Elle tweetait les méfaits des cartels, Felina a été assassinée

Les criminels qui ont assassiné Felina ont annoncé son meurtre via le propre compte de leur victime
Les criminels qui ont assassiné Felina ont annoncé son meurtre via le propre compte de leur victime - © DR

Malgré la terreur et la loi du silence imposée par les cartels dans l’Etat mexicain de Tamaulipas, une "journaliste citoyenne" risquait sa vie pour informer de leurs méfaits sur Twitter. En représailles, une organisation criminelle l’a assassinée et a utilisé son compte pour tweeter sa mort en temps réel.

"Les amis, mon vrai nom est María del Rosario Fuentes Rubio, je suis médecin. Aujourd'hui, alors que ma vie prend fin, je ne peux que vous dire de ne pas faire la même erreur que j'ai commise". Ce message a été posté sur Twitter via le compte de la twitto Felina (@Miut3). Cette dernière s’était fait connaître en dénonçant les actes de violences des cartels de sa ville. Elle a donc payé son courage et sa volonté d’informer de sa vie. Ce alors que dans l’Etat de Tamaulipas, au nord-est du Mexique, deux cartels rivaux (Les Zetas et le cartel du Golfe) font régner un blackout médiatique total sur toutes leurs activités.

Les gangsters qui ont assassiné la doctoresse Rubio et fait usage de son compte Twitter, y ont également posté une photo de son corps, avec une balle dans la tête. Ne pouvant la soumettre, ils l’ont donc supprimée.

Car Maria Del Rosario Fuentes Rubio se savait menacée et savait qu’elle risquait de plus en plus d’être identifiée. Mais cela ne l’a jamais dissuadée de poursuivre son sacerdoce de "journaliste citoyenne" sur la Toile.

Elle fut ainsi administratrice de Valor por Tamaulipas, une plateforme d’information citoyenne suivie par plus d’un demi-million de personnes sur Facebook. Toutes sortes d’informations y sont traitées. Mais ce qui s’y trouve et que l’on ne peut lire nulle part ailleurs dans l’Etat, ce sont les informations concernant les cartels.

Felina était particulièrement productive en alertes indiquant en temps réel les lieux où des événements violents avaient lieu (et où la prudence était donc de mise). Elle encourageait également les victimes des cartels à ne pas se laisser intimider, à porter plainte auprès de la police, postant les numéros à former pour obtenir de l’aide.

"Nous nous rapprochons très près de nombreux d’entre vous, fais attention Felina"

Forcément, ses agissements ne plaisaient pas aux organisations criminelles qui ont déjà fait main basse sur le pouvoir politique, économique, judiciaire et sur les médias de l'Etat. Il y a un peu plus d’un an, un cartel offrait une récompense de 600 000 pesos (environ 36 000 à l’époque) pour quiconque donnerait des noms d’administrateurs du site Valor por Tamaulipas. Des vidéos d’exécutions de personnes présentées comme des contributeurs du site commencèrent alors à circuler.

Le 8 octobre dernier, le message suivant était envoyé à l’attention des administrateurs du site : "Nous nous rapprochons très près de nombreux d’entre vous, fais attention Felina".

"Elle ne nous autorisera jamais à nous rendre face au crime organisé"

Cela n’atténua pas la détermination de la doctoresse qui n’a jamais cessé ses actions pour sa communauté et contre les cartels. Une détermination que même sa mort ne suffira pas à briser, si l’on en croit le fondateur de Valor por Tamaulipas.

Ce dernier a effet posté un message affirmant que si Felina avait cessé de poster des alertes, "ce que les criminels ignorent c’est qu’elle est une partie de notre âme et qu’elle ne nous autorisera jamais à nous rendre face au crime organisé. Elle ne se rendra jamais et je m’imagine à quel point elle se sentirait déçue en sachant qu’un seul de tous ceux qu’elle a aidé en venait à abandonner".

@julienvlass avec Daily Beast

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