Deep Web: que cache le côté sombre d'internet, où l'anonymat est roi?

Illustration: la salle des serveurs de Facebook à Lulea, en Suède
Illustration: la salle des serveurs de Facebook à Lulea, en Suède - © Susanne Lindholm

Cyberdissidents, "hacktivistes", mais aussi cybercriminels... les internautes voyagent sans laisser de trace dans la partie immergée de l'iceweberg. Mais sont-ils réellement hors d'atteinte ? Que cachent les eaux profondes d'internet, loin de la surface que Google veut (ou peut) bien nous montrer ? Que pouvons-nous y pêcher ? Plongée dans le Deepnet, le côté sombre du web.

Pour beaucoup d'usagers, le web profond et les outils qui y donnent accès (comme le navigateur Tor) sont les garants d'une confidentialité et d'un droit à la vie privée aujourd'hui nettement ébranlés.

D'après Pierluigi Paganini, éditeur en chef de Cyberdefense Magazine et spécialiste de la sécurité internet, c'est d'ailleurs cette sous-couche du web qui a permis aux "whistleblowers", de Julian Assange à Edward Snowden, de dévoiler des secrets que les autorités auraient préféré garder bien à l'ombre.

Surfer en tout anonymat

En plein "scandale PRISM", alors qu'on apprend que la NSA espionne quantité d'usagers d'internet à travers le monde, le Deep Web ou web profond semble d'abord constituer un refuge pour ceux qui brandissent leur droit à la vie privée.

"L'information qu'on retrouve dans ce web profond n'est tout simplement pas accessible aux utilisateurs lambda", explique Damien Bancal, journaliste spécialiste de la cyberdélinquance et  fondateur du site web zataz.com.

Via des systèmes qui permettent de rester anonyme, comme Tor (The Onion Runner, un navigateur qui garantit l'anonymat), il est donc possible d'accéder à une véritable mine d'informations qui ne sont pas collectée par Google (ou autre système populaire), et qui sont donc soit délibérément cachées, soit pas référencées par ces systèmes utilisés par le commun des internautes.

"On trouve de tout sur le web profond", déclare Damien Bancal, rappelant qu'il comporterait "500 fois plus d'informations que sur l'internet". Il est par exemple utilisé par nombre "de journalistes ou de dissidents officiant dans des contrés ou le non-respect du droit à la parole et la censure sont monnaie courante", continue-t-il. Mais aussi par "des usagers qui veulent partager leurs sites, travaux ou photos uniquement à leurs amis", continue-t-il.

Mais si le Deep Web est méconnu du grand public, c'est parce que très peu de gens savent l'utiliser.

Comment naviguer dans le Deep Web ?

Tor est certainement le moyen d'accès au web profond le plus connu. Pour l'utiliser, il suffit de l'installer au même titre qu'un programme comme Firefox ou Google, et il permettra alors à l'usager de dissimuler son adresse IP lors de sa navigation sur les sites web.

Son fonctionnement est assez simple, puisqu'il se sert de l'ordinateur des internautes - après leur accord - comme serveurs, ou comme "nœuds d'anonymisation", explique Damien Bancal. "En gros, se sont des internautes qui proposent des serveurs, voire tout simplement leur connexion pour permettre aux utilisateurs de surfer anonymement."

Seul hic : quand les eaux du web se troublent et qu'on peut y pêcher ses informations en tout anonymat, les "pécheurs" aussi s'y retrouvent.

Quand il y a cybersécurité, il y a cybercriminalité

Pédopornographie, vente d'armes, recettes de fabrication de bombes, plateformes où transitent cocaïne, héroïne ou toute autre drogue... le Deepnet, c'est aussi une jungle d'activités illégales.

Pour Damien Bancal, "Tor est un excellent service, mais il est juste utilisé, comme beaucoup d'autres bons outils, par des malveillants."

Et dès lors qu'il met des contenus illicites à disposition, le Deep Web devient aussi un terrain d'enquête et de surveillance. Un véritable défi pour les autorités chargées de pister les hébergeurs malfaisants, devant alors souvent recourir au piratage pour arriver à leurs fins. Comme lorsque le FBI a, récemment, utilisé une faille du réseau Tor pour piéger un réseau de pédopornographie.

Cette actualité avait d'ailleurs posé question. Y a-t-il vraiment une place où l'anonymat est garanti sur la toile ? Comment rassurer ceux qui voient dans le Deepnet un "lieu" où leur droit à la vie privée est préservée, quand d'autres y trouvent un moyen de spéculer sur le crime ?

"Rien n'est anonyme sur le web, ou le Deep Web", tranche le spécialiste de la cyberdélinquance. "Il suffit d'une faille, d'un bug, d'une erreur humaine pour que l'anonymat ne soit plus qu'un mot", ajoute-t-il.

Et à ceux qui s'étonnent ou critiquent de telles incursions des autorités de surveillance, Damien Bancal veut rappeler qu'un juge qui donne tous les moyens aux forces de l'ordre pour démanteler un réseau criminel doit pouvoir, aussi, le faire pour internet.

Germain Renier (@g_renier)

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