Du dessinateur d'Albator à Pharrell en passant par Nile Rodgers et Michel Gondry : les collaborations mythiques des Daft Punk

Daft Punk, c'est fini. Mais ils nous laissent plusieurs collaborations devenues cultes.
Daft Punk, c'est fini. Mais ils nous laissent plusieurs collaborations devenues cultes. - © KARL WALTER - AFP

Les Daft Punk se séparent. Ce lundi, l’annonce sous la forme d’une vidéo minimaliste dans laquelle on peut voir un des membres littéralement exploser a fait l’effet d’une bombe dans l’industrie dans la musique. Le duo français, composé de Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo aura vécu 28 ans, de 1993 à 2021. Juste assez pour marquer au moins deux générations. Comme le disait le duo lors d’une interview, "nous voulons avoir une influence au-delà de la musique".

Que retenir de ces pionniers de la "French touch", courant de l’électro bleu-blanc-rouge incarné également par les Français Air, Justice, David Guetta et Bob Sinclar ? Des casques qui masquent leur visage ? Un univers artistique hors des codes ? Des mélodies entêtantes ? Quatre albums, "Homework", "Discovery", "Human after all" et "Random Access Memories" qui ont fait le tour du monde ? Ou alors des collaborations avec des artistes uniques ? Rappel de ces associations artistiques que personne n’a vu venir.

  • Michel Gondry réalise "Around the world"

"Around the world, around the world". Ce refrain et ces uniques paroles pour un morceau de 7 minutes (dans la version album) sont hypnotiques. Le clip est également un modèle du genre réalisé par le Français Michel Gondry.

Des squelettes, des nageuses, des danseurs, des momies qui tournent autour d’une plateforme (un tourne-disque), montent et descendent deux escaliers dans un décor de lumières assombries. Tout ce petit monde représente chaque instrument du morceau : la basse, le clavier, la guitare, la boîte à rythmes… La chorégraphie, huilée à la perfection, est signée Bianca Li. La mise en images de Michel Gondry confère à ce clip une dimension iconique et aux Daft Punk un sens de l'originalité sans artifice.

Michel Gondry est déjà connu dans le monde de la réalisation des clips et pas seulement en France. "Je danse le Mia" d’IAM, c’est Gondry. "Believe" de Lenny Kravitz, c’est lui aussi. "Army of me" de Björk, c’est encore lui. En 2014, dans l’émission Clique, Michel Gondry expliquait qu’il serait ravi de refaire un clip pour Daft Punk "s’ils me le demandent. Je ne dirai pas non."

  • "One more time" en mode Albator

Lorsque le clip de "One more time" sort en novembre 2000, impossible de ne pas faire le lien avec l’univers des animés japonais des années 70 et 80. Il s’agit d’un concert présenté à la manière d’un dessin animé illustrant des personnages qui rappellent Albator et Capitaine Flam. C’est le but pour les Daft Punk : susciter la nostalgie chez les téléspectateurs.

Le duo français a fait appel aux studios japonais Toei Animation et au dessinateur Leiji Matsumoto, dessinateur d’Albator. Tout s’explique !

Le clip "One more time" fait partie d’un projet plus large, le film d’animation "Interstellar 5555" (une heure et huit minutes) reprenant l’intégralité du deuxième album des Daft Punk "Discovery". Le projet, sorti en 2003, est salué par la critique.

  • Daft Punk, Nile Rodgers et Pharrell Williams

L’album "Random Access Memories", sorti en 2013 fait un raz-de-marée. Numéro 1 aux Etats-Unis, en France, en Allemagne, en Grande-Bretagne, il remporte pas moins de cinq Grammy awards, les plus prestigieux prix de l’industrie du disque. C’est historique pour des Français ! En même temps, Daft Punk est parvenu à rassembler dans leur projet des stars passées et présentes du monde de la disco-funk, du hip-hop et du r’n’b pour convaincre au-delà de leur fan-base.

Nile Rodgers est l’une de ces gloires des années 70 et 80 en quête d’un nouveau souffle. Pionnier du groupe Chic, producteur à succès, on lui doit "Le Freak", "I’m coming out" de Diana Ross, "We are Family" de Sister Sledge, "Wild boys" de Duran Duran, "Like a virgin" de Madonna, "Let’s dance" de David Bowie, "She’s the boss" de Mick Jagger mais aussi "Spacer" de Sheila… Une versatilité propice à la fusion des genres.

