DSK comparé à un cochon: le livre de Marcela Iacub remue la profession

DSK comparé à un cochon: le livre de Marcella Iacub remue la profession
DSK comparé à un cochon: le livre de Marcella Iacub remue la profession - © Tous droits réservés

Le Nouvel Observateur a frappé fort, ce jeudi. Sur sa couverture, et tout au long de huit pages intérieures, l’hebdomadaire met en évidence le travail d’une chroniqueuse, juriste de son état, Marcela Iacub. Peu connue en dehors du cercle parisien et des lecteurs d’un journal français, l’écrivaine a en effet publié un livre, qui a tous les atouts pour devenir un bestseller. Son titre : «Belle et Bête» ; son sujet : sa relation intime avec Dominique Strauss Kahn.

Marcela Iacub, présentée pour l’occasion par le Nouvel Observateur  comme essayiste, est tombée amoureuse "de l’être le plus méprisé du pays, le plus méprisé de la planète", selon sa propre expression. 

Relatant dans les détails cette relation qui a duré sept mois, Marcela Iacub explique : "Pour les scènes sexuelles, j’ai été obligée de faire appel au merveilleux. Mais si elles sont fausses sur un plan factuel, elles sont vraies sur un plan psychique, émotif, intellectuel". Et elle construit, dans la foulée, ce qu’elle appelle sa théorie "du cochon" : "Ce qu’il y a de créatif, d’artistique chez Dominique Strauss-Kahn, de beau, appartient au cochon et non pas à l’homme", explique-t-elle au journaliste du Nouvel Observateur en ligne.

Une "théorie du cochon" qui ne convainc pas la profession...

Mais le livre à paraître, dont les ingrédients en font un succès en puissance, prête le flanc à plusieurs critiques.

Car Marcela Iacub écrivait déjà beaucoup sur l’"affaire DSK" : un livre; mais également une chronique dans le journal Libération, alors que sa relation avec l’ancien directeur du FMI est encore en cours.

Elle y critique certains accusateurs de DSK, mais, à aucun moment, ne fait état de leurs rapports. Quentin Girard, journaliste à Libération, réagissait jeudi : "Pour écrire ces quelques lignes, Marcela Iacub se fiait un petit peu plus qu'à Gala, mais elle n’a pas jugé bon à l’époque de le préciser, ni aux lecteurs, ni à Libération".

Il n’y a pas que le travail de la chroniqueuse qui a drainé les commentaires depuis hier. L’hebdomadaire à lui-même été mis sur la sellette pour son choix éditorial, entre autres par sa propre Société des rédacteurs (SDR, organe réunissant les journalistes et qui en défend leurs intérêts). Dans un communiqué, le bureau de la SDR "s’interroge, dans sa majorité, sur l’opportunité de mettre à la Une de notre magazine l’ouvrage de Marcela Iacub". Et "regrette, en outre, que les personnes mises en cause n’aient pas été contactées comme le prévoit la Charte" des journalistes. La SDR demande aussi à la direction de s’en expliquer.

Dominique Strauss Kahn a, pour sa part réagi: dans une lettre publiée par Le Figaro, il dit son "dégoût" face aux procédés utilisés par Marcela Iacub. Il dénonce "une opération qui donne la nausée" de la part de "l’ancien grand journal de la conscience de gauche". L'ancien ministre affirme qu'il demandera à ses avocats d'étudier les possibilités de porter plainte.

Le Nouvel Observateur a-t-il manqué de déontologie à l’occasion de cette parution ?

Sans avoir étudié ce cas particulier, André Linard, secrétaire général du Conseil de déontologie journalistique en Belgique francophone, estime que le journal ne devrait pas répondre d’une responsabilité particulière dans ce cas-ci. "Je ne vois pas où est le problème : des livres paraissent sur la famille royale, par exemple, mais rien n’empêche les médias d’en rendre compte", explique-t-il.

A propos du travail de Marcela Iacub, en revanche, "la question que je peux me poser est, puisque c’est une forme de journalisme à visage couvert, 'est-ce que ça répond aux conditions déontologiques ?’ ", ajoute André Linard. La règle veut en effet que le journaliste se présente comme tel, et explique le but de son enquête.

Dans ce cas-ci, deux points principaux peuvent donc être évoqués, explique le secrétaire général du CDJ : "Ces informations obtenues à visage couvert auraient-elles pu être obtenues d’une autre manière ? Et est-ce que ces informations se justifient du point de vue de l’intérêt général ?"

Chroniqueuse ou écrivaine?

André Linard cite, pour exemple, le reportage de Florence Aubenas relaté dans son livre "Le quai de Ouistreham", où la journaliste se fait passer pour les besoins de son enquête pour une chômeuse de longue durée.

Mais même si le récit de Marcela Iacub devait répondre aux conditions précitées, il doit également "ne pas entrer dans l’intimité des gens, et ne pas présenter de danger disproportionné", en prenant par exemple des risques inconsidérés, ajoute André Linard, qui préfère ne pas juger un cas qu’il ne connait pas de façon précise.

Marcela Iacub ne suscite pas seulement des questionnements au sein-même de la profession. Ses prises de position constantes dans l'"affaire DSK", minimisant les responsabilités de l'ancien directeur du FMI, ou critiquant les avis présentés comme moralisateurs face aux abus présumés de Dominique Strauss Kahn, en ont déjà irrité plus d'un(e).

Marcela Iacub a certainement continué à choquer beaucoup de féministes convaincues. A-t-elle pris des risques inconsidérés en enquêtant sur le sujet qu’elle a choisi ? On n’en saura rien, mais il semble bien que la chroniqueuse ait, à tout le moins, cédé aux puissantes sirènes de la célébrité, au détriment d’une prudence journalistique évidente.

 

W. Fayoumi, avec Slate.fr

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