Festival de Cannes: « Il y a des gens qui s'organisent pour faire leurs films les années sans Dardenne ! »

C'est ce mardi que s'ouvre la 72e édition du Festival de Cannes. Louis Danvers, journaliste spécialiste du septième art, était invité sur la Première ce matin.

Est-ce que Cannes reste aujourd'hui encore face à Venise ou à Toronto le plus grand festival du cinéma du monde ?

« Peut-être bien que non. Venise est en train de s'envoler. Outre l'attractivité de Venise qui reste quand même énorme par rapport à certains invités, les dates de Venise conviennent mieux notamment au cinéma américain pour la finition des films. Cannes arrive un peu tôt par rapport à la chose.

Venise a été longtemps un peu hostile aux Américains et ne l'est plus. Hollywood débarque et a décidé d'investir beaucoup là-dedans.

Il y a aussi le fait que Venise a vraiment voulu se donner des ambitions au-delà d'un contexte politique qui a parfois restreint ses sélections en termes de résonance.

Venise a décidé de se mettre dans un flot très actuel pour des raisons à la fois techniques et économiques : les films sont finis, il y a plus de choix pour des films formidables. Et l'attractivité de Venise est très grande.

Il y a maintenant des gens qui freinent, ils gardent leurs films pour Venise exprès ».

Est-ce que Cannes a raison de fermer ses portes à Netflix ?

« Il est évident que maintenant Netflix fait des sorties cinéma limitées, mais en même temps soyons juste, énormément de films qui sont montrés à Cannes ne vont pratiquement sortir nulle part. Donc on est un peu dans l'ambiguïté, mais sur la position de base, c'est à la fois bien parce que le cinéma doit garder sa spécificité, mais c'est même sans doute un combat d'arrière-garde, comme celui dans les années 50-60 avec la montée de la télévision ».

C'est un vrai problème de Cannes, c'est que la sélection réelle ne commence que quand on a fait le tour des habitués

Pedro Almodovar, Arnaud Desplechin, Ken Loach, les frères Dardenne, Xavier Dolan ou encore Abdellatif Kechiche... Voilà les noms de quelques pointures du cinéma. Ils seront présents cette année avec leur nouvelle production. Est-ce que l'édition 2019 n'est pas avant tout une édition qui prend peu de risques et qui manque d'audace ? 

« Au total, il y a douze cinéastes habitués de Cannes, qui sont déjà venus beaucoup de fois. Sur 21, c'est une majorité donc ça laisse évidemment moins de place aux autres. En même temps, certains de ces cinéastes sont attendus avec des films dont la rumeur dit qu'ils sont formidables.

Mais c'est un vrai problème de Cannes, c'est que la sélection réelle ne commence que quand on a fait le tour des habitués qui ont un film ».

Quelle est la place qui est réservée, cette année, aux cinéastes femmes ?

« Le comité de sélection est déjà paritaire. Il y a déjà le même nombre de femmes que d'hommes dans le comité de sélection de Cannes. Bon évidemment, on ne peut pas forcer les films à se faire. Mais quand on voit Venise, là la représentation féminine est grande. Et à Berlin ça fait très très longtemps que les femmes et les cinéastes du monde entier ont l'occasion d'amener leurs films. Donc là effectivement, il y a encore des choses à faire. On n'invente pas des films de premier plan, mais je suis absolument certain qu'il y a plus de films intéressants réalisés par des femmes en ce moment que les quatre en sélection ».

Est-ce que les frères Dardenne pourraient nous ramener une troisième Palme d'or ?

« Comme certains autres dans la sélection, je pense notamment à Almodovar, il y a des rumeurs favorables. Voilà, je ne peux pas m'exprimer plus, mais il est clair que les Dardenne ont leur place à Cannes en dehors du fait qu'ils sont des habitués. Ils ont gagné aussi des prix d'interprétation, des prix du scénario... et les Dardenne ont un impact sur le cinéma encore maintenant, on voit des films d'Amérique du Sud, même des films indépendants d'Amérique du Nord, américains, des films chinois où le style Dardenne a percolé. Donc c'est une réalité.

Alors ici, ils font l'objet de beaucoup de jalousie et chaque année, quand les Dardenne font un film, il y a des gens qui s'organisent pour faire leurs films les années sans Dardenne ! ».

Il y a une Palme d'or d'honneur aussi qui est prévue pour Alain Delon. Mais depuis quelques heures, il y a une pétition qui circule pour que ne soit pas récompensé cet acteur « raciste, homophobe et misogyne ». Qu'est-ce que vous en dites ?

« Mais je dirais qu'il suffit de revoir 'Rocco et ses frères' pour se dire qu'il faut toujours récompenser Delon, parce que Delon a été une icône du cinéma. Mais il faut simplement voir les choses telles qu'elles sont, c'est-à-dire qu'on récompense un formidable acteur, qui dans sa jeunesse a été une star sublime, qui a inspiré les plus grands réalisateurs certainement. Et bien sûr, il y a l'homme, mais je pense que cet homme-là, je n'aurai pas trop envie de lui donner un prix. Mais à l'acteur et à ce qu'il a représenté pour le cinéma, je trouve qu'il y a une justification très claire et qu'on ne peut pas tout résumer aux positions idéologiques des gens ».

 

Jane Campion est toujours la seule femme à avoir obtenu la Palme d'or. Une en 72 éditions... à méditer.

 

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