Eurovision 2018: le diffuseur chinois privé de finale pour censure

Eugent Bushpepa durant la sélection de demi-finale.
Eugent Bushpepa durant la sélection de demi-finale. - © FRANCISCO LEONG - AFP

L'organisateur de l'Eurovision a interdit à une plateforme vidéo chinoise de diffuser la finale du célèbre concours de chant, après que cette dernière eut censuré de la demi-finale un couple gay et un artiste tatoué.

Rupture de contrat

L'Union européenne de radio-télévision (UER) a annoncé jeudi la rupture du contrat qui la liait à MangoTV, empêchant le site chinois de diffuser la deuxième demi-finale et la finale. Cette dernière aura lieu samedi à Lisbonne.

La demi-finale avait été diffusée mercredi sur la plateforme chinoise. Mais sans la prestation du chanteur albanais Eugent Bushpepa, tatoué aux bras, ni celle d'un duo irlandais, qui comprenait une danse romantique entre deux hommes.

MangoTV, qui dispose des droits exclusifs de retransmission du concours de l'Eurovision pour la Chine, avait également flouté des drapeaux arc-en-ciel, symboles traditionnels du mouvement LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres).

"Cela n'est pas conforme aux valeurs d'universalité et d'inclusivité de l'UER, ni avec notre longue tradition de fêter la diversité en musique", a indiqué l'organisateur du concours dans un communiqué.

La réaction de Jean-Paul Philippot

Jean-Paul Philippot, administrateur général de la RTBF s'est exprimé en tant que président de l’UER: "Cette censure est grave à double titre. D’une part, nos contrats stipulent une retransmission intégrale du concours. D’autre part, c’est une attaque frontale vis-à-vis des valeurs portées par le concours Eurovision et les services publics membres de l’UER, à savoir le respect et la promotion de la diversité et des richesses de nos pays."

Le président de l'UER précise que l'institution a demandé au diffuseur chinois s’il pouvait (nous) garantir par écrit une diffusion intégrale de la seconde demi-finale et de la finale. "Il nous a répondu qu’il devait respecter des lois et qu’il ne pouvait pas apporter cette garantie. Nous avons donc signifié qu’en l’absence de garantie, nos contrats et nos valeurs ne nous permettaient pas de poursuivre." Jean-Paul Philippot s'était déjà exprimé sur les possibles polémiques qui surgiraient dans le sillage du concours eurovision sur le plateau de Jour Première, mercredi dernier.

MangoTV n'a pas pu être jointe par l'AFP pour commenter l'affaire.

L'homosexualité est de plus en plus acceptée au sein de la population chinoise, notamment chez les jeunes urbains. Mais elle reste quasi-taboue dans les films et séries télévisées. Et tout "contenu homosexuel" est interdit de diffusion sur les sites internet de streaming.

Une première en 63 ans 

L'Eurovision est un programme populaire auprès du public gay, et l'on voit régulièrement des drapeaux arc-en-ciel flotter aux côtés de ceux des pays en lice.

La prestation du chanteur irlandais Ryan O'Shaughnessy, censurée par le diffuseur chinois, était la première à mettre en scène un couple homosexuel en 63 ans de concours de l'Eurovision.

M. O'Shaughnessy a indiqué à la chaîne britannique BBC que la décision de rompre tout lien avec MangoTV était "vraiment importante" car "depuis le début nous parlons juste d'amour". "Peu importe que ce soit entre deux hommes ou deux femmes, ou entre un homme et une femme."

Les candidats albanais et irlandais se sont qualifiés pour la finale de l'Eurovision. Des représentants de 26 pays y prendront part.

Les autorités chinoises interdisent depuis janvier les tatouages à la télévision. Un tour de vis qui s'inscrit dans le cadre de l'opération lancée par le Parti communiste au pouvoir afin d'expurger de l'internet tout contenu déviant des "valeurs centrales du socialisme".