Fake news : Alain Waquebaert n'existe pas et ne veut pas changer son nom proche d'"Allahou Akbar"

Cette fausse une fait le tour des réseaux sociaux. Tout y est pourtant pour faire croire à une vraie information.
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Cette fausse une fait le tour des réseaux sociaux. Tout y est pourtant pour faire croire à une vraie information. - © Calais Faits divers

"Suite à une série de quipropos, Alain Waquebaert aimerait changer de nom". L’information, parue en une de "Nord Littoral", quotidien régional de Calais et sa région en France est particulièrement cocasse et fait le tour des réseaux sociaux. Mais voilà, ce pavé est une fake news, une fausse information, partagée de nombreuses fois. Son auteur ? Un compte Facebook, "Calais faits divers", habitué dans le détournement des titres des journaux du coin.

Sur le blog de "Calais faits divers", la blague va même plus loin. "Alain en a marre", peut-on y lire. "Il en a assez des regards en coin dans les administrations lorsqu’il prononce son nom à voix haute. Il n’en peut plus de sentir l’inquiétude planer autour de lui dès que quelqu’un l’interpelle…"

Un contexte d’attentat

Tout y est pour faire croire à une véritable nouvelle. Un nom à consonance flamande, chose courante dans les Hauts-de-France. Un contexte d’attentat islamiste, à Conflans-Saint-Honorine, ayant coûté la vie à un enseignant, Samuel Paty. De quoi rendre plausible la volonté d’un homme dont le nom sonne comme "Allahou Akbar" (Dieu est le plus grand, la profession de foi des musulmans) d’empêcher un éventuel amalgame avec l’islam radical et violent.

Sans oublier, une typographie similaire à celle de Nord Littoral et une impression sur une page chiffonnée. Le montage prend et va rapidement se diffuser sur la toile, au-delà des frontières locales et françaises, plus habituées aux détournements de Calais Faits divers.

Une photo improbable

Il n’empêche, plusieurs éléments permettent de sentir le canular. La photo qui accompagne le titre montre un homme avec une coupe de cheveux improbable (la nuque longue), un épi de blé entre les lèvres et torse nu contre un pick-up. Pas très crédible.

Ensuite, une simple recherche parmi les unes archivées sur le site de Nord Littoral montre que celle concernée (du dimanche 11 octobre), parue avant l’attentat de Conflans, ne reprend pas ce pavé. Seul élément identique, outre la date : le titre supérieur relatif à un contrôle policier musclé dans un bar en lien avec l’épidémie de Covid.

Enfin, après avoir tapé le nom du prétendu intéressé dans une barre de recherches, on s’aperçoit que celui-ci n’existe pas. Et, par ailleurs, qu’aucun média ne reprend l’information, qui aurait pu être relayée par la presse locale ainsi que des médias nationaux et internationaux. Il n’en est absolument rien.

Philippe Hénon est le rédacteur en chef Nord Littoral (Groupe Rossel), qui tire à 9000 exemplaires. Celui-ci nous confirme : "Il s’agit bien d’une fausse une qui provient d’une page Facebook qui détourne nos unes et nos affiches, que nous plaçons chez les marchands de journaux." Nord Littoral n’est pas la seule victime de Calais Faits divers : la Voix du Nord en fait également les frais.

Cette fausse une nous a perturbés

"Cela arrive souvent", précise Philippe Henon. "C’est de l’humour, parfois grinçant." Sauf que cette fois-ci, c’est le contexte qui passe mal. Vendredi dernier, un enseignant a été décapité au nom de la religion musulmane par un jeune d’origine tchétchène, pour avoir montré des caricatures du prophète Mohamed à sa classe. Un assassinat qui a bouleversé le pays.

Cette fausse une "nous a perturbés. Nous en avons discuté ce mercredi en Comité de direction. Est-ce que cette fausse une est préjudiciable ? Nous ne savons pas. C’est une très bonne question. Allons-nous intenter une action ou pas ? A ce stade, non. Mais la fausse une va cette fois-ci un peu loin. De plus, pour la première fois, ce canular a un retentissement en dehors de notre région."

Sur Twitter, un faux compte d’Alain Waquebaert a été créé. Celui-ci écrit : "Je demande solennellement au procureur de la République de bien vouloir accéder à ma demande."

Nous n’avons pas la bonne réponse

Deux faux comptes existent également sur Facebook. Ils ont été mis en ligne bien avant le récent canular. Ont-ils inspiré les administrateurs de "Calais Faits Divers"? En tout cas, pour Philippe Hénon, un dialogue va être noué entre sa rédaction et le compte parodique. "L’idée est peut-être de voir s’il n’y a pas lieu d’être moins décapant ?" Le tout en n’empêchant ni la satire, ni l’humour, ni la liberté d’expression.

Délicat, dit Philippe Hénon. "Nous n’avons pas la bonne réponse face à ce genre de situation", reconnaît le rédacteur en chef.

Référence à Calais

Celui-ci rappelle en tout cas que son média fait référence dans la région de Calais. Un journal qui donne le LA de l’actualité locale, notamment lorsqu’il s’agit d’aborder la problématique des migrants. Souvenez-vous : c’est Nord Littoral qui avait décidé en 2015, en pleine crise migratoire, de publier les messages haineux de ses lecteurs ciblant les candidats à la traversée vers la Grande-Bretagne.

A l’époque, la rédaction avait indiqué : "Depuis plusieurs mois, les commentaires sur le sujet de l’immigration offrent un ramassis de propos inqualifiables. Les Calaisiens ont le droit de dire qu’ils ne veulent pas des migrants dans leur ville. Nord Littoral ne censurera jamais les internautes qui le pensent et l’écrivent. En revanche, il signalera désormais tous les propos répréhensibles du point de vue de la justice".

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