Féminité et précarité: quand "BruZelle" change les règles

Chaque semaine, Valérie et Veronica sillonnent la ville de Bruxelles pour aller à la rencontre des femmes vivant dans la rue. Leur but ? Distribuer des protections hygiéniques aux plus démunies. L’association "BruZelle", qu’elles ont fondée ensemble, a pour objectif de rendre un peu de dignité et d’estime de soi à ces femmes.

On n’y pense pas toujours, mais outre le fait de se nourrir, les personnes sans domicile fixe rencontrent divers problèmes. Notamment l’accès à l’hygiène. Où se laver? Où aller aux toilettes? Et pour les femmes, où trouver des protections hygiéniques?

Les règles coûtent en moyenne 18 euros par mois. Mais pour beaucoup de femmes, qui doivent choisir entre se nourrir ou acheter une boite de tampons, ce prix est impossible à assumer.

"On promeut le fait que les femmes sans abri ou en situation précaire puissent bénéficier de la gratuité des serviettes hygiéniques. Mais toutes les femmes devraient pouvoir accéder à ce besoin de manière tout à fait gratuite", explique Valérie Machiels, co-fondatrice de BruZelle.

 Veronica Martinez, l’associée de Valérie, a eu un déclic après une rencontre dans le métro: une femme qui avait ses règles, mais qui n’avait ni protection, ni anti-douleurs. C’est de là qu’est partie la réflexion sur l’accès aux protections hygiéniques pour les femmes vivant dans la rue. 

Depuis sa création en octobre 2016, l’association a distribué 116 000 protections hygiéniques. En 2018, c’est plus de 68 000 serviettes qui ont été offertes aux plus démunies.

Ces serviettes proviennent de dons, que chacun peut déposer dans des points de collecte, disposés à divers endroits de la capitale, mais également à Namur, Mons et Liège.

C’est important de les distribuer dans quelque chose de joli

Les bénévoles récoltent ces dons et les emballent dans des trousses, cousues à la main. Valérie nous explique "On a réfléchi à la manière dont on pouvait distribuer ces trousses au public féminin. Le tissu est venu tout de suite à notre esprit car c’est quelque chose qu’on offre […] et c’est important de les distribuer dans quelque chose de joli et fait avec beaucoup d’amour".

Bien que les règles concernent la moitié de la population, le sujet reste tabou. Jusqu’il y a peu, les protections hygiéniques étaient encore considérées comme un produit de luxe. En juillet 2018, la Chambre des représentants a approuvé la réduction de la taxe tampon. La TVA est passée de 21% à 6%.

Toutefois, le prix des serviettes et tampons reste assez élevé pour un certain nombre de femmes. Valérie estime que les hommes et femmes politiques devraient en faire plus. "On fait le travail en tant que citoyennes que devraient faire la politique, mais on le fait de gaieté de cœur et avec toute l’énergie qu’on peut".

Les bénévoles de BruZelle continueront de collecter et distribuer des serviettes tant qu’il y en aura besoin. Néanmoins ils espèrent qu’un jour, les règles auront changé et qu’ils pourront alors fermer boutique.

 

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