DSK: de telles images de l'inculpé ne pourraient être prises en Belgique

DSK dans un tribunal de New York
DSK dans un tribunal de New York - © AFP

La diffusion par les médias d'images du patron du FMI Dominique Strauss-Kahn menotté dans le dos pose question, selon l'avocate belge spécialisée dans le droit des médias, Carine Doutrelepont, par ailleurs professeur à l'ULB. Celle-ci considère que de telles images ne respectent pas le principe de la présomption d'innocence.

Alors qu'aux Etats-Unis, la liberté d'expression constitue le 1er amendement de la constitution et est pratiquement absolue, dans les pays européens en revanche, il y a davantage un équilibre entre le droit à informer et être informé d'une part et celui à l'image et à la vie privée, d'autre part, explique l'avocate spécialisée. Carine Doutrelepont rappelle ainsi la condamnation en Belgique d'un journaliste du Soir Illustré pour la publication d'une photo de la juge Doutrèwe au bord de la piscine privée d'une propriété de la Côte d'Azur.

"Pas utile à la compréhension"

Carine Doutrelepont estime que la diffusion d'images de DSK menotté, qui ne sont, selon elle, pas utiles à la compréhension de l'affaire, ne répond pas à une mission d'information et ne respecte pas suffisamment la présomption d'innocence.

L'évocation de l'affaire par la presse répond, elle, parfaitement à cette mission puisque l'intéressé exerce une fonction publique et son inculpation rejaillit sur ses activités publiques.

"Même si le déplacement était privé et qu'il n'exerçait pas à ce moment-là de mission pour le FMI, l'événement est de nature à rejaillir sur sa fonction publique et repousse donc la limite de la sphère privée", explique Carine Doutrelepont.

Les images plus fortes que les mots

Le journaliste doit toutefois éviter une "mise en scène" volontaire ou non, qui tendrait à soutenir l'idée de culpabilité. "Les images sont parfois plus fortes que n'importe quel mot", souligne Me Doutrelepont.

En Belgique, la loi sur la fonction de police datant de 1992 interdit aux fonctionnaires de police d'exposer publiquement une personne privée de liberté. Si la police doit prendre des mesures adéquates pour éviter que des images des personnes privées de liberté ne soient prises ou que celles-ci ne soient questionnées par des journalistes, elle ne peut toutefois empêcher la presse d'exercer sa profession, nuance le professeur de l'ULB.

Les fonctionnaires de police belges ne peuvent par ailleurs révéler l'identité d'une personne arrêtée, hormis aux proches.

Ces obligations diffèrent largement de la pratique policière aux Etats-Unis. Une porte-parole du commissariat de Harlem avait en effet rassuré les journalistes en leur déclarant qu'ils pourraient faire leur travail, soit photographier le patron du FMI menotté.

En Belgique, il n'est désormais plus possible de filmer une audience sans le consentement des accusés. Selon des récentes recommandations du premier président de la cour d'appel de Bruxelles, Antoon Boyen, la presse ne peut plus photographier, filmer ni même caricaturer les accusés sans l'autorisation préalable de ceux-ci. Ces recommandations sont jugées excessives par Me Doutrelepont.

Belga
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