Des photographies faites par des réfugiés à Paris seront exposées à Londres

Grâce à des appareils photo jetables, des réfugiés immortalisent leur vie à Paris.
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Grâce à des appareils photo jetables, des réfugiés immortalisent leur vie à Paris. - © Disposable Perspectives, Amy Lineham

Un clic, un flash, une roulette à tourner pour préparer la prochaine prise.

Amy Lineham, photographe anglaise, a mis à la disposition de quinze réfugiés des appareils photos jetables afin de pouvoir découvrir, à travers leur regard, leur vie à Paris.

"À la fin de l’année 2016, j’ai été volontaire pendant cinq semaines à l’ouverture du nouveau centre d’accueil de réfugiés à la Porte de la Chapelle. Beaucoup de journalistes venaient prendre des photos, explique la photographe anglaise à DazedCertains discutaient rapidement avec un ou deux résidents, mais la plupart ne le faisaient même pas. J’ai trouvé ce manque d’engagement inacceptable".

Amy Lineham décide alors de lancer le projet "Disposable Perspectives", littéralement "perspectives jetables".

 

 

 

La série développée offre un aperçu émouvant de la vie de personnes rarement vues au-delà de leur statut de migrants

Chaque participant a reçu un kit comprenant des instructions en plusieurs langues (arabe, pachto, farsi, anglais ou français, avec si nécessaire, l'aide d'un traducteur du camp), un appareil photo jetable, deux cartes postales vierges et un stylo.

"En plus des caméras, chaque photographe a reçu des cartes postales vierges pour écrire un commentaire qui accompagne ses photos. Celles récupérées montrent une nette volonté d'envoyer un message au monde: la police ne respecte pas les demandeurs d'asile", précise encore Amy Lineham à Dazed.

Sur les quinze appareils distribués, la photographe en a récupéré huit, notamment à cause des transferts des réfugiés dans d'autres établissements et camps. Un réfugié explique à ce propos qu'il n'a pas pu récupérer ses affaires et l'appareil photo après avoir été expulsé de sa tente par la police. "La perte des caméras durant ces transitions inattendues raconte tout autant l'histoire que les photos retournées, la difficulté de construire une stabilité est mise en lumière lorsqu'une activité si simple est rendue impossible", explique la photographe sur son site.

Les photos ont dépassé mes espérances dans leur aspect artistique, un inconfortable rappel de mes propres préjugés sur ce que peut faire un "réfugié".

L'appareil tourné vers eux ou en direction des plus beaux paysages parisiens, les réfugiés ont fait part de leur vie en transition, en attente d'un futur meilleur, des fragments d'instants résolument réels. Des clichés qui les humanisent aussi et qui nous en rapprochent.

"J'ai l'impression que le fait que ce projet a été réalisé dans un camp d'hommes adultes est particulièrement instructif, étant donné que ce groupe démographique fait l'objet d'une hostilité. J'étais moi-même nerveuse à l'idée de faire du bénévolat dans le camp, notamment en raison des craintes véhiculées par les médias quant à la façon dont je pourrais être considérée comme une jeune femme. Je n'ai pas été plus harcelée que lors d'une soirée normale à Londres", témoigne Amy Lineham

"Cela ne veut pas dire que les incidents ne se produisent pas, c'est tout simplement la même chose que dans tout autre groupe de personnes - certains sont mauvais, certains sont OK, la majorité d'entre-eux sont bons. Au risque de rabâcher, les gens sont juste des gens et prêter un ensemble de caractéristiques à un groupe revient à nier son humanité".

 

 

 

L'exposition "Disposable Perspectives" se tiendra du 2 au 9 juin 2017 à la Galerie Hive Dalston, à Londres.

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