En France, les médias dans l'arène Bettencourt

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L'affaire Bettencourt déchaîne les passions dans l'Hexagone. Entre révélations, rétractations et campagnes de dénigrement, la presse est au coeur de la tourmente. Avec un site en particulier qui retient l'attention: Mediapart, dirigé par Edwy Plenel.

Depuis que des révélations sur d'éventuels conflits d'intérêt, voire sur un financement occulte de la campagne de Nicolas sarkozy ont éclatées en France, l'UMP, le parti du président, se déchaîne sur Mediapart, le site à l'origine des informations.

Mediapart est un journal publié exclusivement en ligne, "pure player" comme on dit dans le jargon. Fondé et dirigé par l'ancien directeur de la rédaction du Monde, Edwy Plenel, il vient de gagner 4000 abonnés dans le feu des révélations sur les relations présumées entre la milliardaire Liliane Bettencourt et le parti présidentiel, l'UMP. Suspect, aux yeux de certains.

Car Mediapart est le premier à avoir publié -distillé diront certains- les révélations contenues dans des enregistrements secrets qui mettent en cause Eric Woerth, ministre mais aussi trésorier de l'UMP, son épouse et, par ricochet, le président Nicolas Sarkozy. Ce dernier accuse le coup et tente de reprendre l'avantage, organisant la contre-offensive avec sa garde rapprochée.

Mediapart brocardé

Celle-ci commence avec une attaque en règle des médias, et singulièrement de Mediapart, accusés de faire rien moins que le lit du populisme. Dans une tribune intitulée, non sans grandiloquence, "J'accuse", publiée par France Soir, le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre s'en prend à "l'alliance immonde" d'une opposition "rageuse et sans idées et de certains médias aux relents d'extrême droite et de trotskisme mêlés". Des propos qui rejoignent, dans la rudesse, ceux de la ministre Nadine Morano pour qui Mediapart utilise "des méthodes fascistes". Les mêmes mots qui avaient valu au patron de l'UMP, Xavier Bertrand, une plainte pour diffamation de la part de Mediapart. Le ministre de l'Industrie, Christian Estrosi, avait été plus insidieux, parlant sans le nommer de "ce fameux site, qui rappelle dans son comportement une certaine presse des années trente".  Le président français lui-même n'a pas hésité à lancer des menaces voilées contre Edwy Plenel. Rappelant devant des députés  l'épisode des écoutes illégales de l'Elysée  sous le "règne" de François Mitterrand dont Edwy Plenel avait été l'une des victimes, il attaque : "Il s'est drapé dans le rôle du martyr des écoutes de Mitterrand et maintenant il les utilise sans réserve éthique ni méthodologique. Au niveau déontologie, c'est inimaginable. Mais ça va lui retomber sur la tête".

Avec une certaine constance, les attaques de l'UMP se concentrent sur Mediapart sans omettre de signaler qu'il s'agit d'un site internet, manière de le discréditer comme appartenant à une sphère qui serait peu fiable, voire douteuse...

Toute la presse s'y met

Mais l'ensemble de la presse française participe, chaque titre à sa manière et selon son positionnement, à donner du coffre à ce qui n'était au départ qu'une querelle interne à la famille Bettencourt.

France Soir publie le "J'accuse" de Frédéric Lefèbvre. Le Figaro, lui, vient carrément au service de l'Elysée en publiant, en Une de son site, le "spectaculaire coup de théâtre" que constituerait la rétractation de l'ex-comptable des Bettencourt, Claire Thibout. C'est elle qui avait évoqué une enveloppe de 150 000 euros à destination de Nicolas Sarkozy. Aujourd'hui, retrouvée dans le sud de la France où elle était partie se mettre au vert, elle revient en partie sur ses déclarations et dénonce "la romance de Mediapart". Et le Figaro de publier, comme une preuve de la mauvaise foi de Mediapart, le fac simile des auditions de la comptable à la police.

Le Monde et Libération sont, eux, nettement plus réservés et parlent d'un démenti "partiel" de la comptable. Edwy Plenel, lui, maintient qu'il avait bien recueilli les révélations de la comptable, parlant, sur la radio BFM, de "forte pression" et soulignant le manque d'indépendance des policiers et de la Justice.

Mais les rétractations de la comptable ont été immédiatement brandies par une source à l'Elysée qui affirme qu'elle a "totalement disculpé Nicolas Sarkozy et Eric Woerth des accusations de financement illégal ", et qu'elle "a été totalement manipulée par Mediapart", avant de conclure "c'est une mauvaise nouvelle pour la profession de journaliste et une bonne nouvelle pour l'Elysée".

Storytelling

Rien de nouveau pour le directeur de Libération, Laurent Joffrin, qui démonte le mécanisme par lequel un pouvoir "embarrassé" recourt à une rhétorique éprouvée en temps de crise. Pour conclure : "le gouvernement doit répondre de manière précise et franche aux questions posées par l'affaire Woerth-Bettencourt. Tout le reste est, non pas littérature, mais écran de fumée et storytelling de crise."

Thomas Nagant

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