Foire du livre: à la découverte de la littérature québécoise

Michel Biron, professeur d'Histoire de la Littérature québécoise à l'Université Mc Gill
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Michel Biron, professeur d'Histoire de la Littérature québécoise à l'Université Mc Gill - © D. Van Ossel - RTBF

Le Québec est à l’honneur à la Foire du livre de Bruxelles. De nombreux auteurs de la « belle Province » sont présents. Dany Laferrière en est le plus illustre représentant. Mais la littérature québécoise reste peu connue chez nous. L’occasion de partir à sa découverte, à Montréal.

Si Dany Laferrière est l’écrivain québécois le plus renommé, Manon Trépanier est la libraire canadienne la plus connue en francophonie. Elle est la voix du Québec dans l’émission radio "La librairie francophone".

Nous commençons notre voyage dans l’hiver canadien par un tour dans son rayon "Littérature québécoise". Toute littérature est forcément multiple. Mais y a-t-il des caractéristiques communes aux romans québécois ? "Je trouve que l’ailleurs occupe une grande place, précise Manon Trépanier, l’imaginaire aussi parce qu’on est beaucoup moins collés au réel que dans d’autres littératures. Et puis, on retrouve l’accent d’ici, aussi. La musicalité du texte est différente."

L’identité québécoise et son langage

Pour comprendre la littérature québécoise, il faut remonter à l’époque de la Révolution tranquille, dans les années 60.

Michel Biron, professeur d’Histoire de la Littérature québécoise à l’Université Mc Gill, explique: "La Révolution tranquille, c’est vraiment une affirmation de l’identité québécoise. Les écrivains vont faire de l’écriture un combat national. Ils vont soutenir le projet politique de l’indépendance de la Nation québécoise. Le poète Gaston Miron incarne ce mouvement-là. "

Au même moment, beaucoup d’écrivains, comme Michel Tremblay, défendent aussi leur identité par l’utilisation du joual, le langage populaire de Montréal, truffé d’anglicismes et de québécismes.

Le Québec mosaïque

En 1980, le référendum sur l’indépendance du Québec est un échec. Le "non" l’emporte à près de 60%. Les écrivains vont se démobiliser et l’imaginaire va se déplacer vers un ailleurs. Notamment sous l’influence des écrivains issus de l’immigration.

Kim Thuy, tout comme Dany Laferrière, d’ailleurs, fait partie de cette littérature qu’on appelle migrante. Elle est d’origine vietnamienne, elle arrivée ici à 10 ans. Dans son roman "Ru" notamment, elle raconte cette existence entre deux rives. "Le Canada est un pays tout jeune, explique-t-elle. C’est un pays qui s’est construit couche par couche avec les immigrants: les Irlandais, les Italiens, les Portugais, les Chinois, les Vietnamiens et les Libanais. Toutes ces vagues d’immigration ont enrichi le Québec." Et sa littérature.

Toujours plus loin…

L’ailleurs, pour les écrivains québécois, c’est aussi le territoire américain. Catherine Mavrikakis, par exemple, investit cet espace dans ses 3 derniers romans. D’autres, comme Larry Tremblay dans son roman "L’Orangeraie", explorent des pays beaucoup plus lointains, comme le Moyen-Orient. "Ce qui me fascine, dit-il, c’est que depuis quelques années la littérature québécoise s’ouvre énormément sur le monde et que l’imaginaire québécois n’est plus obsédé par l’intime, la famille, l’identité québécoise mais s’ouvre sur une problématique mondiale."

Plus de complexe

Il y a aussi, au Québec, une jeune génération très dynamique d’écrivains. Marie-Louise Arsenault les connaît bien. Elle les reçoit régulièrement dans son émission “Plus on est de fous, plus on lit”, sur les ondes de Radio Canada. "C’est peut-être la première génération qui n’a pas ce regard sur la France comme la source de la grande culture. Ils sont décomplexés, et très américanisés aussi. Ils inventent un nouveau langage, intègrent beaucoup de mots d’Anglais.”

Et ce n’est pas sans provoquer des réactions. Le roman du jeune Alexandre Soublière, "Charlotte before Christ”, a été l’objet de nombreuses critiques, notamment pour les libertés qu’il prend avec la langue… Signe, qu’au Québec, le débat sur l’identité et la langue est toujours aussi passionné.

Daphné Van Ossel

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