Fin de l'anonymat? Quand la reconnaissance faciale permet de retrouver l'identité d'une inconnue en 3 clics

Fin de l'anonymat? Quand la reconnaissance faciale permet de retrouver l’identité d'une inconnue en 3 clics
Fin de l'anonymat? Quand la reconnaissance faciale permet de retrouver l’identité d'une inconnue en 3 clics - © Tous droits réservés

L’histoire remonte à quelques semaines, mais elle prend une résonance toute particulière avec les dernières mises en garde concernant l’application FaceApp. Cette application pour smartphones, innocente en apparence, permet par exemple de voir à quoi on ressemblerait avec quelques années de plus ou avec une barbe. Problème : les utilisateurs de FaceApp acceptent, parfois sans les lire, les conditions d’utilisation. Parmi celles-ci : le fait que les photos envoyées dans l’application peuvent être réutilisées pour tout type d’usage et ce, sans votre accord ou quelque forme de rémunération que ce soit. C’est en donnant l’accès de l’application à vos réseaux sociaux que FaceApp pourra également accéder à vos données personnelles de manière "irrévocable" et "perpétuelle".

Quelles pourraient être les applications concrètes d’un tel outil ? C’est là que tout ça devient un peu plus concret : la reconnaissance faciale a fait d’énormes progrès ces dernières années. Les amateurs de recherche d’image sur Internet connaissent bien l’outil "Google Image". Plutôt que d’y chercher du texte comme on le fait le plus souvent sur ce moteur de recherche, Google Image permet de trouver des photos similaires déjà postées sur la toile.


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Un outil puissant… la preuve par l’exemple

Mais Google Image n’est pas le meilleur pour ce type d’exercice. Le champion toute catégorie en la matière s’appelle Yandex, un moteur de recherche… russe basé à Moscou. Yandex dispose aussi d’un outil permettant la recherche inversée d’image. Nous avons pu constater à quel point il était puissant lors du Doudou à Mons en juin dernier.

L’une de nos journalistes avait alors interviewé une Américaine dans les rues de Mons. Alors que nous souhaitions interroger cette jeune femme à nouveau pour connaître ses impressions sur le folklore hennuyer, nous avons été confrontés à un obstacle : notre reporter n’avait pas pris la peine de noter le nom de son témoin. Tout ce que nous avions à notre disposition, c’était une capture d’écran du reportage diffusé au journal télévisé, le prénom de la jeune Américaine et sa ville d’origine sur la côte est des Etats-Unis.

Yandex nous a alors montré toute sa puissance. La capture d’écran glissée dans le moteur russe nous a renvoyés vers 5 résultats de femmes qui ressemblaient à celle que nous cherchions. Le premier de ces résultats était une capture d’écran, faite automatiquement, d’une vidéo postée sur YouTube. Le clip en question, posté en 2012, était un film étudiant dans lequel une jeune femme décline son prénom et son nom. Et si c’était notre "cible"? En tapant ces informations dans Google, nous arrivons à un compte Facebook. La photo de profil ressemble en tout point à la personne interviewée dans le JT. Même coupe de cheveux, même sourire, même yeux…

Google ne retrouve pas mon visage sur Internet

Les autres résultats de recherche confirmeront nos impressions : l’Américaine en question habite bien dans la ville dont elle parlait dans l’interview, elle a bien effectué un échange pendant ses études secondaires avec la ville de Mons comme elle l'expliquait en deux mots à notre journaliste… Aucun doute, c’est bien elle. En quelques clics, une identité noyée dans la masse de milliards d’humains est remontée à la surface. Un coup de chance ? Peut-être… Un coup de pouce d’un algorithme longtemps entraîné ? Possible aussi…

Julien Pain, journaliste pour France Info, a pu lui aussi constater la force de frappe de Yandex en matière de reconnaissance faciale. "J’ai entré une photo de moi sur Yandex […] Et j’ai fait la même chose sur Google. Le résultat est clair. Google ne retrouve pas mon visage sur Internet […], Yandex par contre me propose 7 photos de moi comme premiers résultats. Il va même trouver des correspondances dans des vidéos où j’apparais."

L’Américain Google plus vertueux que le Russe Yandex ?

Comment expliquer que Yandex soit plus fort que Google en matière de recherche d’image ? Aric Toler, chercheur pour le site citoyen d’investigation Bellingcat, avançait cette explication à nos confrères de France 24 en mai dernier : "Yandex a amélioré son algorithme et affiche d’excellents résultats de recherche d’image inversée, surtout quand il s’agit de visages car il arrive à faire de la reconnaissance faciale. On obtient aussi de bons résultats pour les recherches de paysages ou pour trouver des logos et même des objets. Plusieurs facteurs rendent la recherche d’image de Google moins efficace. J’ignore si c’est intentionnel de la part de Google. L’Union européenne, entre autres, a exercé beaucoup de pression en ce qui concerne la protection de la vie privée. J’imagine qu’ils ont volontairement 'handicapé' leur outil car certaines personnes peuvent prendre peur en voyant leur visage apparaître dans Google."

Interrogé par France 24, Google répond que son service "n’utilise pas la technologie de reconnaissance faciale. Celle-ci mérite d’être considérée avec précaution pour être conforme à nos principes et valeurs." Un principe que le géant américain aux milliards de dollars résume souvent par "Don’t be evil" ("ne soyez pas malveillants")… jusqu’à preuve du contraire.

Quant à savoir si Yandex et FaceApp sont liés l'un à l'autre ? Rien ne permet de l'affirmer. En tout cas, ils sont tous les deux russes... et FaceApp a été créé par un certain Yaroslav Goncharov. Comme on peut le lire sur son profil LinkedIn, cet ingénieur a travaillé pour Yandex entre 2011 et 2013.

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