Google licencie une chercheuse noire, 1200 employés protestent

Timnit Gebru, une chercheuse spécialisée dans l'intelligence artificielle éthique, a été licenciée par google.
Timnit Gebru, une chercheuse spécialisée dans l'intelligence artificielle éthique, a été licenciée par google. - © Belga

Google s’attire les foudres de ses employés et du monde académique après le licenciement de Timnit Gebru, une chercheuse noire spécialiste des questions d’éthique dans le domaine de l’intelligence artificielle. Plus de 1200 employés et plus de 1500 universitaires ont demandé des comptes à l’entreprise vendredi.

Une publication controversée

L’origine du licenciement viendrait d’une publication de recherche que Timnit Gebru a écrite avec quatre autres chercheurs de Google à propos d’une intelligence artificielle qui limiterait les propos haineux ou biaisés. Les managers de la chercheuse auraient demandé de ne pas présenter cette étude lors d’une conférence ou de retirer leur nom de cette publication. Jeffrey Dean, le chef du département intelligence artificielle de Google, justifie cette demande en assurant que l’article n’avait pas suivi la procédure nécessaire en vue d’une publication.

Une demande de rétraction qui ne passe pour Timnit Gebru. "Votre vie ne fait qu’empirer dès l’instant ou vous commencez à plaider pour les personnes sous-représentées", explique-t-elle dans un mail envoyé à plusieurs de ses collègues dans un groupe interne. Un message dans lequel la chercheuse explique être exaspérée de la réponse de Google aux efforts qu’elle et ses collègues fournissent pour améliorer l’embauche des minorités et attirer l’attention sur les biais dans l’intelligence artificielle.


►►► À lire aussi : Quand Youtube interdit (presque) des étudiants Montois de faire une conférence sur le cyberharcèlement


Un mail qui a donc eu pour conséquence le licenciement de Timnit Gebru. Officiellement, Google affirme qu’il s’agit d’une démission. Une version que la chercheuse réfute dans un tweet. "Apparemment un mail a été envoyé par mon manager disant qu’elle acceptait ma démission. Je n’ai pas démissionné – j’ai d’abord demandé de simples conditions et j’ai dit que je répondrais quand je serais revenue de mes vacances", explique-t-elle.

Les employés de Google et la communauté universitaire ont montré un large soutien à la scientifique. En plus d’explications concernant cet article, les plus de 2700 signataires de la pétition mise en ligne jeudi demandent un engagement "sans équivoque" de Google à respecter l’intégrité scientifique et la liberté académique.

Une chercheuse engagée

Cette militante d’origine éthiopienne lutte notamment pour accroître la présence des personnes noires dans le domaine de l’intelligence artificielle au travers du groupe "Black in AI", dont Timnit Gebru est la cofondatrice. A 37 ans, la scientifique était, jusqu’à il y a peu, la co-dirigeante de l’équipe dédiée à une intelligence artificielle éthique chez Google.

Timnit Gebru s’est notamment fait remarquer en 2018 lorsqu’elle était chercheuse à l’université de Stanford grâce un papier mettant en lumière les défaillances de la reconnaissance faciale avec les personnes de couleur. La chercheuse met régulièrement en exergue le manque de diversité au sein de la Silicon Valley.


►►► À lire aussi : Accord entre Google et ses actionnaires sur la gestion de cas de harcèlement sexuel


Google déjà épinglé

Un licenciement qui intervient dans un contexte social déjà tendu pour la firme américaine. Le National Labor Relations Board (NLRB), l’agence fédérale américaine chargée de contrôler l’application du droit du travail a rendu ses premières conclusions. Google y est épinglé dans une affaire de licenciement de quatre employés. Le géant américain aurait "surveillé" ses employés afin d’avorter la possible création d’un syndicat.

Le groupe qui fait face depuis plusieurs mois à différents mouvements de contestation de la part de ses salariés : plusieurs milliers d’entre eux ont notamment manifesté fin 2018 contre la gestion du harcèlement sexuel chez Google.

Une autre manifestation visait à dénoncer le fait que le géant du numérique signe des contrats en lien avec des conflits armés ou la gestion des frontières américaines, ainsi que contre la volonté de Google de créer un moteur de recherche spécifique afin de répondre à la demande de censure du marché chinois.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK