E. Snowden souhaite rester à Hong Kong et faire de nouvelles révélations

"Je ne suis ni un traître ni un héros. Je suis un Américain", a déclaré Snowden dans une interview accordée au journal de Hong Kong.

Le South China Morning Post, dans un extrait posté sur son site web avant la publication de l'interview complète, a indiqué que l'ancien consultant de l'Agence de sécurité nationale (NSA) allait révéler "de nouveaux éléments explosifs sur les cibles surveillées par les Etats-Unis".

Snowden va également évoquer ses craintes pour sa famille et ses projets dans l'immédiat, ajoute le quotidien après avoir interviewé l'ancien conseiller de la CIA, âgé de 29 ans, mercredi dans un endroit tenu secret à Hong Kong.

"Des gens qui pensent que j'ai commis une faute en choisissant Hong Kong se méprennent sur mes intentions. Je ne suis pas ici pour fuir la justice, je suis ici pour révéler des faits répréhensibles", déclare-t-il dans cette interview. Snowden s'engage à lutter contre toute tentative de demande d'extradition par les Etats-Unis, selon le journal.

Il est arrivé à Hong Kong le 20 mai après avoir révélé les programmes secrets de surveillance américains aux quotidiens britannique The Guardian et américain The Washington Post. "Mon intention est de demander à la justice et à la population de Hong Kong de statuer sur mon sort. Je n'ai aucune raison de douter de votre système", souligne-t-il.

Transparence

Le géant américain de l'internet Google, mis en cause dans le programme Prism qui permet de surveiller des données de ses utilisateurs, a demandé au gouvernement la permission de publier des informations sur les demandes de ces données, qui lui sont faites au nom de la sécurité nationale, disant n'avoir "rien à cacher".

Google publie régulièrement un rapport dit "de transparence" sur les demandes du gouvernement, mais ce document ne répertorie pas celles relevant de la loi Fisa (Foreign Intelligence Surveillance Act), qui permet la surveillance d'étrangers et serait la base du programme Prism.

Prism permet aux services de renseignement de surveiller en temps réel les données circulant sur les serveurs des grands groupes informatiques comme Google, Facebook ou Microsoft.

Le PDG Facebook Mark Zuckerberg a assuré ses actionnaires qu'aucun service de renseignement n'avait un "accès direct" au réseau et que son groupe passait beaucoup de temps à empêcher les "mauvais pirates" informatiques à s'introduire dans ses ordinateurs.

"Secrètement traqué"

La puissante organisation de défense des libertés individuelles (Aclu) a pour sa part déposé plainte contre un autre programme massif de collecte de données téléphoniques de l'opérateur Verizon, qu'elle juge anticonstitutionnel.

Pour le directeur général de l'association Human Rights Watch, Kenneth Roth, cette pratique américaine pourrait être vue par d'autres pays "comme un feu vert à leurs propres programmes secrets de surveillance" et entame la crédibilité des Etats-Unis en matière de liberté sur internet.

Plus de 80 fondations et organisations non gouvernementales américaines ont protesté contre ces programmes, en lançant une campagne sur un nouveau site, stopwatching.us ("cessez de nous surveiller").

"Nous ne voulons pas d'un internet où tout ce que nous faisons est secrètement traqué par le gouvernement", a affirmé Alex Fowler, un des responsables de Mozilla, le créateur du navigateur Firefox.

Une coalition inhabituelle de parlementaires américains de la droite de la droite (Tea Party) et de la gauche du parti démocrate, qui s'érigent en protecteurs de la vie privée des Américains, a elle aussi appelé l'administration Obama à plus de transparence.

"Les Américains méritent de savoir quelles informations sur leurs communications privées le gouvernement pense avoir le droit de saisir", a déclaré le sénateur démocrate Jeff Merkley qui, avec 7 collègues républicains et démocrates, a déposé mardi une proposition de loi.

Le texte obligerait le ministre de la Justice à rendre publiques les décisions rendues par la cour secrète Fisa chargée d'approuver régulièrement le programme de surveillance d'internet, créé en 2007.

"Trahison"

Les services de renseignement eux-mêmes commençaient à estimer l'impact de ces révélations. "Nous examinons quels dommages ces révélations ont pu provoquer sur les programmes des services de renseignements", a confié à l'AFP un responsable américain du secteur, sous couvert d'anonymat.

La Maison Blanche s'est contentée mardi de défendre son bilan en matière de protection des "lanceurs d'alertes" ("whistleblowers"), ces personnes liées au gouvernement qui dénoncent des faits d'Etat à leurs yeux répréhensibles, au nom du bien commun.

Mais de nombreuses voix se sont aussi élevées pour réclamer la remise de Snowden aux autorités américaines au plus vite, pendant que la Russie, elle, se déclarait prête à examiner une demande d'asile de l'Américain.

La sénatrice démocrate Dianne Feinstein, présidente de la commission du renseignement et poids lourd du Congrès, a réclamé son extradition, évoquant "un acte de trahison".

Pékin, qui dispose d'un droit de regard et de veto sur les procédures d'extradition à Hong Kong, pourrait in fine décider du sort de Edward Snowden.

A Bruxelles, la Commission européenne a annoncé qu'elle allait demander "un engagement clair" aux autorités américaines pour la protection des données des citoyens européens.

AFP

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