Etats-Unis : Frances Allen, pionnière de l’informatique, est morte

Dans l'histoire de l'informatique, les femmes célèbres se comptent sur les doigts d'une main. Ada Lovelace, Grace Hopper, Hedy Lamarr, Margaret Hamilton, Katherine Johnson... et Frances Allen. Décédée ce mardi 4 août, jour de son quatre-vingt-huitième anniversaire, cette Américaine s'était notamment fait connaître pour avoir optimisé les compilateurs, ces programmes informatiques qui transforment les codes sources, et permettent de les rendre exécutables par les machines. Une avancée qui lui avait permis d'être la première femme à recevoir deux honneurs majeurs : le titre d'IBM Fellow en 1989, et le prix Turing en 2006.

Frances Allen avait passé plus de quarante ans chez IBM, un des plus grand fabricant d'ordinateurs du monde. Son but : rendre la communication entre l'homme et la machine la plus efficace possible, entre le "software" (logiciel) et le "hardware" (matériel informatique). "Son rôle a été crucial afin de trouver des méthodes toujours plus faciles pour que les humains disent aux ordinateurs quoi faire", explique au New York Times Michelle Mills Strout, professeure de sciences de l'informatique à l'Université de l'Arizona, et spécialiste des technologies de compilation.

Elle a brisé le plafond de verre

Même sans être expert en informatique, on peut facilement se rendre compte de l'impact que le travail de Frances Allen a eu sur les technologies qui nous sont aujourd'hui indispensables : applications mobile, sites, jeux vidéo, ordinateurs de bord, etc. "Sans de bons compilateurs, le monde entier serait beaucoup plus lent, coûteux, faillible et moins puissant", résume Graydon Hoare, développeur. Avant le perfectionnement de ces technologies, les programmeurs devaient coder en langage binaire, pour que l'ordinateur comprenne. Le compilateur permet à l'informaticien d'écrire dans un langage humain cohérent (le code) et de le traduire à la machine.


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Ironie de l'histoire : 'Fran' est née dans une famille qui n'avait pas l'électricité à la maison, dans la campagne américaine des années 1940. Cela ne l'a pas empêchée d'avoir un master en mathématiques à l'Université du Michigan, avant de décrocher un petit boulot chez IBM, pour payer ses frais de scolarité. Elle y restera finalement jusqu'à sa retraite en 2002, et contribuera notamment à l'intégration des femmes et des minorités dans l'entreprise. "Elle a brisé le plafond de verre, témoigne Mark Wegman, un de ses collaborateurs. A l'époque, personne n'avait eu ne serait-ce que l'idée qu'une personne comme elle puisse accomplir ce qu'elle a fait." Pour Frances Allen elle-même, les années 1950-1960 étaient une période très favorable pour les femmes dans l'informatique. "Il y en avait un nombre incroyable ! A mon sens, il y avait même, en pourcentage, plus de femmes qu'il y en a aujourd'hui", se souvenait-elle dans une interview donnée au Centre d'Histoire de l'Institute of Electrical and Electronic Engineers, en 2001.

Passionnée d'alpinisme, Frances Allen se plaisait à comparer son travail de recherche avec l'ascension d'une montagne. "C'est un peu le même genre de chose : c'est motivant et intéressant ; comment s'investir là-dedans ? Quelles capacités faut-il mobiliser pour faire la différence ?", s'amusait-elle en 2001. Elle s'enthousiasmait d'ailleurs pour l'avenir de la programmation : "les choses commencent à être assimilées, et c'est ça, et la capacité à atteindre tout le monde qui rend la programmation vraiment excitante !"

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