Fallait-il parler de la pub pour le sugardating? "Oui, mais via le sujet de la précarité des étudiants"

En réponse à la polémique, Zuhal Demir a montré un journal avec des petites annonces de prostitution.
En réponse à la polémique, Zuhal Demir a montré un journal avec des petites annonces de prostitution. - © ERIC LALMAND - BELGA

C’est la pub la plus évoquée, la plus commentée, mais aussi du coup la plus visible de la semaine: celle qui proposait à des étudiantes de se mettre en contact avec des hommes riches.

Dans le Parti Pris, Pascal Claude posait la question au politologue François Gemenne et au journaliste spécialiste des médias Alain Gerlache la question: les médias ont-ils trop fait la publicité de cette campagne, comme l'a laissé entendre ce jeudi à la Chambre Zuhal Demir, la secrétaire d’État à l’égalité des chances et à la lutte contre la pauvreté?


François Gemenne a rappelé le vieux dicton anglais : "la mauvaise publicité, ça n’existe pas": "Toute publicité est bonne à prendre. Il est certain que pour un publicitaire qui lance une campagne, c’est le rêve absolu que les médias reprennent en boucle sur toutes les antennes nationales sa campagne. Alors évidemment, ça n’est pas pour ça qu’il ne fallait pas en parler".

Ou il aurait en tout cas fallu en parler autrement: "Dès l’instant où les ministres Marcourt et Simonis déposaient plainte, ça devenait un fait politique. Donc les médias devaient en parler. J’ai tendance à dire que la publicité, ce sont les ministres Marcourt et Simonis qui la lui ont donnée dans une grande hypocrisie, parce qu’au fond pourquoi est-ce que ce genre de business se développe ? Parce que les étudiantes et les étudiants sont dans une grande précarité, on le sait depuis des années, des études ont été menées sur ce sujet. Moi qui enseigne aussi à l’ULB, je vois bien que beaucoup d’étudiants n’assistent pas aux cours parce qu’ils doivent travailler. Rien n’est fait pour régler ce problème et puis on joue les vierges effarouchées dès lors qu’un site essaie d’exploiter cette précarité".

 

Les professionnels de l'indignation

Pour Alain Gerlache, ce n'est pas que les médias en ont trop fait, "ils n’en ont peut-être pas fait assez bien": "Il n’y a pas que les ministres. Il y a quand même, notamment sur les réseaux sociaux, un certain nombre de professionnels de l’indignation à la recherche du like et du buzz qui s’indignent dès qu’il y a une situation qui peut faire un peu mousser les choses. Les politiques embraient et les médias embraient aussi".

Pour Alain Gerlache, il fallait en parler, "mais en parler d’une manière qui utilise cette situation de base pour aborder les questions de fond, qui sont la prostitution chez les étudiantes et les étudiants, la précarité des étudiants. C’est toujours comme ça que l’on fait finalement, on essaie d’utiliser ce qui peut apparaître comme un fait divers pour essayer de donner du fond. Maintenant, dire qu’il ne faut pas en parler parce que ça peut donner des idées, c’est une question qui existe tout le temps dans les médias. Il y a des gens qui disent " vous parlez trop des attentats par exemple, et donc vous suscitez un certain nombre de vocations ". Il y a quand même des limites...."

Et puis souligne François Gemenne, "il y a beaucoup d’hypocrisie aussi. Ce genre de comportement et ce genre d’arrangement ont toujours existé".


"Zuhal Demir a d'ailleurs montré un journal - c’est quand même un peu pénible pour la presse- où il y a ce genre de publicité qui figure" conclut Alain Gerlache

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