Fausses photos de feux de forêt en Amazonie : "Développer son esprit critique pour faire le tri"

Ce lapin avait été photographié alors qu'il fuyait les flammes à Woolsey, en Californie, en novembre 2018.
Ce lapin avait été photographié alors qu'il fuyait les flammes à Woolsey, en Californie, en novembre 2018. - © Chris Rusanowsky ZUMA Wire Shutterstock

Les feux de forêt en Amazonie ont une nouvelle fois illustré le fascinant fonctionnement des réseaux sociaux, pour le meilleur et pour le pire. De nombreuses images partagées sont en réalité des clichés qui n’ont rien à voir avec les sinistres actuels. Publier de fausses photos devient-il une pratique de plus en plus courante ? Tous les faits d’actualité sont-ils susceptibles d’être falsifiés ?

Pour Patrick Verviers, Président du Conseil supérieur de l’éducation aux médias, la réponse est oui. "Ici, on est effectivement face à une situation où des images d’illustration de feux de forêt, des photos qui ne sont pas dans l’actualité, sont faciles à diffuser. Mais plus largement, ça montre effectivement qu’aujourd’hui notre environnement d’actualité et d’information est encombré de toute une série de sources qui, pour certaines, sont des sources professionnelles vérifiées, recoupées et certifiées par des journalistes professionnels et des équipes rédactionnelles, et d’autre part, des informations qui se diffusent via les réseaux sociaux et qui font l’objet de beaucoup moins d’attention. Ça met alors évidemment la pression sur l’utilisateur, qui ne peut pas en permanence aller vérifier sur les moteurs de recherche, par exemple, si la photo d’illustration est réelle ou pas. Mais ça met en tout cas en avant la nécessité aujourd’hui de développer ces compétences, parce que le problème n’est pas tellement le fait que nous ayons été confrontés à des photos qui n’étaient pas réellement d’Amazonie, mais que ça crée une forme de doute par rapport à l’information."


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Autre interrogation : pour quelle(s) raison(s) ces photos circulent-elles pour le moment ? "On peut faire une série d’hypothèses. Effectivement, on peut se poser la question, la première hypothèse serait : je balance une info, je suis éventuellement climatosceptique et je la diffuse sciemment et volontairement. On est donc là vraiment dans la désinformation au sens premier du terme, c’est-à-dire une action volontairement produite pour inciter une forme de doute, etc. Je pense qu’on a ici affaire à un cas de figure, car ça peut tout simplement être le fait que j’ai utilisé une photo pour illustrer un de mes posts sur Twitter ou une actualité sans vraiment prendre le temps de vérifier. Il y a donc différents cas de figure."

Etre curieux et développer son esprit critique... les clés contre la désinformation

Faire le tri entre le vrai et le faux est donc essentiel afin d’éviter de se faire duper par une information qui ne serait pas correcte. "Il s’agit en tout cas de pouvoir distinguer une information fiable d’une information par rapport à laquelle il faut être prudent. C’est aussi contre le fonctionnement des réseaux sociaux, ce qu’on appelle les fameuses bulles de filtres, qui est en fait un terme générique où derrière se cache toute une série de phénomènes qui nécessitent réellement d’être éveillé, d’être compris, pour pouvoir avoir une certaine distance critique. Ce sont les biais de confirmation, c’est-à-dire que je suis apparemment convaincu de quelque chose et je vais sélectionner l’information pour confirmer ce que je pense."

Il ajoute également que "c’est donc à la fois développer l’esprit critique et rendre curieux, parce que les problèmes de désinformation sont malgré tout souvent liés au fait que je m’informe peu, que je suis peu proactif par rapport à l’information, donc la première étape de l’esprit critique est vraiment de développer cette curiosité. Et tout de suite après, effectivement, il s’agit de pouvoir faire le tri, d’identifier les biais qui peuvent être présents sur les réseaux sociaux, de pouvoir distinguer à quelles sources d’information je peux accorder un certain degré de fiabilité".

 

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