Glyphosate: l'entreprise Bayer lance sa contre-attaque

Le 26 avril 2019, le directeur général du géant allemand des produits chimiques Bayer, Werner Baumann (à droite) et le président du conseil de surveillance, Werner Wenning, prennent la parole à l'occasion de l'assemblée générale annuelle du groupe, au World Conference center à Bonn, dans l'ouest de l'Allemagne.
Le 26 avril 2019, le directeur général du géant allemand des produits chimiques Bayer, Werner Baumann (à droite) et le président du conseil de surveillance, Werner Wenning, prennent la parole à l'occasion de l'assemblée générale annuelle du groupe, au World Conference center à Bonn, dans l'ouest de l'Allemagne. - © INA FASSBENDER - AFP

L'entreprise Bayer est dans la tourmente depuis quelques mois et plus particulièrement depuis vendredi.

Les actionnaires ont refusé de dédouaner la direction de Bayer de ses responsabilités pour l'année écoulée – en langage d'initié, 55% des actionnaires ont refusé le quitus à la direction.

Le CEO de Bayer, Werner Baumann, est l'artisan du rachat de Monsanto l'an dernier. L'entreprise allemande avait dû largement s'endetter pour réussir à racheter ce géant des OGM et inventeur du célèbre round up, un désherbant à base de glyphosate. Certains reprochent aujourd'hui à Baumann de ne pas avoir anticipé les problèmes judiciaires auxquels Monsanto allait faire face.

Or, depuis août 2018, deux jurys populaires ont estimé, lors de deux procès différents, que le round up était responsable du cancer des plaignants. Un sacré revers pour Bayer.

Bayer donne son point de vue sur le glyphosate

Ce mardi matin, Bayer a décidé d'inviter des journalistes scientifiques pour livrer "sa vérité" sur le glyphosate. L'entreprise a réaffirmé que cet herbicide utilisé par la toute grande majorité des agriculteurs conventionnels n'est pas cancérigène. "Le glyphosate est devenu une molécule 'politique', explique Bill Reeves, toxicologue pour Monsanto, absorbé par Bayer. C'est devenu le symbole de Monsanto, des OGM... Et quand on en est là, la science se trouve dissociée des débats sur le glyphosate. Mon job, c'est de faire en sorte qu'on ait des éléments factuels disponibles: la science nous dit qu'on analyse cette molécule dans le monde entier depuis 40 ans et qu'elle ne provoque pas le cancer".

Bill Reeves rappelle que seules deux études sur des centaines ont estimé que le glyphosate était potentiellement cancérigène.

Il se trouve que ces études ont eu un très large écho. La deuxième date de février 2019. C'est une méta-analyse sur les études épidémiologiques existantes. Mais c'est la première qui a eu le plus gros retentissement. Et pour cause, elle était rédigée par le CIRC. En 2015, le centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence au sein de l'OMS, émet un avis selon lequel le glyphosate serait probablement cancérigène.

Dans la foulée, des actions sont intentées en justice contre Bayer, qui sera condamné à deux reprises (depuis août dernier) par des jurys populaires aux Etats-Unis. 13 400 plaintes ont déjà été déposées jusqu'ici – et elles continuent d'affluer à un rythme soutenu. Et Bayer a perdu 40 % de sa valeur boursière.

Il n'est donc pas étonnant que le géant allemand veuille restaurer l'image du glyphosate, si important pour ses finances: ses produits liés au glyphosate lui rapportent 400 millions d'euros par an en Europe et ses licences lui rapportent 8 milliards d'euros au niveau mondial.

"C'est dommage qu'il y ait de la désinformation à propos du glyphosate dans le débat public, regrette Sam Murphy, responsable des affaires agricoles et de la durabilité chez Bayer. Et nous savons que les gens ont des questions sur la sûreté de ces produits et sur comment les utiliser sans danger. C'est pourquoi on a organisé une session de dialogue telle que celle-ci".

Restaurer l'image du glyphosate est d'autant plus important pour Bayer que l'entreprise est en pleine procédure pour renouveler sa licence du glyphosate, pour, elle l'espère, les 15 prochaines années.

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