Gilles Marchand, patron de la SSR: "La légitimité du financement d'un média public, c'est la différence"

Directeur général de la Société Suisse de Radiodiffusion et de télévision (SSR), Gilles Marchand est ce samedi 24 février l’invité du Grand Oral RTBF-Le Soir sur La Première. Une semaine avant le vote prévu le 4 mars en Suisse, pour le maintien ou la suppression de la redevance radio/TV, il s’explique sur les enjeux de ce débat et défend la spécificité d’un média audiovisuel de service public.

Une semaine avant la votation, c’est un homme mobilisé et fatigué qui répond aux questions du Grand Oral. "La campagne a été longue et rude", explique-t-il. "Ce n’est pas une campagne gauche/droite, ni un clivage générationnel classique. Au départ, ce sont des jeunes libéraux qui ont lancé ce débat. Des libertariens qui n’acceptent plus de financer quelque chose que l’on ne consomme pas tout le temps. Et puis, ils ont été rejoints par un courant politique, plus structuré, plus conservateur, avec l’intention d’affaiblir ces institutions qui incarnent l’Etat, le vivre ensemble. Enfin, le débat s’est installé dans la société".

Un service public suisse trop cher ?

Le coût de la redevance, la plus chère d’Europe (NDLR : 450 francs suisses par ménage) a-t-il pesé dans l’argumentation des opposants ? "Cela pèse en effet dans la balance car un certain nombre de foyers ont des soucis financiers. Mais ce tarif-là correspond à notre production en quatre langues", justifie le patron de la SSR qui se défend d’être à la tête de l’un des services publics les plus chers d’Europe. "Si je fais la relation entre ce que nous délivrons et ce que délivrent les services publics européens qui nous entourent, le coût n’est pas aussi élevé que cela ", explique Gilles Marchand. " On a calculé la redevance pour une seule langue, elle se situerait à 200 francs suisses, soit le milieu du panier européen".

Quelle est la question ?

Le 4 mars prochain, les Suisses devront répondre à une question précise. "Etes-vous d’accord de renoncer à financer un service public audiovisuel, de quelque manière que ce soit", précise Gilles Marchand.

Et si la réponse est oui ? "Alors nous avons une année pour terminer l’activité, éteindre les émetteurs et licencier nos collaborateurs, soit 6.000 personnes. Il n’y a pas de plan B. Si le oui devait l’emporter, il y a un plan L comme liquidation ou un plan R comme réformes".

Quelles réformes ?

Si le non à la suppression de la redevance l’emporte, des réformes seront de toute façon inévitables. Gilles Marchand les détaille : "Il y aura des réformes d’ordre économique car nous allons devoir continuer à délivrer un mandat de prestations avec sensiblement moins d’argent. Nous devons aussi nous réformer dans la relation avec le public et notamment les jeunes. Nous devons mieux mettre en valeur ce qui nous spécifie. On n’a pas pris suffisamment la mesure de ce qui se passait au niveau de la population. On est trop passé par les corps intermédiaires".

"Et puis ce qui légitime un financement public, c’est la différence : ne pas retrouver sur d’autres plateformes ce que nous produisons. Cette intention-là, nous voulons la développer davantage", conclut le directeur général de la SSR.

L’interview de Gilles Marchand a été réalisée par Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef au journal Le Soir, Jean-Pierre Jacqmin, directeur de l’information à la RTBF, et Jacques Crémers, chef de la rédaction de La Première/RTBF.

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