape of Water, le 31 août 2017 à Venise.
Le réalisateur Guillermo del Toro présentait The Shape of Water, le 31 août 2017 à Venise. - © FILIPPO MONTEFORTE - AFP

"Hellboy", "Le labyrinthe de Pan", "Pacific Rim"... ce sont là quelques titres-phares du cinéaste mexicain Guillermo del Toro. Ce quinquagénaire aussi cultivé qu’inventif, à la fois passionné de comics, de romans gothiques et de pop culture, vient présenter en compétition à la Mostra le nouveau film qu’il a écrit et réalisé : " The shape of water "

The Shape of Water

L’action du film se déroule au début des années 60, à Baltimore. Elisa (l’Anglaise Sally Hawkins, vue dans " Blue Jasmine " et " We want sex ") est muette et célibataire, elle vit dans un appartement avec son père affichiste au-dessus d’une vieille salle de cinéma. Elisa travaille comme femme à journée dans une base secrète du gouvernement américain. Or l’endroit accueille depuis quelques jours dans un aquarium une étrange créature amphibie, qui semble très agressive. La Guerre Froide fait rage, et la créature classée " top secret " suscite bientôt l’intérêt d’un agent double infiltré dans la base… Loin de ces considérations politico-stratégiques, Elisa s’émeut pour la " bête " et va tenter d’établir le dialogue avec elle…

Ce qui frappe avant tout dans "The shape of water", c’est sa splendeur visuelle : la reconstitution – ou plutôt la recréation – de l’Amérique des sixties – est un émerveillement, jusque dans les moindres détails. Les références abondent : avec le personnage du père affichiste (Richard " Six feet under " Jenkins), on pense à Norman Rockwell, la créature amphibie est un hommage au classique d’épouvante "L’étrange créature du lac noir" de Jack Arnold (un des premiers films en 3D en 1954), etc… Mais loin de masquer ces références, del Toro les assume pleinement et les réinvente avec talent.

"The shape of water" offre plusieurs lectures possibles : c’est une histoire d’amour en forme de conte de fée, mais c’est aussi une parabole sur la peur et le rejet de l’autre – ce qui, venant d’un cinéaste mexicain installé dans l’Amérique de Trump, n’est sans doute pas complètement innocent… Avec ce film, Guillermo del Toro réussit à réconcilier cinéma à grand spectacle – il s’agit d’une superproduction hollywoodienne – et cinéma d’auteur. La prouesse mérite d’être amplement saluée.

Egalement en compétition aujourd’hui : First Reformed

Le nom de Paul Schrader reste d’abord, dans l’histoire du cinéma, lié au scénario qu’il a écrit pour "Taxi Driver". De ce fait, Schrader a grandi dans l’ombre de Scorsese, et comme ce dernier, son œuvre de réalisateur est marquée par la religion et la question de la Foi. Dans son nouveau film, " First Reformed ", Ethan Hawke incarne un pasteur qui a perdu son fils pendant la guerre en Irak, et ce deuil a ébranlé ses convictions. Il ne retrouve pas en lui la force nécessaire pour réconforter ceux qui viennent lui demander conseil, en particulier une jeune femme enceinte (Amanda Seyfried) en plein désarroi car son mari, activiste pour l’environnement, sombre dans le nihilisme…

On sent qu’à travers le personnage du révérend Toller, Paul Schrader, à 71 ans, a voulu mettre beaucoup de ses interrogations personnelles. Le débat intellectuel qu’il veut susciter sur l’engagement aujourd’hui n’est pas sans intérêt, mais "First Reformed" aurait peut-être plus d’impact sous la forme d’une pièce de théâtre. Car à l’écran, Schrader opte pour une mise en scène tellement austère, hiératique et épurée que son film n’émeut guère, malgré les efforts louables d’Ethan Hawke pour faire vibrer son personnage torturé…

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