De nouvelles mesures contre le coronavirus et un moral loin d'être au top

De nouvelles mesures contre le coronavirus et un moral loin d’être au top
De nouvelles mesures contre le coronavirus et un moral loin d’être au top - © Brandon Colbert Photography - Getty Images

Pour toute une frange de la population marquée par la manière dont elle a vécu le confinement et qui subit les conséquences économiques et sociales de la crise, les mesures annoncées hier pour limiter davantage la propagation du coronavirus, ce n’est pas simple. Restreindre davantage ses contacts, une bulle de quatre, et ce sur fond d’un moral loin d’être au top, dans un contexte ambiant déjà extrêmement morose.

Plus d’une personne sur 3 déclare que l’épidémie de coronavirus a beaucoup changé sa vie

Selon une enquête de Santé de l’organisme de recherche Sciensano qui avait été publiée fin juin et qui s’intéressait au vécu des Belges durant le confinement (enquête menée en ligne auprès de 34.000 personnes), "les troubles anxieux (16%) et dépressifs (15%) parmi les personnes de 18 ans et plus sont moins fréquents que lors de la première enquête de santé COVID-19 (respectivement 23% et 20%), mais restent malgré tout plus largement présents qu’avant la crise. […] De manière générale, plus d’une personne sur 3 déclare que l’épidémie COVID-19 a beaucoup changé sa vie. Cette proportion augmente chez les jeunes, parmi lesquels une personne sur 2 rapporte que sa vie a considérablement été impactée par le coronavirus."

Une quatrième enquête sur le même thème menée par Sciensano est en cours, et il n’est pas certain que les conclusions du travail soient moins bouleversantes.

Mon équipe travaille quasiment au triple de ses suivis habituels

Frédérique Van Leuven est psychiatre dans l’Equipe Mobile de Crise de la Région du Centre. "Je peux dire que mon équipe travaille quasiment au triple de ses suivis habituels depuis le début de la crise et que nous ne sommes pas seuls dans le cas. Donc la plupart des différents services avec lesquels je suis en contact (que ce soit des praticiens en privé, dans les services psychologiques et psychiatriques des hôpitaux généraux, que ce soit les services de santé mentale), tout le monde signale qu’il y a en effet une augmentation importante des demandes et qu’on a du mal à suivre".

Elle ajoute que des personnes qui ont été malades commencent à présenter des tableaux un peu chroniques au niveau psychologique, (des signes) qu’il ne faut pas sous-estimer. "C’est bien décrit maintenant avec des troubles de la mémoire, du sommeil, de concentration, des problèmes de dépression".


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Frédérique Van Leuven (qui est également vice-présidente du groupe du Conseil Supérieur de la Santé sur les conséquences psychosociales du Covid) ajoute que l’entourage des personnes qui ont été malades souffrent aussi. "Les soignants sont une population qui a été particulièrement mise à mal. Parce que c’est une population qui est extrêmement fatiguée, qui n’a pas arrêté de lutter sur le terrain. Je dirais qu’il y a beaucoup de soignants qui vont mal. […] Les équipes rapportent qu’elles ont entamé une rentrée en étant fatiguées, et c’est le même discours que j’entends chez les enseignants qui parfois ont travaillé à distance mais qui ont travaillé un peu sans limite, et qui à nouveau entament une rentrée dans une période très incertaine".

Geneviève X, institutrice de 42 ans dans la région de Mons, déclare : "Il faut que nous (les enseignants) on garde le moral pour que les enfants gardent le moral parce que je pense que pour les enfants, c’est très anxiogène. Et puis voilà moi je suis touchée de près parce que mon mari est artiste… C’est surtout ça qui est angoissant. Quand est-ce que ça va se terminer, quand est-ce que mon mari pourra retravailler ? Quand pourrai-je à nouveau enseigner en enlevant le masque ?"

Un manque de prévisibilité qui pèse sur le moral

Frédérique Van Leuven ajoute que les nouvelles mesures, annoncées hier, nous rappellent que l’on est dans une période extrêmement instable, "où l’on ne peut pas faire beaucoup de projets à l’avance, où ce que l’on pensait acquis n’est pas acquis. Donc globalement le fait qu’il y ait des mesures successives […] tout cela augmente le sentiment d’instabilité, d’insécurité des gens ; maintenant, il faut savoir que c’est une situation épidémique […] et je trouve qu’au moins on a maintenant un discours de responsabilisation, de conscientisation, qui est le b.a.-ba d’une prévention au niveau national".

Le manque de prévisibilité qui pèse sur le moral… pour cet audiologiste indépendant de 39 ans, c’est très embêtant. "On essaie de rester positif mais ce n’est pas toujours évident. Avec le confinement, on a eu pas mal de restrictions… On aime bien les vacances mon épouse et moi alors (avec ces nouvelles mesures encore) c’est dur de se projeter et de se dire quand on pourra partir à nouveau. Dans notre travail, il n’y a pas vraiment de limite alors (les vacances) ça nous aide quand même bien, surtout en tant qu’indépendant par rapport à ce que l’on a connu il y a 6 mois".

Les chiffres d’invalidité liée à la santé mentale risquent d’être inquiétants en 2021

Les conséquences de la crise n’ont pas fini de se faire sentir. Pour François Perl, directeur général du service Indemnités de l’INAMI, "on a eu un premier constat au tout début de la crise avec un pic, c’est ensuite un peu redescendu pour se stabiliser mais cela reste très inquiétant parce qu’en fait une grosse partie des personnes qui souffrent de troubles mentaux ont été si je puis m’exprimer ainsi 'absorbées' par le chômage temporaire. C’est-à-dire que ce sont des personnes qui sont un peu passées sous nos radars parce que le chômage temporaire était à ce moment-là plus généreux, et que c’était à ce moment-là plus facile pour eux de rester en chômage temporaire plutôt que d’entamer les procédures pour être reconnues en incapacité de travail".

François Perl ajoute, "ce que l’on constate maintenant, tout doucement, […] c’est une reprise. On craint cela surtout à partir des prochaines semaines voire des prochains mois, quand le chômage temporaire va diminuer, (on craint) une très forte hausse du nombre d’invalides en Belgique. On est déjà à plus de 450.000 invalides cette année, et à mon avis les chiffres de 2021 risquent d’être assez inquiétants de ce point de vue-là." François Perl précise que ce type de phénomène a déjà été constaté après la crise de 2008.

"Le contre-coup d’une crise économique et sociale comme celle du Covid-19 ne se mesure pas tout de suite sur la santé mentale, elle a une espèce d’effet retard. Ainsi par exemple la crise de 2008 a eu un très lourd effet, et on n’a pu les mesurer que 1 ou 2 ans après. Il est probable qu’avec la crise Covid-19 on arrive un peu aux mêmes conclusions."

Les nouvelles règles en place en octobre pour lutter contre le coronavirus (JT du 07/10/2020)

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