"Fake news": l'expression favorite de Donald Trump a plusieurs définitions (vidéo)

C'est l'expression préférée de Donald Trump. Depuis le jour de son investiture, le 20 janvier dernier, le président américain a utilisé 16 fois l'expression "fake news" sur son compte Twitter. Même insistance lors de sa conférence de presse du 16 février dernier où il a y a fait mention une dizaine de fois (voir la vidéo ci-dessus). Pourtant, comme il l'a encore prouvé ce week-end, Donald Trump n'est pas le dernier quand il s'agit de véhiculer de l'intox.

En français, le terme peut se traduire simplement par "fausses informations". Mais il est difficile de le réduire à un seul sens. "Il fut un temps (genre il y a trois mois), 'fake news' avait un sens précis. Cela désignait [...] des histoires inventées sur Donald Trump qui aurait eu une attaque cardiaque ou qui aurait reçu le soutien du pape. [...] Depuis, les conservateurs menés par le président Trump ont piraté le terme et l'ont redéfini pour désigner, basiquement, n'importe quel reportage qu'ils n'aiment pas", écrivait le Washington Post début février.

Dans son "Journalism, media and technology trends and predictions 2017", le spécialiste des médias Nic Newman souligne la difficulté de fixer une définition pour les fake news, surtout "à une époque où le partisianisme et la polarisation" sont la norme.

"Au sens strict, les fake news sont complètement inventées et écrites pour tromper les lecteurs tout en maximisant le trafic et les revenus", avance pour sa part le Guardian. Mais cette définition ne suffit pas. Au moins quatre sens différents se dégagent.

  • Les informations fausses parce qu'elles reposent sur des sources non fiables ou qu'elles résultent d'une mauvaise interprétation des faits. Il peut s'agir d'une erreur commise par un média reconnu. Le "New York Times", dont la réputation n'est plus à faire, a ainsi publié en septembre 2016 un article sur la situation en Syrie qui contenait plusieurs erreurs. "Le quotidien a dû publier une correction, suivie d'une correction de cette correction", rapportait alors Slate.fr. Et puis il y a ces sites militants qui tordent ou falsifient les faits pour qu'ils correspondent à leur vision du monde. Breitbart et Infowars sont de ceux-là. Et ces derniers sont aussi parmi les plus virulents sur les réseaux sociaux.

 

  • Les informations bien sourcées mais qui ne plaisent pas à celui qui les entend qui préfère les discréditer pour garder la face. Jérôme Cahuzac aurait ainsi pu qualifier de "fake news" les révélations de Mediapart sur son compte en Suisse. Pourtant, alors qu'il affirmait "les yeux dans les yeux" à Jean-Jacques Bourdin qu'il s'agissait de mensonges, il a finalement écopé de trois ans de prison ferme pour fraude fiscale. Et quand Donald Trump affirme qu'il a réalisé un score électoral jamais vu depuis Ronald Reagan, ses affirmations ne tiennent pas la route.

 

  • Les informations délibérément fausses destinées à faire rire tout en générant du trafic... ce qui a l'effet plutôt pratique de faire gagner de l'argent à leurs auteurs grâce aux publicités affichées. C'est le cas du Gorafi ou de Nordpresse. "Tous les articles relatés ici sont faux (jusqu’à preuve du contraire) et rédigés dans un but humoristique", précise le premier dans sa rubrique "A propos". Le second indique en dessous de chacune de ses pages le message suivant : "Certaines informations présentes sur ce site sont satiriques et/ou parodiques, veillez à conserver un esprit critique, merci."

 

  • Dans la lignée du cas précédent, certains sites publient volontairement de fausses informations, mais avec l'unique but de gagner de l'argent et/ou d'influencer l'opinion. Pendant la campagne électorale américaine, les "fake news" sont devenus un véritable business permettant à des gens basés pour certains en Macédoine de générer des revenus publicitaires. Ce dernier cas a été récemment détaillé dans une vidéo du site internet Wired à découvrir ci-dessous (en anglais). Cette définition est la seule retenue par Politifact.com, un site de vérification qui collabore avec Facebook pour débusquer les "fake news" qui polluent le réseau social. "Les 'fake news' [sont un] effort concerté d'un site internet ou de toute autre forme de média pour fabriquer une information dans le but de gagner de l'influence politique ou de gagner de l'argent", estime Politifact. 

Responsabilité des réseaux...

Mais comment lutter contre les "fake news", quel que soit leur but ? Facebook et Google, qui jouent un rôle non négligeable dans ce dossier, ont annoncé leur volonté de partir à la chasse aux fausses informations. Le journal Le Monde a récemment proposé son Decodex, un outil qui permet d'identifier si une source est crédible ou pas. Mais le Decodex est la cible de critiques. Classifier, c'est critiquer. Décider qu'un média est crédible et qu'un autre ne l'est pas, revient à porter un jugement de valeur.

Ce qui est vu comme la vérité par l'un sera interprété comme de la propagande par l'autre. Et le débat est sans fin. Après tout, Le Monde a beau être considéré comme "plutôt fiable", il lui arrive de commettre des erreurs. A l'inverse, un site internet au contenu politiquement orienté ne publie pas nécessairement de fausses informations.

Si vous voyez un média qui se trompe plusieurs fois et ne fait jamais de correctif, peut-être qu'il est temps d'arrêter de le croire

Et enfin, quid des sites qui n'ont pas encore reçu le label "Decodex". En Belgique francophone, seul sudinfo.be est classé "vert" (donc jugé "plutôt fiable"). Tous les autres sites que nous avons testé ne sont pas reconnus, même si un formulaire permet de demander au journaliste du Monde de le passer au crible et de le "certifier".

Et responsabilité des internautes

Finalement, la responsabilité revient avant tout au consommateur d'information. En cas de doute, quelques réflexes s'imposent, comme le soulignait John Oliver, le présentateur de l'émission "Last Week Tonight" sur HBO.

"Nous devons faire des efforts supplémentaires sur les réseaux sociaux pour vérifier les histoires avant de les partager [...] nous poser des questions telles que : 'Est-ce que je connais cette source ? Est-ce que quelqu'un a vérifié ça ? Est-ce que je peux remonter à la source et est-ce que cette source tient la route ?' Si vous voyez un média qui se trompe plusieurs fois et ne fait jamais de correctif, peut-être qu'il est temps d'arrêter de le croire."

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