Macron se lave les mains après avoir serré celles de "pauvres": décryptage d'une rumeur

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EmmanuMacron se lave les mains après avoir serré celles de "pauvres": décryptage d'une rumeur - © ERIC FEFERBERG - AFP

Mardi, nous assistions à une joute de communication entre Macron et Le Pen analysées par les observateurs comme un combat d’échec duquel Le Pen aurait fait avancer ses pions sans que Macron ne découvre la manœuvre.

Sans les chaînes d’information d’actualité en continu, cette séquence aurait été de l’ordre de l’anecdotique. Elle fut néanmoins qualifiée de coup de comm' comme à chaque fois qu’un journaliste arrive à déceler les ficelles. C’est oublier une chose essentielle : la communication n’est jamais aussi forte que lorsque personne ne la perçoit.

Et dans cet art, l’élément intéressant de la séquence n’était pas forcément présent dans ce que l’on nous donnait à voir, mais dans une manœuvre plus silencieuse, et plus insidieuse dont la clé ne fut abordée que le lendemain.

Il s’agit d’une séquence dans laquelle on reprochait à Emmanuel Macron de se laver les mains après que celles-ci aient été en contact avec "des pauvres".

À la base, il s’agit d’un article du Gorafi, site parodique qui joue souvent sur les différents clichés que l’on retrouve dans la société pour construire des articles loufoques.  

Une ancienne séquence de France 3 réapparaît

Emmanuel Macron, ancien énarque et ancien banquier de Rothschild, a déjà des marqueurs en lui de cette France "d’en haut". Il suffit de s’appuyer sur les préconçus cognitifs pour écrire son histoire. Par cela, on active le "biais de confirmation", c'est-à-dire qu'on accorde plus d'importance aux informations qui viennent confirmer nos idées préconçues par rapport aux hypothèses qui iraient à l’encontre de nos conceptions.

La propagande Anti-Macron assurée par la patriosphère (association entre fachosphère, cathosphère - soit le courant identitaire extrémiste autour de la religion catholique - et la partie très à droite des Républicains) s’engouffre exactement dans les mêmes artifices. Elle a retrouvé une séquence diffusée à l’époque sur France 3 durant laquelle on voit Emmanuel Macron se laver les mains.

En fait, si l’on regarde toute la séquence, on avait les éléments explicatifs de la raison pour laquelle il se lave les mains : quelque temps avant, il avait pris un poisson en main.

Pendant toute la présidentielle

Sans cette séquence, l’illusion est parfaite, et cela fera que les mentions autour de ce phénomène vont exploser tout d’un coup grâce au tweet.

Mais la courbe de tweets ne doit pas occulter le fait que les tweets autour de cette histoire étaient sporadiquement abordés à travers toute la présidentielle. On peut retrouver des occurrences dès le début du mois :

Même durant cette semaine, le sujet était quotidiennement partagé et abordé pour connaître ensuite un gros pic du fait de son infirmation dans les médias:

De la difficulté de lutter contre une fausse information

Après "Ali Juppé" (le surnom donné par l'extrême-droite à Alain Juppé, accusé de compromissions avec les franges les plus rétrogrades de l’islam), nous avons donc une deuxième preuve d’une rumeur dont on retrouve des traces dans la vie réelle sous forme d’expressions citoyennes.

Cela nous permet plus ou moins d’isoler des hypothèses concernant les caractéristiques d’une rumeur numérique pouvant laisser des traces :

  • Une rumeur qui ne naît pas sous une forme éphémère. (Un article, une mise en place artificielle de "buzz", etc.)
  • Une rumeur sporadique, se propageant sinueusement sans qu’elle ne soit infirmée.
  • Une rumeur qui joue sur de vrais éléments : photographies qui ne sont pas des montages, des vidéos, et autres. Ces éléments font office de preuve et assurent la crédulité du public.

Cela explique toute la difficulté que peut avoir une équipe de campagne dans la lutte contre une fausse information. Quand elle ne se dessine pas clairement, il s’agit d’identifier les signaux faibles de sa mise en action dans un amas de données difficilement traitables.

Une fois identifiée, il faut déterminer la bonne action à mettre en place : infirmer sans donner trop de publicités à celle-ci ou la laisser courir en se disant qu’elle n’est qu’éphémère et sporadique ?

La rumeur, comme la communication n’est donc jamais aussi forte que lorsqu’on n’identifie pas clairement le "coup". Si l’on identifie clairement une rumeur, cela veut dire qu’elle n’a que peu de potentiel. Si l’on identifie clairement un coup de comm', c’est que l’on y perçoit l’artifice mis en place brisant la possibilité de crédulité du public. C’est aussi le facteur qui fait qu’il est très difficile de lutter contre celle-ci.

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