Guerre de tweets entre Trump et May: Twitter, une nouvelle arme politique ?

Guerre de tweets entre Trump et May: Twitter, une nouvelle arme politique ?
Guerre de tweets entre Trump et May: Twitter, une nouvelle arme politique ? - © LOIC VENANCE - AFP

C'est à nouveau sur Twitter que Donald Trump s'est fait remarquer suite à sa réponse cinglante envers son homologue britannique. Theresa May avait qualifié "d'erreur" ses retweets de vidéos anti-musulmans.

"Theresa May, ne vous focalisez pas sur moi, focalisez-vous sur le terrorisme islamique radical destructeur qui se produit au Royaume-Uni. Nous, nous allons très bien", avait tweeté le président américain.

L'occasion de se demander si Twitter est devenu une nouvelle arme politique. Une question abordée ce vendredi matin dans le plus de Matin Première.

Pour François Gemenne, politologue à l'université de Liège et chercheur à Sciences Po Paris, "il est certain qu'aujourd'hui les politiques l'utilisent de plus en plus, et le problème est que Twitter est un réseau très particulier. Contrairement à Facebook où se retrouve un peu tout le monde, sur Twitter on va surtout trouver des journalistes, des politiques et des chercheurs. En gros, on va trouver les auditeurs de La Première. Et vous retrouvez aussi des trolls et des fachos - même si ces deux catégories se recoupent évidemment assez largement - qui eux n'écoutent pas La Première. Depuis quelques années, on a l'impression que le débat public s'est un peu déplacé sur Twitter, que c'est là que les politiques vont réagir, qu'ils vont s'affronter, qu'ils vont tester de nouvelles formules et de nouvelles idées".

"Au fond, ça pose deux problèmes. Le premier est que ça coupe une partie des citoyens du débat politique, du débat public. Lorsque je vais dire à mes parents, par exemple, qu'une crise diplomatique a éclaté entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne sur Twitter, je pense qu'ils vont se demander un peu ce qui se passe. Et d'autre part, ça polarise considérablement le débat public. Alors qu'auparavant on avait l'impression que les débats publics se faisaient surtout dans les journaux ou à la télévision, et que les débats publics étaient donc en quelque sorte homogénéisés, là les réseaux sociaux vont polariser le débat public puisqu'on va avoir tendance à suivre et à interagir avec ceux qui ont déjà des opinions proches de la nôtre. Je trouve que ça pose une vraie question pour la démocratie, sans même parler du statut de ces tweets. Aujourd'hui, des citoyens américains qui ont été bloqués par Donald Trump sur son compte l'attaquent en justice en disant qu'au nom du droit à l'information, ils ont le droit d'accéder à la parole présidentielle. La question du statut juridique de ces tweets n'est donc pas inintéressante non plus".

"Chaque tweet de Trump devient un événement politique"

Un avis que ne partage pas vraiment Catherine Ernens, journaliste à Moustique : "D'abord je trouve qu'on a une vision très francophone de Twitter, où c'est effectivement beaucoup plus un petit milieu clos entre personnes qui occupent des fonctions importantes. De 'l'entre-soi'. Mais côté anglophone, c'est beaucoup plus populaire et il ne faut quand même pas oublier que Trump est la personnalité la plus suivie au monde. Il surpasse le pape avec ses 42 millions d'abonnés, c'est incroyable, et il réveille un tas d'Américains au saut du lit avec ses tweets".

"Ensuite, il y a le fait que c'est tout à fait fascinant de voir à quel point tous les tweets de Trump — regardez ce que nous sommes en train de faire — sont commentés, auscultés, analysés par les médias et relayés. Le débat public est donc bien ouvert puisque chaque tweet de Trump devient un événement politique. Je pense que les tweets sont devenus pour Trump des armes de guerre, voire des tirs de missiles idéologiques, et quand on voit ici que c'est entre alliés historiques, c'est toute une histoire diplomatique et d'affrontement diplomatique qui se crée", ajoute-t-elle.

Des tweets pour jauger l'opinion publique?

"Je suis d'accord pour dire que ce sont des armes politiques", déclare pour sa part François Gemenne. "Ce sont aussi, je pense, des ballons d'essai qu'on va lancer sur Twitter et le problème est que les politiques vont de plus en plus utiliser Twitter comme une sorte de jauge de l'opinion publique. Comme dans le milieu francophone, en tout cas, c'est un petit milieu d'entre-soi, je pense qu'ils vont avoir une vision très biaisée de ce que pense ou de ce que ressent l'opinion publique et, malheureusement pour le meilleur et pour le pire, les politiques vont considérer ça comme le reflet, comme le miroir de ce que pensent les gens, alors que ce n'est pas du tout le cas. Je pense que là ça pose un véritable problème dans la manière dont Twitter est utilisé comme ballon d'essai par les politiques".

Confusion constante aujourd'hui entre le virtuel et l'irréel

Pour la journaliste, ce qui est "incroyable", c'est que "tous les tweets de Trump, même ceux qu'il efface, sont consignés dans les archives de la Maison Blanche pour l'éternité. Ce ne sont donc pas des petites plaisanteries, ce ne sont pas des trolls que fait Trump. C'est ça qui est tout à fait incroyable, parce qu'il se permet tout".

"Je ne suis pas sûr que les politiques aient toujours conscience que ce soit effectivement de la parole publique et de la parole officielle qui s'exprime de cette manière", précise le politologue.

"Mais personne! C'est ça, en fait, c'est cette confusion constante aujourd'hui entre le virtuel et l'irréel. Mais le virtuel n'est absolument pas irréel, il est complètement réel", prévient Catherine Ernens.

"C'est pour ça que le procès, quelque part, qu'intentent les citoyens américains à Donald Trump pour avoir accès à ces tweets pour ceux qui ont été bloqués sera intéressant, parce qu'il définira un peu le statut juridique de ces tweets", conclut François Gemenne.

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