Quelle place pour les femmes dans le monde de la bande dessinée? "On a du #MeToo de la BD aussi"

Quelle place pour les dessinatrices dans la bande dessinée? On leur fait plus de place, mais…
Quelle place pour les dessinatrices dans la bande dessinée? On leur fait plus de place, mais… - © Tous droits réservés

En 2016, le monde de la BD était frappé par une tempête féministe. Le festival d’Angoulême, le plus grand festival BD d’Europe, attribue chaque année un prix à un auteur pour récompenser l’ensemble de sa carrière. Le tout sur base d’une liste de 30 nominés. Cette année-là, aucune femme n’y figurait, comme si aucune d’entre elles ne valait les hommes. Trois ans plus tard la situation s’est-elle améliorée ? Gérald Vandenberghe a posé la question à 5 autrices importantes de la BD d’aujourd’hui.

Florence Cestac

Florence Cestac était, jusque cette année, la seule femme à avoir remporté le « Grand prix » au festival de la BD d’Angoulême. Une récompense qui couronne l’ensemble de la carrière d’un auteur. Elle avait décroché le titre en 2000, grâce à ces séries d’humour mettant en scène ses célèbres personnages à « Gros Nez ». Un humour et un graphisme qui lui ont toujours permis d’aborder les sujets les plus difficiles, avec délicatesse mais sans rien éluder. « Le démon de midi » qui raconte les affres d’une femme de 40 ans larguée par son mari, en est le meilleur exemple. Ayant participé aux événements de « Mai 68 », les sujets féministes sont évidemment un de ses sujets de prédilection.

 

Dominique Goblet

Dominique Goblet était présidente du Jury du Festival d’Angoulême cette année. Un honneur rare, pour une femme, puisqu’il faut avoir remporté le « Grand prix » l’année précédente pour décrocher le poste. En fait, elle n’a pas reçu cette récompense… Elle sera contactée par le festival d’Angoulême, en 2018, pour occuper ce poste, à la suite du refus de l’Américain Richard Corben de faire le déplacement jusqu’en France. Elle a assuré cet « interim » de mains de maître.

Dans chacun de ses albums, Dominique Goblet s’efforce toujours de faire reculer les limites de l’art de la BD. Elle adore briser les cases et explorer de nouvelles façons de s’exprimer. « Portraits crachés », « Souvenir d’une journée parfaite », « Faire semblant c’est mentir », « Les Hommes-Loup » en sont autant de preuves.

 

Pénélope Bagieu

Cette dessinatrice fait partie de la nouvelle génération féminine partie à la conquête de la planète BD. Elle s’est fait remarquer grâce à son blog « Ma vie est tout à fait fascinante », où elle expose des instants de sa vie quotidienne avec un détachement et une justesse savoureuse. Ses albums les plus récents, intitulés « Culottées », nous présentent la vie de femmes de caractère oubliées par l’Histoire. Cela va de la princesse africaine, à la guerrière indienne en passant par la rappeuse afghane. Elle parle des femmes, mais pas seulement pour les femmes et n’apprécie guère les stéréotypes sexués. Sa notoriété dépasse largement le petit monde de la BD.

 

Christel Hoolans

Christel Hoolans est directrice-générale des éditions Dargaud-Lombard. Elle fait partie des rares femmes à occuper un poste de pareil niveau dans le petit monde de l'édition BD. Elle a également gardé ses fonctions au sein des éditions Kana (Mangas) où elle occupait déjà un poste identique. Elle estime avoir bâti sa carrière sans pâtir de son statut de femme. Ceci dit, elle sourit volontiers lorsqu'on évoque avec elle le chemin qu’il reste à parcourir pour arriver à l’égalité homme-femme dans son domaine d’activité…

Emilie Plateau

Elle a fait ses premiers pas dans la Bd en publiant dans des fanzines, puis au sein de la maison d’édition « 6 pieds sous terre ». Elle possède aussi un blog à retrouver en cliquant ici.

Elle vient de publier « Noire : la vie méconnue de Claudette Colvin », chez Dargaud. Son trait est volontairement naïf, mais le regard qu’elle porte sur le monde est loin de l’être, en particulier lorsque l’on parle de sexisme.

Trouver sa place

Petit à petit le monde de la BD, fait de plus en plus de place aux femmes. La meilleure preuve en est sans doute l’attribution du Grand Prix du festival d’Angoulême à la Mangaka Takahashi, créatrice de « Juliette, je t’aime ». Reste qu’il s’agit de la deuxième femme seulement à être récompensée en 46 ans de festival…

Pour le reste, la majorité des autrices et éditrices pensent qu’il y a encore du boulot. Non, les filles ne font pas des BD uniquement destinées aux « gonzesses » ! Non, il n’est pas anormal qu’une femme occupe un poste de pouvoir dans une grande maison d’édition. Ça va mieux, mais tout n’est pas encore gagné…

 

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