La radio-télévision publique grecque à l'arrêt: "Une bombe vient d'exploser"

Dernière soirée de direct sur ERT international
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Dernière soirée de direct sur ERT international - © ERT/RTBF

C'est une première au sein de l'Union européenne : un pays n'a plus de service public de radio-télévision. Les autorités grecques ont littéralement coupé la diffusion des radios et télévisions de l'ERT avec intervention de la police sur les sites des émetteurs.

Après l'extinction des écrans de la télévision publique ERT, la Grèce est sous le choc, personne ne s'attendait à un lock-out. Ils étaient des milliers à exprimer leur colère mardi soir dans les rues d'Athènes. C'est l'incompréhension.

Cette suspension est l'une des mesures les plus spectaculaires prises par le gouvernement, qui invoque les coûts élevés de la télé publique et son manque de transparence. Il a promis de rouvrir une nouvelle chaîne, plus petite, en reprenant une partie du personnel. Mais sans préciser quand ni avec quel moyens. En attendant, les 2656 employés, dont les salaires avaient déjà été rabotés de 45% en moyenne, sont dans l’incertitude la plus totale.

Une journaliste grecque explique en quoi c’est un coup dur : "Les télévisions publiques existent dans tous les pays d'Europe, c'est un choc pour nous, un choc pour la société grecque, je crois, ça fait 27 ans que je suis à la rédaction Info Internationales et aujourd'hui, je dois dire au revoir !"

"Une bombe qui vient d'exploser en Grèce"

L’ERT compte 3 chaînes de télé, 7 radios nationales, 19 stations régionales et une internationale. L’entreprise avait déjà connu un millier de départs récemment. Parmi ceux-ci, les correspondants à l’étranger dont les contrats n’avaient pas été renouvelés il y a 4 mois. Vangélis Demiris était le correspondant à Bruxelles.  Il dit toute son indignation : "C'est une décision lamentable, une décision absurde, sans précédent, qui porte atteinte au pluralisme et à la liberté d'expression dans un pays où la démocratie est née. Malheureusement les autorités grecques ont voulu passer à une décision radicale. Il faut voir un peu les pressions qu'ils ont reçues, notamment de la Troïka, pour avoir cette décision qui est vraiment impressionnante. Les 3 chaînes de télévision sont concernées par cette fermeture, avec les radios au niveau national et au niveau local. Même s'il y avait des rumeurs qui circulaient, pour moi c'est vraiment une bombe qui vient d'exploser en Grèce".

Quant à l’avenir, "tout le monde est dans le flou, c'est l'insécurité généralisée pour tout le personnel de l'ERT. Tout cela est une zone grise, personne ne sait très bien ce qui va se passer, il y a énormément de solidarité envers le personnel en ce moment".

Les téléspectateurs ont vécu un moment émouvant mardi soir avant l'écran noir : les stars de la chaîne se relayaient pendant que des milliers de personnes se rassemblaient devant le siège de l’ERT à Athènes.

Des journalistes entendaient résister, gardaient l'antenne et puis soudain, écran noir, la police a neutralisé l'émetteur principal sur une colline d'Athènes, selon les syndicats. Emotion dans les couloirs, certains craquaient ou fondaient en larmes.

Les chaînes privées en grève par solidarité

Cette décision intervient dans le cadre de la rigueur qui s'est abattue sur le pays, il y a 3 ans. La Grèce s'est engagée à licencier 12 500 fonctionnaires d'ici la fin de l'été. Parmi eux, les 2656 employés dont 600 journalistes de la télévision publique ERT. Il faut souligner que l’ERT fonctionne depuis 70 ans et que tous les gouvernements, absolument tous, ont avant chaque élection, embauché à tour de bras à des fins clientélistes.

ERT est un véritable vivier électoral pour tous les gouvernements. C'est un fait. Ce système doit être détruit. Mais c'est également une excellente télévision avec de très bons programmes. Le porte-parole du gouvernement a annoncé que tout le personnel licencié sera indemnisé et que chacun pourra individuellement postuler dans la nouvelle télé qui va être créée très prochainement. Donc déjà à priori, on ne comprend pas très bien le sens de la manœuvre.

Les syndicats de leur côté, ont tout de suite réagi. Les télévisions et radios privées ont cessé d'émettre et n'émettront pas jusqu'à 1 heure du matin, heure grecque. Il y a un grand panneau qui a été dressé sur le bâtiment de la télévision publique et on peut lire "à bas la junte, la dictature ne passera pas". Toutes les télévisions du monde et les organisations de soutien de défense de la presse ont envoyé des messages de soutien. Il n’est pas certain que le gouvernement ait vraiment bien calculé les conséquences de ce geste.

L'UER demande à la Grèce d'annuler cette décision.

RTBF

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