Décès d'Uderzo : le papa d'Astérix a rejoint le domaine des dieux – de la BD- (photos et vidéos)

Albert Uderzo est connu mondialement
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Albert Uderzo est connu mondialement - © Tous droits réservés

Le ciel lui est tombé sur la tête, à l'âge de 92 ans. Albert Uderzo est décédé à son domicile de Neuilly, d'une crise cardiaque, a indiqué sa famille.

Commençant son travail dans un HLM de banlieue parisienne dans les années 50, il deviendra un des dessinateurs les plus célèbres de la francophonie. Ses planches atteindront même des sommets

Albert Uderzo est né le 25 avril 1927 à Fismes, près de Reims. D’une famille d’origine italienne, il obtiendra la nationalité française en 1934. Très vite, le jeune garçon est attiré par le dessin. Et plus spécialement le dessin animé. Les planches de Mickey Mouse seront son premier coup de cœur. Travailleur acharné, c’est son frère Bruno qui le convaincra d’envoyer ses créations à des éditeurs. Petit à petit, l’oiseau fait son nid, et à la fin des années 40, c’est pour plusieurs journaux (destinés à la jeunesse ou non) qu’il travaille, dont l’hebdomadaire OK. C’est sous le nom d’Al Uderzo qu’il signe alors ses œuvres. Très influencé par l’école américaine, il crée à vingt ans sa première série, Belloy. Sorte de héros moyenâgeux à la force herculéenne (Belloy, l’invulnérable, sera le premier album) c’est donc déjà la force qui caractérise le personnage. En 1950, Uderzo vient chez les Belges pour chercher de nouvelles collaborations. Terre de BD, la Belgique lui fait rencontrer Jean-Michel Charlier (scénariste de Buck Danny, Blueberry…), Mitacq (La Patrouille des Castors), Eddy Paape (Jean Valhardy) avec qui il collaborera. Mais surtout, un beau jour, il fera la connaissance de… René Goscinny. Les deux compères ne se quitteront plus.

 

Ils vont vite faire des étincelles avec Oumpah-Pah le peau rouge. Le goût des jeux de mots et des noms loufoques des personnages est déjà bien présent dans les aventures de l’Indien. En 1957, le camarade Goscinny (il vient de fonder un syndicat avec Charlier), introduit Uderzo au Journal de Tintin. Oumpah-Pah s’invite alors dans les pages du magazine à succès. En 1959, ils rejoignent l’équipe d’un nouveau journal : Pilote. Uderzo commence alors à illustrer les scénarii de Charlier pour Tanguy et Laverdure (il le fera pendant une décennie). Parallèlement, Goscinny et Uderzo vont essayer de trouver un nouveau projet…

La genèse d'Astérix expliquée par ses deux créateurs, en 1967 (INA)

Menhir montant, mais oui madame…

Et pourquoi ne pas inventer un univers dans le monde celte ? Cette période de l’histoire, assez peu explorée en bande dessinée à l’époque, permet de parler, en ayant l’air de ne pas y toucher, de la société française contemporaine. En octobre 59, Astérix le Gaulois arrive en librairie. Uderzo dessinera les 31 albums suivants (sans compter Astérix et la rentrée gauloise et L’Anniversaire d’Astérix et Obélix – le livre d’or). Goscinny, lui, planchera sur le scénario des 24 premiers tomes. Le travail des deux larrons va, dès l’entame des Sixties, ne faire que monter en puissance. Et marquer les esprits, et son époque.

Un petit gaulois plus que prolix

Astérix et son univers vont assez vite sortir de leurs cadres et de leurs bulles. Dès la fin des années 60, Goscinny et Uderzo s’associent avec les studios Belvision. Sortiront de leur collaboration deux dessins animés qui rencontreront le succès : Astérix le Gaulois (1967) et Astérix et Cléopâtre (1968). En 74, les Studios Idéfix sont créés, et bientôt arrivera sur les toiles Les douze travaux d’Astérix (1976). Scénario original, il reste dans les annales. S’ensuivront une demi-douzaine de dessins animés (Astérix et… la Surprise de César (85), chez les Bretons (86), le Coup du Menhir (89), et les Indiens (94), et les Vikings (2006)). L’animation fera son retour – version 3D- dans les années 2010, grâce à Alexandre Astier (nous en parlerons plus loin).

