France: des journalistes violemment agressés lors des manifestations de samedi

"Pas de heurts majeurs à signaler" dans le bilan des manifestations des gilets jaunes de ce samedi en France. Si ce n'est qu'au moins trois agressions de journalistes, dont l'une très violente à Rouen, ont été recensées.

Mobilisation à la hausse, des violences contenues

A trois jours du débat national organisé par le gouvernement, censé apaiser la colère, la mobilisation des "gilets jaunes" a connu un vif rebond: 84.000 personnes ont défilé samedi en France contre la politique sociale et fiscale du gouvernement, sans heurts majeurs.

Le patron de la Police nationale, Eric Morvan, disait vendredi s'attendre à ce que la mobilisation des "gilets jaunes" retrouve son niveau d'avant-Noël. Elle a même dépassé celui de l'acte 5, le 15 décembre, où 66.000 personnes avaient été décomptées en France.

Plusieurs manifestations ont été émaillées de heurts, notamment à Paris, Bordeaux, Toulouse, Bourges et Caen. Au total, 244 personnes ont été interpellées, dont 201 ont été placées en garde à vue, selon le ministère de l'Intérieur.

"Les violences ont pu être contenues grâce à un dispositif important, mobilisant 80.000 membres des forces de sécurité intérieure, axé sur la mobilité, la réactivité et la capacité à interpeller, qui a fait la démonstration de son bien-fondé", s'est félicité le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner.

A Paris, où 8.000 personnes ont défilé "dans le calme" et "sans incident grave", "la responsabilité l'a emporté sur la tentation de l'affrontement", a-t-il salué dans une déclaration transmise à l'AFP.

Rouen: lynchage de journalistes de LCI

Selon les autorités, ils étaient 2.500 à Rouen où des journalistes de LCI et leur agent de sécurité (En France, de plus en plus d'équipes de journalistes font appel à des service de protection pour les accompagner dans certaines manifestations) ont été tabassés par des manifestants.

Le journaliste souffre d'une fracture du nez, a indiqué Thierry Thuillier, patron de l'information du groupe TF1, à l'AFP. "Nous condamnons avec la plus grande fermeté cet acte", a-t-il dit. Une plainte a été déposée.

Pau: un journaliste reçoit un coup de poing

Franck Paillanave, journaliste local, a été frappé au visage par un manifestant hier alors qu'il était en plein direct. Il a tenu à remercier les autres gilets jaunes ("les vrais", dit-il) qui sont vite intervenus pour l'aider.

Toulouse: une journaliste intimidée

À Toulouse, des gilets jaunes s'en sont pris à une journaliste de La Dépêche du Midi, seule dans sa voiture au moment des faits.  C'est le rédacteur en chef adjoint du média français qui a dénoncé les faits: intimidations et menaces de viol. Là aussi, d'autres manifestants sont intervenus pour la protéger.

La Rochelle: un journaliste blessé par la police

Un photographe, qui travaillait pour le journal Sud Ouest et l'AFP, a affirmé dimanche avoir été blessé au genou par un tir de lanceur de balle de défense (LBD) alors qu'il couvrait samedi une manifestation de "gilets jaunes" à La Rochelle.

Xavier Leoty, 46 ans, a eu la rotule fracturée et s'est vu prescrire dimanche un arrêt de travail de 45 jours, a-t-il dit à l'AFP. Le photojournaliste a affirmé avoir été touché par un tir de LBD (lanceur de balles de défense) alors que des heurts survenaient dans la soirée sur le Vieux Port. "J'étais clairement identifiable au milieu de manifestants dispersés par les gaz lacrymogènes. Ils m'ont visé, ça a touché le genou", a-t-il déclaré, précisant qu'il était "tombé par terre" et avait été secouru par des "gilets jaunes". Le photographe a ensuite continué à travailler, tout en boitant, pensant qu'il n'avait qu'un "gros hématome".

Le préfet de Charente-Maritime, Fabrice Rigoulet-Roze, a appris qu'un journaliste avait été blessé au genou, "ce que le préfet regrette, ce journaliste n'étant évidemment pas ciblé", a indiqué la préfecture à l'AFP. "C'est vraisemblablement un tir de LBD mais on n'a pas vu le dossier médical", a-t-on ajouté de même source.

Elle a rappelé que samedi en fin d'après-midi, "les forces de l'ordre ont été prises à partie à plusieurs reprises par un groupe d'une cinquantaine d'individus par des jets de projectiles (bouteilles en verre, pavés, pétards) dans les rues du centre-ville".

Les FSI (Forces de sûreté intérieure) "ont alors répliqué en utilisant les moyens de défense en dotation (grenades lacrymogènes, lanceurs de balles de défense) soumis à un cadre d'emploi strict", a-t-elle ajouté. Treize personnes ont été interpellées à la Rochelle à l'issue d'une manifestation qui avait rassemblé quelque 2.000 personnes, selon les autorités.

La controverse autour de l'utilisation des lanceurs de balles de défense (LBD) a été relancée après les blessures de manifestants lors de récentes mobilisations de "gilets jaunes" et de lycéens.

Le ministre français de l'Intérieur Christophe Castaner a condamné sur Twitter les agressions dont ont été victimes ces journalistes : "Dans notre démocratie, la presse est libre. Dans notre République, la liberté d'informer est inaliénable. Violenter des journalistes, c'est attenter à l'une et à l'autre", a-t-il écrit.

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