Efficaces, les correcteurs orthographiques? Nous les avons testés pour vous

L’offre des correcteurs spécialisés s’étend du totalement gratuit au très cher.
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L’offre des correcteurs spécialisés s’étend du totalement gratuit au très cher. - © SISKA GREMMELPREZ - BELGA

Tout le monde connaît l’expression des grammairiens: "La langue française n’est faite que d’exceptions." Tout le monde n’a donc pas nécessairement une bonne orthographe. D’autant que, pressés par le temps, nous multiplions les coquilles. Et (la faute à la crise), le métier de correcteur se fait de plus en plus rare. Nous utilisons donc tous des béquilles logicielles, mais elles ne se valent pas toutes. Nous avons fait le test.

Bizarrement, alors que le choix des antivirus ou des messageries est énorme, celui des correcteurs est assez réduit. Le plus utilisé est celui fourni par l’éditeur de traitement de texte. C’est le cas de Word et des éditeurs open source (logiciels libres) de type LibreOffice. Ensuite viennent les logiciels spécialisés, plus puissants, mais payants.

Les forces en présence sur un marché étriqué

Les participants ne sont pas nombreux. Oublions les logiciels d’aide à l’écriture d’un roman, avec gestion des chapitres, découpage des scènes, et capables de gérer les sauts de pages. Les leaders sont Scrivener, Storybook, LaTeX (gratuit) et Celtx.

Pour la correction proprement dite, il faut se diriger vers les logiciels " Robert Correcteur " (Prolexis) et "Cordial". Plus original, LanguageTool est un correcteur grammatical libre plurilingue pour le français, l'anglais, l'allemand, le polonais, le breton, l'espéranto et 20 autres langues. Il fonctionne avec les suites bureautiques OpenOffice et LibreOffice. Viennent ensuite les correcteurs par abonnements Web (selon le principe du logiciel en ligne). On parle, cette fois, de White Smoke et Grammaly. Mais le logiciel le plus important est Antidote qui s’attribue près de 80% de parts de marché en France (il n’existe pas de données statistiques pour la Belgique). Depuis 19 ans, Antidote sort une nouvelle version tous les 3 ans. Et il n’est pas français, mais canadien.

Économiquement, ce marché reste une niche de près d'un million d’utilisateurs dans le monde, un chiffre relativement stable qui couvre principalement la France, la Belgique, la Suisse et le Canada.

Que font-ils de plus que les correcteurs standards ?

Les correcteurs spécialisés comprennent généralement un correcteur, des dictionnaires et des guides. Une fois dans votre traitement de texte, il suffit de cliquer sur le bouton de correction pour que, selon le niveau de précision demandé, le logiciel souligne ce qu’il considère être une faute, mais aussi une imprécision, un mot inadéquat, de mauvaises conjugaisons, des erreurs de participes passés, des belgicismes ou les anglicismes.

L’appréciation statistique du texte "corrigé" est souvent surprenante. Des filtres sont capables de débusquer les répétitions et les phrases trop longues. Ils vont jusqu’à dénicher des mots avec connotations (positives ou négatives) et les mots rares susceptibles d’apparaître comme pédants. Au bout du travail de rédaction, un graphique de type camembert indiquera le pourcentage des mots d’origine francophone, anglophone et germanique. A tout hasard.

Le correcteur Antidote sait aussi que le 30 février ou le 31 avril n’existe pas et que le 24 mai est un mercredi et non un jeudi comme vous l’aviez écrit.

Les amoureux de la langue française apprécieront le dico étymologique, sur l’origine des mots mais aussi de la grammaire depuis 1530. On découvre que les mots ont tellement changé d’orthographe durant 500 ans, que finalement, nous ne faisons pas de fautes, nous écrivons simplement des mots à des époques différentes.

 

Vraiment efficace ? Nous avons testé l’efficacité de l’un de ces correcteurs payants

Pour juger de l’efficacité de ces logiciels payants, nous avons rédigé un texte diffusé ce lundi sur les ondes de Matin Première. Après avoir utilisé le correcteur standard, nous sommes repassés avec le correcteur Antidote qui a recensé un "S" manquant et un autre de trop, deux virgules manquantes et deux majuscules inutiles. Mais surtout, il a analysé le texte. Et le verdict invite à l’humilité: le correcteur nous a reproché d’utiliser trop souvent les mots logiciel (5 fois), correcteur (5 fois), et des mots anglais (15 fois). Au passage, il a décelé un double espace erroné. Chaque fois, le logiciel propose corrections, alternatives et synonymes. Avec l’étymologie du mot, pour ceux qui le désirent. Nous avons ainsi utilisé 170 mots d’origine latine, 16 d’origine grecque, 1 d’origine espéranto, deux mots d’ancien français et un mot d’origine arabe (chiffre)… Le correcteur nous a enfin reproché notre manque de vocabulaire pour avoir trop utilisé les verbes être et avoir. Globalement, un correcteur payant effectue donc un contrôle de l’orthographe, de la syntaxe, de la grammaire, du style et de la typographie.

Mais tout cela a un prix

L’offre des correcteurs spécialisés s’étend du totalement gratuit au très cher. Gratuit pour un correcteur open source (logiciel libre), près de 70 euros pour Le "Robert Correcteur", 119 euros pour "Antidote" et 200 euros pour "Cordial".

Dans ces deux derniers cas, le logiciel comprend trois 3 licences (trois utilisateurs) et de tout un environnement linguistique. Antidote propose aussi une version comparable pour la langue anglaise. Mais ce sera 40 euros de plus.

La cible ?

Logiquement, ce sont les étudiants, les journalistes, les avocats, mais aussi les entreprises et le monde académique. Il nous revient qu’une société comme Sibelga utilise un correcteur, mais aussi l’université d’Anvers qui recourt donc à un correcteur français. De quoi diluer, un peu, la honte que nous avons à utiliser un outil de correction.

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