 

- Je suis, mon cher ami, très heureux de te voir.
- C’est un Alexandrin !

Astérix va aussi ouvrir son village aux touristes. Le 27 avril 1989 ouvre, près de Paris, le Parc Astérix.

A la fin du XXème siècle (après Jules César), le Gaulois prendra le chemin du cinéma, mais en prise de vue réelle cette fois. Il est déjà la vedette de quatre films. Qui ont tous affolé le box-office : Astérix et Obélix contre César (1999- réalisé par Claude Zidi – près de 9 millions d’entrées) ; Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre (2002 – Alain Chabat – plus de 14,5 millions d’entrées) ; Astérix aux Jeux Olympiques (2008- Frédéric Forestier et Thomas Lagnmann – près de 7 millions d’entrées) et Astérix : au Service de sa Majesté (2012 – Laurent Tirard – près de 4 millions d’entrées). Bientôt, notre guerrier devrait faire frétiller sa moustache du côté de… l’Empire du Milieu, si on en croit les dires de Guillaume Canet (futur réalisateur et interprète de l’intrépide).

 

Astérix ira même loin, très loin de ses côtes armoricaines : dans… l’espace. En effet, le premier satellite français portera son nom. Grâce à lui, la France deviendra à partir de novembre 1965 la 3e puissance spatiale mondiale. D’un poids de 42 kilos, Astérix fonctionnera jusqu’au 26 août 1968.

Archives INA de 1973

Qui c’est les plus braves ?

Enfin ! En 1979, Astérix, Obélix et Abraracourcix se décident à passer Quiévrain !

" Waterzoïe ! waterzoïe ! morne plat ! "

Ils se retrouvent confrontés alors à des êtres exubérants, certes un peu charrieurs mais terriblement amicaux. Ces peuplades de rigolards parlent d’une curieuse façon avec les "Celtillons", ne se comprennent pas forcément entre eux ("Il y a toujours des problèmes de langues entre ces deux castars-là !" dira Nicotine, personnage ayant les traits d’Annie Cordy), et habitent un Plat Pays qui est le leur. Bref, ils sont Belges. Horum omnium fortissimi sunt Belgae, comme disait l’autre… (C’est vrai, entre nous, c’est quand même eux les plus braves, mais chuuut).

 

 

La vie sans Goscinny…

S’achevant sur un festin breughelien, l’album est aussi le dernier signé Goscinny. Le décès de ce dernier, survenu en 1977, attristera profondément Uderzo. Mais le dessinateur ne laissera pas tomber sa petite troupe celtique… Il fera à présent aussi les scénarii. Il quitte la maison d’édition Dargaud en mauvais termes en 1979, et fonde "Albert-René". C’est sa fille, Patricia, qui en prendra les rênes. La société sera rachetée complètement par Hachette en 2011.

Entre-temps, un combat des chefs (juridique) aura eu lieu entre les membres de la famille. Le Grand fossé aura cependant une fin : en 2014, c’est la réconciliation générale (on ne sait pas cependant s’il y eut un grand banquet).

Reportage de Dominique Dussein en 2017 sur une exposition "Astérix Chez les Belges" au musée de la BD, à Bruxelles:

Un public toujours plus nombreux…

Au fur et à mesure des décennies, l’engouement pour le petit gaulois se fait de plus en plus grand. Pour bien comprendre, quelques dates et chiffres (tirage pour le public français) :

1961 : Astérix le Gaulois – 6 000 exemplaires.

1964 : Astérix gladiateur – 60 000 exemplaires.

1966 : Le combat des chefs – 600.000 exemplaires.

Toujours en 1966, mais quelques mois plus tard : Astérix et les Normands – 1.200.000 exemplaires.

La décennie 70 verra les ventes fluctuer entre 1 million et un 1.500.000 exemplaires.

Les années 80, on pourra rajouter 500.000 exemplaires de plus.

