Musique : décès du grand compositeur grec Mikis Theodorakis, créateur du "Sirtaki"

Le compositeur grec Mikis Theodorakis est mort à l’âge de 96 ans à Athènes, a-t-on appris jeudi de source hospitalière.

Ancien résistant et opposant à la dictature des colonels, Mikis Theodorakis était devenu célèbre en composant la musique du film "Zorba le Grec" (1964), une rengaine reprise à travers le monde. Il a ainsi rendu populaire le Sirtaki sur la planète entière. Ce musicien a construit tout au long de sa carrière une œuvre foisonnante, devenue une incontournable bande-son de la vie de son pays.

 

Pour le cinéma, on lui doit également aussi de prestigieuses musiques pour des films de Costa Gavras, tels "Z" ou "Etat de siège". Et à son actif également, n’oublions pas "Serpico" de Sidney Lumet.

Retour du bouzouki

D’oratorios en symphonies, d’hymnes en opéras, il s’est employé, par foi dans la culture populaire, à ouvrir au grand public la tradition classique et la poésie, mettant en musique Axion Esti du prix Nobel Odysseas Elytis ou le Canto General de Pablo Neruda.

Il a aussi sorti du ghetto le rebetiko, le "blues grec", et ses instruments traditionnels, dont le bouzouki, héritage de la culture gréco-orientale d’Asie mineure, sur les côtes de l’actuelle Turquie.

En dépit de ses foucades politiques, ses coups de gueule et accès de susceptibilité, ce géant chaleureux à la tignasse en bataille s’était ainsi hissé au statut de monument national.

En revendiquant toujours une farouche indépendance : "du fait de ma taille, je n’ai jamais pu m’incliner", plaisantait-il.

Bravant une santé fragile, il montait encore régulièrement sur scène ces dernières années, pour recueillir les acclamations de milliers de compatriotes.

Archive SONUMA (1985)

Crise grecque

Au déclenchement de la crise grecque en 2010, il s’était dressé contre la tutelle et l’austérité imposées au pays par le FMI et l’UE, essuyant même des gaz lacrymogènes lors d’une violente manifestation en février 2012.


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"Que ceux qui traitent le peuple comme une ordure sachent que ces ordures peuvent devenir de la dynamite", lançait-il encore aux journalistes en mars 2017. Qualifiant au passage la chancelière allemande Angela Merkel et son ex-ministre des Finances Wolfgang Schäuble "de carnassiers".

Shocking

Mais le droit de regard qu’il a revendiqué jusqu’au bout sur les évolutions politiques l’a plusieurs fois fait déraper.

Mikis Theodorakis avait ainsi comparé Georges Bush à Hitler, ou qualifié en 2003 le peuple juif de "racine du mal", après avoir longtemps concilié engagement pro-palestinien et amitié avec Israël.

Il avait aussi apporté sa caution en février 2018 aux franges les plus nationalistes de l’opinion publique grecque, opposées à tout accord sur le partage du nom de la province septentrionale de Macédoine avec le petit État voisin.


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"Mes frères, fascistes, racistes"… son adresse à la foule pendant une grande manifestation organisée alors à Athènes avait choqué.

Précoce

Né le 29 juillet 1925 à Chios, en Egée, dans une famille d’origine crétoise, "Mikis", comme l’appelaient tous les Grecs, compose dès l’âge de 13 ans et rallie la résistance dès l’invasion nazie.

Engagé auprès des communistes au cours de la guerre civile (1946-1949), il est déporté par le régime de droite dans l’île-bagne de Macronissos, où il est torturé. Il part ensuite à Paris, étudier au conservatoire.

De retour à Athènes, il se lie à Grigoris Lambrakis, député du parti de gauche, l’EDA, assassiné en novembre 1963 à Thessalonique par l’extrême droite avec la complicité de l’appareil d’État. Il composera plus tard la musique du film "Z" que Costa Gavras dédiera à cette affaire.

Symbole de résistance

En 1964, le musicien est élu député de l’EDA du Pirée, le port près d’Athènes.

Dès le début de la dictature des Colonels, qui démarre le 21 avril 1967, Theodorakis est arrêté. Gracié un an plus tard, il dirige un mouvement clandestin et se retrouve assigné en résidence surveillée.

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Melina Mercouri et Mikis Theodorakis en conférence de presse pour le renversement de la junte militaire grecque, à Paris, en 1970. © BELGA/AFP
L’artiste en 2005 © BELGA/AFP

Sa popularité ne cesse de croître et pour tenter de le réduire au silence, les colonels le jettent en prison et interdisent son œuvre. Theodorakis devient le symbole de la résistance à la dictature, que la junte est finalement contrainte de laisser partir, à Paris, sous pression de la communauté internationale


A revoir : archive de la SONUMA de 1971 (avec le compositeur et Mélina Mercouri et Hélène Vlachou)


A l’effondrement de la dictature en 1974, une foule immense l’accueille à son retour le 24 juillet à l’aéroport d’Athènes, scandant son prénom.

Ministre sans portefeuille

Il apporte alors un soutien inattendu à Constantin Caramanlis, l’homme d’État de droite qui orchestrera le rétablissement de la démocratie. La formule qu’on lui attribue, "Caramanlis ou les tanks", fâchera longtemps ses camarades.

Caramanlis ou les tanks

En 1981, il rallie pourtant le parti communiste ultra-orthodoxe KKE, et est réélu député du Pirée.

Il sera un précurseur du dialogue bilatéral avec la Turquie, qu’il promeut en musique en 1997 avec le chanteur turc Zulfu Livanelli, juste après un grave incident territorial entre les deux pays.

En 1990, nouveau revirement : pourfendeur du populisme qu’il impute au dirigeant socialiste Andréas Papandréou, il adhère au parti conservateur de la Nouvelle-Démocratie, qui remporte les élections, et décroche un ministère sans portefeuille.

"Chant olympique", composé à l’occasion des JO de Barcelone en 1992

Au pied de l’Acropole

Il refermera vite cette parenthèse pour se retirer dans sa maison située au bas de l’Acropole, où il peaufinera jusqu’au bout des recueils de mémoires.

Il laisse derrière lui la femme de toute sa vie, Myrto, et deux enfants, Marguerite et Georges.


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