Guillaume Senez, lauréat des Magritte du cinéma: "En Belgique, on n'aime pas le succès"

Guillaume Senez a raflé 5 Magritte, ce week-end, pour son deuxième long-métrage « Nos batailles » dans les sections « Meilleur film », « Meilleure réalisation », « Meilleure actrice dans un second rôle » (Lucie Debay), « Meilleur espoir féminin » (Lena Girard Voss) et « Meilleur montage ».

Le réalisateur dénonce un « statut précaire, un choix de survie » et le fait qu’on n’aime pas le succès chez nous, « il y a une espèce d’humilité qui émerge et qui est tout à notre honneur ».

Gilet jaune sur tapis rouge?

Son film "Nos batailles", décrit la vie rude d’un père largué, compressé par son travail, et obligé de se débrouiller car maman est partie prendre l’air.

Un peu comme un écho à son film, être réalisateur en Belgique francophone, c’est aussi une bataille au quotidien, une traversée du désert, comme le décrit Guillaume Senez : « Il y a une forme de solitude artistique et ensuite même ceux qui sont bien épaulés sont dans une solitude financière ».

La culture représente près de 5% du PIB national. Guillaume Senez regrette le manque de considération, notamment sur le marché de l’emploi : « J’étais sous le statut d’artiste, mais dès qu’on gagne un peu trop de droits d’auteur on ne peut pas cumuler, imaginez j’aurais pu posséder 10 appartements à Bruxelles et en recevoir les loyers sans problème, mais si je touche 4000 euros de droits d’auteur par an je me retrouve à perdre mon statut d’artiste et à devoir rembourser mes indemnités de chômage. Donc on doit passer en indépendant, ce qui est très compliqué, très peu de réalisateurs gagnent les 30.000 euros par an, nécessaire pour être indépendant ».

Ses trophées des Magritte sont simplement « un peu d’eau pour cette traversée. Mais j’ai quand même beaucoup de chance de pouvoir exercer ce métier, mais ce luxe à un prix ».

La culture représente près de 5% du PIB national

« Le cinéma génère beaucoup d’emplois, regarder un générique et vous comprendrez qu’il faut du monde pour faire un film. Je pense que le politique doit s’en apercevoir et comprendre l’importance de ce secteur. Le statut d’artiste, c’est en fait des allocations de chômages, mais comme on veut chasser les chômeurs, cela devient de plus en plus compliqué de garder son statut. Il devient même impossible pour les jeunes d’obtenir ce statut et on va décourager de nouveaux futurs talents et cela m’inquiète ».

Manque de reconnaissance

« Je n’ai pas eu d’aide en Belgique, j’ai donc tourné en France mais avec une équipe technique belge, Lucie Debay et les enfants sont belges. Mais ça a été très compliqué de tourner sur deux territoires et de tenir le budget. Imaginez les soucis de faire tourner des enfants belges dans une maison à Lyon par exemple ».

Pourtant ces prix cela me conforte dans l’idée que « j’ai bien fait de faire tous ces sacrifices parce qu’être réalisateur c’est compliqué, c’est une vraie traversée du désert. Ces Magritte, ça me donne un petit peu de baume au cœur pour continuer à avancer, continuer mes batailles ».

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