Après une traversée du désert de plus de 20 ans, Nile Rodgers se voit offrir l'opportunité de s’exprimer à nouveau grâce aux Daft Punk qui lui proposent de collaborer et jouer sur "Get Lucky", "Lose yourself to dance" et "Give life back to music". Dans les deux premiers morceaux, on retrouve un autre producteur-influenceur, Pharrell Willams, binôme des Neptunes et leader du groupe NERD. Le mix s’annonce détonnant. La chanson, premier single de "Random Access Memories", sort en 2013 et se classe numéro 1 dans de nombreux pays.

Le clip présente les Daft Punk, Pharrell Williams et Nile Rodgers vêtus de costumes à paillettes, rappelant l’univers des vidéos des Jacksons et d’Earth wind an Fire.

  • Gorgio Moroder se souvient

Il n’y a pas que Nile Rodgers qui a marqué la musique des années 70 et accompagné l’émergence du disco. Gorgio Moroder, alors âgé de plus de 70 ans, accepte en 2013 de travailler avec les Daft Punk, également sur "Random Access Memories". Le résultat : "Gorgio by Moroder", une chanson de plus de neuf minutes. L’Italien, architecte des tubes "Hot stuff" et "Love to love you" de Donna Summer mais aussi des bandes originales de "Midnight Express", "Scarface", "Flashdance" revient sur le devant de la scène.

"Gorgio by Moroder" est un titre hommage. Gorgio Moroder y raconte sa vie et sa passion pour les synthétiseurs.

Les Daft Punk sont fans de Gorgio et Gorgio est fan des Daft Punk. Dans une interview, il raconte sa rencontre avec le duo français. "J’ai rencontré les Daft Punk à Los Angeles, on déjeunait dans un restaurant et Gui-Home m’a dit qu’ils aimeraient que je collabore avec eux. Ils ne savaient pas encore sur quoi. Ensuite, ils m’ont appelé et m’ont invité dans leur studio. La seule chose qu’ils m’ont demandé de faire, c’est de parler de ma vie." A la fin de la session, "j’étais au bord des larmes, surtout quand je commence à parler de mes 15 ans, c’est très émouvant…"

Dans les Inrocks, Gorgio Moroder se souvient que "la première chanson de Daft Punk qui m’a vraiment impressionné, c’était 'One More Time'… Cette utilisation des voix, des compressions, des samples était révolutionnaire. En plus, la chanson était superbe, avec ce passage merveilleux où l’on n’entend plus que l’orgue et les cordes… Mon fils, qui avait 18 ans à l’époque de leur concert à Coachella en 2006, en est revenu dingue : il me parlait sans arrêt de leur génie, de leur show, de leurs tenues."

Qui dit Daft Punk, dit Kraftwerk, artisans de la musique électronique. "Je connaissais bien sûr leur look de robots, mais pour moi qui ai grandi en Allemagne en même temps que Kraftwerk, ils n’en étaient pas la suite logique, plutôt l’antithèse", ajoute Gorgio Moroder. "Kraftwerk était très martial, avec des rythmes très étroits et répétitifs. Daft Punk, au contraire, donne dans la luxuriance, avec des effets ici et là, des sons extravagants partout. Kraftwerk n’a jamais vraiment évolué, à l’inverse de Daft Punk."

  • "Starboy" et "I feel it coming": deux chansons avec The Weeknd

Les Daft Punk s’invitent rarement chez d’autres artistes. Pour The Weeknd, ils accepteront de travailler sur deux morceaux, "Starboy", comme le nom du troisième album du chanteur canadien et sur le tube "I feel it coming". Ce titre est sorti en 2016 et a connu un énorme succès. Cette balade aux paroles érotiques accompagnées par la voix suave de The Weeknd a été élue chanson de l’année lors des BMI Awards. Quant au clip, tourné en Betacam, il renvoie vers l’univers soul des années 80 et totalise à ce jour près de 800 millions de vues.

L’histoire retiendra que le titre est le dernier morceau enregistré et officiellement commercialisé des Daft Punk.

  • Daft Punk et Kanye West

En 2007, Kanye West a encore toute sa tête et toutes ses facultés musicales. Cette année-là, il sort son troisième album, "Graduation". Une claque pour le monde du hip-hop américain. L’un des titres phares se nomme "Harder" qui utilise le refrain de "Harder, Better, Faster, Stronger" des Daft Punk sorti six ans plus tôt. Une autorisation a été demandée : elle a été acceptée par les Daft Punk. Quel hommage de la part d’un rappeur américain à des Français !

Mais il faudra attendre l’année suivante pour que West, Bangalter et Homen-Christo se retrouvent ensemble sur la même scène. Ce sera lors des Grammy awards au cours desquelles West reçoit le prix du meilleur album rap. Venu chanter "Harder", le futur ex-mari de Kim Kardashian retrouve le duo français derrière les platines pour une performance unique. 

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