Au tournant des années 90, les compteurs s’affolent : En 1991, La Rose et le Glaive passe la barre des 2 millions de tomes vendus. En 1996 La Galère d’Obélix fait 2.600.000, suivi en 2001 par Astérix et Latraviata qui franchit les 3 millions. Et les presses de surchauffer quand paraît Le Ciel lui tombe sur la tête en 2005, avec 3.200.000 d’exemplaires. Il s’agit là du dernier album signé Uderzo. Les chiffres retrouveront un tirage à hauteur des 2 millions d’exemplaires chacun pour les albums suivants.

Les lecteurs sont de plus en plus nombreux, certes, mais les critiques aussi. Après les bijoux de scénarii, d’inventivité, d’humour et de finesse des albums cosignés avec Goscinny, malgré l’espace de plus en plus long entre les albums, Uderzo réussi à garder une certaine qualité narrative. Le Grand Fossé, l’Odyssée d’Astérix ou encore Le fils d’Astérix tiennent la corde. Dans les années 90, c’est un peu "Fluctuat nec mergitur". A partir de La Galère d’Obélix, les albums sont distrayants, Uderzo dessine toujours aussi bien, mais les histoires se font nettement plus laborieuses, les gags moins percutants et le rapport à l’actualité presque inexistant. La déception guette… Pour arriver à un certain paroxysme chez certains amateurs avec la sortie du Ciel lui tombe sur la tête. Album incompris, Uderzo a voulu rendre hommage à Disney et aux mangas. La confrontation entre les différents univers ne fera pas mouche.

 

 

 

 

 

Les tirages explosent au tournant des années 2000.

 

…Et Uderzo de passer le crayon

Au début des années 2010, Uderzo se pose des questions. Son bras tremble de plus en plus, et arrivera-t-il à trouver le courage de continuer à produire des albums ? La série doit-elle s’arrêter avec lui, comme le Tintin d’Hergé ou le Gaston de Franquin ? Ou doit-il passer la main, comme Morris avec Lucky Luke ?

Albert Uderzo choisit la deuxième possibilité. Mais pas question de changer de ton ni de graphisme. Et Uderzo supervisera la production. Exit donc une option comme celle des Spirou, qui passe d’auteurs en auteurs et dont le dessin se transforme avec le temps.

Le bébé passe donc entre les mains de deux autres gaulois. A savoir Jean-Yves Ferri, pour les scénarii et Didier Conrad, pour le dessin. Les aventures s’enchaînent depuis 2011. Les albums conduisent le héros à casque chez les Pictes (sur cet album, cependant, la couverture sera dessinée des mains d’Uderzo, tel un passage de relais), s’attaquer au Papyrus de César, participer à la Transitalique, et dernièrement rencontrer La Fille de Vercingétorix.

Dans une interview au Parisien, Albert Uderzo déclare cependant contrôler de très près la production des bandes dessinées. Et le dessinateur devenu également scénariste de souhaiter que l’œuvre s’arrête cependant quand son jugement ne sera plus présent. "Je ne veux pas laisser Astérix entre d’autres mains après ma disparition. Je n’ai pas envie de prendre le risque de tout fiche en l’air, de faire n’importe quoi pour de l’argent. A vrai dire, j’ai une peur bleue." confie Uderzo.

Pourtant, d’autres successeurs de l’univers de Goscinny et Uderzo ont fait leur apparition et se sont approprié les personnages dernièrement. Alexandre Astier et Louis Clichy ont déjà réalisé deux films d’animation, avec le succès au rendez-vous. Uderzo saluera leur "travail considérable" (toujours selon Le Parisien) dans Astérix : le Domaine des dieux (2014) et Astérix : le Secret de la Potion magique (2018). Les deux artistes ont réussi à respecter l’œuvre, à rester dans son esprit, et à en même temps la renouveler.

Reportage du JT lors de la sortie de l'album "Astérix et le Papyrus de César" (2015)

 

 

Salulartix!

Nommé Chevalier (1985), puis Officier (2013) de la Légion d’honneur, Uderzo aura toute sa vie chéri ses personnages.

Il laissera une œuvre pleinement inscrite dans notre patrimoine, faisant toujours rire autant chez les Belges que dans la Gaule entière, autour de la Mare Nostrum comme dans le reste du monde. Bonne Grande Traversée, Moooooonsieur Uderzo. 

Sujet et commentaires en plateau d'Hugues Dayez, dans notre 13h

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