Le film belge "Girl" censuré par Netflix: "On doit plier parce qu'on a signé un contrat"

"Girl" de Lukas Dhondt encore primé en Europe... et censuré aux Etats-Unis
"Girl" de Lukas Dhondt encore primé en Europe... et censuré aux Etats-Unis - © LOIC VENANCE - AFP

On l'a appris ce samedi 10 novembre : "Girl", le premier long métrage du Belge Lukas Dhondt, figure parmi les cinq nominés dans la catégorie du meilleur film aux European Film Awards. Le film déjà primé à Cannes fait aussi partie des candidats à l'European Discovery Award, qui récompense le premier film d'un réalisateur européen. Son acteur principal, le Belge Victor Polster, concourra, lui, au titre de meilleur acteur.

"Girl", qui fait le plein dans les salles belges depuis sa sortie, sera disponible sur la version américaine de Netflix en janvier prochain. Problème, explique De Morgen ce lundi : il s'agira d'une version censurée du film. Certaines scènes, où l'acteur Victor Polster (15 ans) apparaît nu, n'ont pas plu à la plate-forme de vidéo à la demande.

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Dirk Impens, producteur du film, ne peut que regretter cette décision. Il confirme au micro de la RTBF : "Netflix nous a proposé de faire quelques petites coupes dans le film. C'est-à-dire 2-3-4 scènes qui devraient être remontées en fonction de la morale sexuelle des Américains."

Les scènes de nudité infantile, qui sont "inacceptables pour Netflix", disparaîtront aussi de la version diffusée en salle aux Etats-Unis. "C'est trop risqué pour Netflix. Ils ne veulent pas prendre le risque d'être considéré par le public américain comme une société qui distribue de la pornographie."

Le producteur souligne au passage ce paradoxe qui veut que "nulle part dans le monde on ne produit autant de pornographie qu'aux Etats-Unis. (Même si c'est) dans un circuit totalement séparé du circuit hollywoodien grand public."

Il n'y a pas d'autre moyen que de plier

Lukas Dhondt va-t-il donc retourner à la table de montage ? Pas le choix, confirme Dirk Impens. "On doit plier parce qu'on a signé un contrat. Il n'y a pas d'autre moyen que de plier. On est sur la position Lukas et moi que c'est mieux de le faire nous-même et de trouver un compromis avec Netflix. En faisant ça, on essaye de garder un maximum le cœur et l'esprit du film."

Ce travail de coupe ne sera pas évident pour le réalisateur et son producteur. "Si vous demandez si on aime faire ce qu'on est obligé de faire, non, on n'aime pas du tout. Lukas a fait le film comme il existe aujourd'hui. Ce n'est pas un hasard. Le film est comme il est. C'est ça le film qu'on défend. Evidemment qu'on n'est pas heureux de cette situation, mais on essaye de vivre avec."

Les Oscars en ligne de mire

Quant à la version qui sera visionnée par l'Académie des Oscars, il s'agira bien de l'oeuvre originale. C'est dans le règlement. "Les membres de l'Académie sont obligés de voir la version originale du film", confirme Dirk Impens qui voit là une "petite victoire" offerte par le règlement de l'Academy of Motion Picture Arts and Sciences.

D'ici au 24 février 2019, jour de la cérémonie des Oscars, il faudra séduire le jury. Un travail qui prend parfois des airs de campagne électorale. Dirk Impens sourit : "On est en plein dedans. Lukas est à Los Angeles". Le film a aussi fait l'objet d'une présentation au Museum of Modern Arts à New York. "Les réactions sont très bonnes. On est soulagés que, même aux Etats-Unis, le film soit énormément apprécié", conclut le producteur de "Girl".

Hugues Dayez a interviewé le producteur Dirk Impens: écoutez l'interview en intégralité ci-dessous

Vidéo : l'émission "5 heures cinéma" du 16 octobre 2018 entièrement consacrée au film "Girl"

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