"Et je smurfe" : Annie Cordy s'essaye au hip-hop en 1985

Nous sommes en 1984. "Street dance" du groupe américain Break Machine a conquis les classements en Europe et Michael Jackson a déjà réalisé le moonwalk sur scène. En pleine "breakdance et smurf mania", Annie Cordy, à contre-courant de son style musical, va tenter l’expérience du hip-hop. Le résultat : "Et je smurfe" en face B du 45 tours "Choubidou".

Le beat fait immédiatement penser aux classiques "Planet Rock" d’Afrika Bambaataa et à "Reckless" d’Ice-T, figures du mouvement aux Etats-Unis. Annie Cordy fera, elle, appel aux auteurs-compositeurs Jean Schmitt (Alain Chamfort, Claude François, Ringo…) et Tony Rallo ("Il a neigé sur Yesterday" de Marie Laforêt, Jean-Pierre Aumont, Michou…). Ils vont lui concocter cette pépite épinglée par le site "Bide & musique" spécialisé dans l’archivage subjectif des chansons improbables ou ratées.

"Et je smurfe", d’une durée de 3 min 20, commence. "Mes neveux sont cinglés. Sur mon blouson griffé, ils ont peinturluré : 'Si tu smurfes, t’es branchée'." A l’époque, c’est la danse et le style musical du moment. Dans les cours d’école, à la télé dans l’émission de TF1 "H.I.P. H.O.P.", sur les places publiques, lors des soirées : tout le monde s’adonne au smurf. C’est du break dance, du popping. Mais en France, on parle de smurf, en référence aux Schtroumpfs.

Annie Cordy veut aussi être du mouvement. "Ils m’ont acheté des bagdes, une casquette, des baskets. Ils me font faire des stages dans toutes les discothèques", chante-t-elle en rap avant d’entonner le refrain. "Et je smurfe, smurfe, smurfe. Et j’ai l’air d’un œuf. Quand on smurfe, smurfe, smurfe, on se sent tout neuf. Il me crie : 'Tantine, t’es une break machine'. C’est comme dans 'Flash dance". 'Vas-y Tatie danse !'"

La suite est tout aussi caricaturale. Mais peu lui en tiennent rigueur : Annie Cordy aime la dérision et l’auto-dérision. Il est question dans les paroles de walkman, de glisse, de bahut, de toupies sur le dos, de grande vague, de courant qui passe… On y entend aussi un "Houba, houba". Un clin d’œil au personnage de BD à qui Annie Cordy consacrait une chanson quelques années plus tôt ?

Reprise dans un livre sur l'histoire du rap français

"Et je smurfe", il faut le dire, n’est pas un classique. Mais il est tout de même cité dans le livre du sociologue Karim Hammou, "Une histoire du rap en France" (Editions La Découverte). Pour l’auteur, ce serait même l’un des premiers morceaux de rap en français. D’autres estiment qu’il s’agit de "Chacun fait ce qui lui plaît" de Chagrin d’amour, sorti en 1981.

Au milieu des années 80, Annie Cordy veut rester à la page. On lui doit aussi en 1985 "J’suis branchée de la tête jusqu’aux pieds", sur un son plus electro-rock et un look de loubard rétro punk. "Je suis branchée, comme la reine du secteur, comme un ordinateur", entonne alors Annie, cheveux en crête et blouson de cuir noir.


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En 2015, 30 ans après "Et je smurfe", dans l'émission "Touche pas à mon poste" de Cyril Hanouna, Annie Cordy retente l'expérience du hip-hop. Elle se déguise en rappeuse, casquette sur le côté, veste bombers rouge et chaînes autour du cou. A près de 90 ans, elle esquisse quelques pas de danse sur "Ma benz" de NTM. Annie Cordy n'a jamais eu peur du ridicule.

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