Égypte: condamnation à mort de 75 opposants tandis que le photojournaliste Shawkan écope de 5 ans de prison

Shawkan fait le geste de prendre une photo, derrière les barreaux, durant son procès au Caire en juillet.
Shawkan fait le geste de prendre une photo, derrière les barreaux, durant son procès au Caire en juillet. - © KHALED DESOUKI - AFP

Le photojournaliste égyptien Mahmoud Abdel Shakour Abouzied, aussi connu sous le nom de Shawkan, vient d'être condamné à cinq ans de prison. En mai dernier, il avait reçu le prix ​​de la liberté de la presse de l'UNESCO. De nombreuses associations s'étaient mobilisées pour le faire sortir des geôles égyptiennes. 

Shawkan avait été arrêté en août 2013 pour avoir pris des clichés d'une manifestation de soutien au président islamiste Mohamed Morsi, réprimée dans le sang. Lors de cette manifestation du 14 août 2013, policiers et soldats avaient tué par balles plus de 700 manifestants pro-Morsi en faisant évacuer la place Rabaa al-Adawiya et une autre du centre de la capitale. Shawkan était poursuivi pour "meurtre, tentative de meurtre et appartenance à un groupe terroriste". Il risquait la peine de mort.

Aujourd'hui âgé de 30 ans, le photojournaliste sait maintenant qu'il devrait sortir de prison "dans quelques jours" après plus plus de cinq ans de détention sans jugement. Tout sourire dans le box des accusés, Shawkan a fait le "V" de la victoire devant les journalistes.

Selon Me Abdelrady, qui se réjouit de la remise en liberté prochaine de Shawkan, la peine prononcée est toutefois "injuste parce qu'il n'a fait que son travail". L'avocat a d'ailleurs annoncé à la presse samedi qu'il allait lancer de nouvelles procédures pour faire reconnaître l'innocence de son client.

De nombreuses associations, dont Amnesty International et Reporters sans frontières (RSF), avaient milité pour sa libération. Le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire s'est dit "soulagé". Des photos de lui prises derrière les barreaux, les mains devant le visage faisant mine de tenir un appareil photo, ont circulé abondamment sur les réseaux sociaux avec des appels à le libérer.

75 personnes condamnées à mort

En prison depuis son arrestation, il a été condamné à 5 ans de prison. Les juges avaient prononcé ces peines le 28 juillet. Elles ont été depuis confirmées par le grand mufti d'Egypte qui a donné son avis consultatif.

Shawkan fait partie de 713 personnes jugées pour avoir attaqués des policiers et vandalisés des biens publics lors de clashs entre forces de l'ordre et partisans pro-Morsi. 

Le tribunal du Caire a confirmé samedi les condamnations à mort de 75 personnes dont des dirigeants des Frères musulmans, le plus grand nombre de condamnations à la peine capitale dans une seule affaire.

Parmi les 75 personnes condamnées, 44 étaient présentes samedi et 31 ont été condamnées par contumace. Les condamnés peuvent encore interjeter appel.

De hauts dirigeants des Frères musulmans, comme Mohammed al-Beltagui, Issam al-Aryane et Safwat Hijazi figurent parmi les personnes condamnées à mort samedi. démocratiquement en Egypte, le pays avait connu plusieurs mois de violence durant lesquels les forces de sécurité ont réprimé dans le sang les rassemblements de ses partisans.

Répression en Égypte

Mohamed Morsi, élu en 2012 après la révolte de 2011 qui avait mis fin au régime d'Hosni Moubarak, avait ensuite été renversé par l'armée après un an de pouvoir à la faveur de manifestations de masse le visant.

Élu en 2014, puis réélu en 2018, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, ex-chef de l'armée et architecte de la destitution de l'ancien président Mohamed Morsi, est régulièrement accusé par les organisations de défense des droits de l'Homme d'avoir instauré un régime ultra-répressif.

À l'approche de la décision de justice, Amnesty International et Reporters sans frontières (RSF) avaient organisé jeudi un rassemblement devant l'ambassade d'Egypte à Paris pour réclamer une nouvelle fois la libération du photographe.

Samedi après le verdict, Amnesty International a réagi dans un communiqué dénonçant des peines de prison "lourdes".

"Aucun policier n'a été mis en cause pour le meurtre d'au moins 900 personnes", lors des manifestations d'août 2013, ajoutant que le procès de samedi n'était qu'une "moquerie" où Shawkan a été "condamné à cinq ans simplement pour avoir fait son travail".

Et pour RSF, "c’est la fin du calvaire. Ce 8 septembre, la justice égyptienne a décidé de libérer Mahmoud Abdel Shakour Abou Zeid dit Shawkan. Jugé dans un procès de masse avec plus de 700 co-détenus, Shawkan a déjà passé plus de cinq années en détention."

Selon RSF, 32 journalistes sont actuellement emprisonnés en Egypte, qui figure au 161e sur 180 au classement mondial 2018 de la liberté de la presse.

Vidéo d'Amnesty International en soutien à Shawkan (novembre 2016) : 

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