Dans le smartphone de Guillaume (17 ans): "Quand ton GSM est à plat, tu te sens à poil"

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Que font vraiment les adolescents avec leur smartphone ? Quels sont les réseaux sociaux qu'ils consultent le plus ? Quelle place occupe encore la télévision dans leur vie ? Comment consomment-ils les médias ? Pour répondre à toutes ces questions, la RTBF vous propose une série de portraits d'adolescents. Objectif : parcourir avec eux le contenu de leur téléphone pour savoir ce qu'ils en font vraiment. Deuxième épisode : Guillaume, 17 ans.

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À 17 ans, Guillaume a les yeux qui pétillent et des rêves plein la tête. En septembre prochain, le jeune homme originaire du Brabant wallon s'envolera pour l'Australie. Au menu : neuf mois de voyage qu'il financera en partie avec des petits boulots sur place. Mais avant ça, il devra réussir sa rhéto et devenir majeur. Car cette année, la "génération 2000" entrera dans l'âge adulte. Une génération qui ne se souvient pas des attentats du 11-Septembre 2001. Des ados qui n'ont jamais rembobiné une cassette VHS. Des enfants qui n'avaient que 4 ans quand un certain Mark Zuckerberg lança dans sa chambre d'étudiant d'Harvard un réseau social qui allait conquérir le monde.

Et après l'aventure australienne ? "Je pense faire des études de droit comme ma maman. Peut-être aux Facultés Universitaires Saint-Louis où ils font des cours de droit en anglais. Ça me plairait de me développer vers l'international. Mais on ne sait jamais que je change d'avis."

J'étais accro aux jeux. J'achetais des cartes iTunes. Qu'est-ce que je regrette

En attendant la liberté, Guillaume a accepté de parler de son smartphone. Un iPhone 5S qu'il dépose sur la table du bar où l'on s'est fixé rendez-vous, devant un verre de bière d'abbaye qu'il a commandé avec aplomb. Cet animateur pour enfant passionné de sport se souvient à peine de son premier téléphone. "Je l'ai eu à 12 ans, quand je suis rentré en secondaire. J'avais un Samsung un peu basique. Le genre qui est à moins de 100 balles quand on a un abonnement Proximus." A l'époque, il s'en sert assez peu, préférant utiliser l'iPod acheté avec ses économies.

"Je me souviens que j'étais accro à des jeux à la con. Genre Clash of Clan. (...) C'était vraiment la hype ultime. Je pense que j'ai même dépensé de la thune là-dedans. J'achetais des cartes iTunes pour avoir 20 balles. Qu'est-ce que je regrette..."

Viendra ensuite l'inscription sur Facebook, vers 13 ou 14 ans. Aujourd'hui, le réseau social - qu'on dit en perte de vitesse chez les jeunes - fait partie de sa vie. "Quand on a du temps, on met la 4G et on va sur Facebook." En classe aussi ? Parfois. Guillaume se lance alors dans une démonstration. "Il y a un théorème où deux éléments rentrent en compte. D'abord le fait que le prof soit bigleux ou pas. On sait quels sont les profs qui ne voient jamais rien. Dans ce cas-là, ça saute aux yeux que tout le monde n'hésite pas à utiliser son téléphone. Et puis on évalue ce qu'il risque de nous arriver si un prof avec des yeux de sniper nous choppe."

WhatsApp "c'est vraiment un truc de vieux"

L'écran est rayé dans un coin. Derrière les icônes, une photo de Guillaume prise lors d'un séjour humanitaire au Burkina Faso. En premier plan, la façon dont les applications sont rangées est très révélatrice. "Je vais à l'essentiel. Je suis quand même maniaque. Je mets en haut tout ce qui est réseaux sociaux." WhatsApp est une exception dans ce tri. "Je ne l'utilise jamais. Je l'ai téléchargé pour faire plaisir à ma maman. Je ne vais pas le cacher, c'est vraiment un truc de vieux. C'est les SMS, mais par internet. Ça s'arrête vraiment là."

Dans le coin supérieur gauche, Facebook trône en bonne place avec quatre notifications. "J'ai ouvert mon compte à 13 ans, le lendemain de mon anniversaire, sourit-il. Quand on est jeune, on fait un peu les cons sur Facebook parce qu'on ne se rend pas trop compte que tout le monde peut voir ce qu'on met. C'est ta vie que tu affiches là. Plus ça se développe, plus tu commences à avoir un plus grand cercle d'amis, à sortir. Là on prend conscience de l'importance de Facebook."

Combien compte-t-il d'amis sur le réseau ? "Je dois être à 300, hasarde-t-il. Si je ne connais pas la personne, je ne l'ajoute pas." Vérification faite, il en a 709. En ce compris sa maman et sa grand-mère. "C'est plus que ce que je pensais. Je n'ai jamais fait gaffe."

Sur Facebook, je n'ai rien à cacher

Guillaume estime qu'il n'est "pas un grand posteur", mais il reconnait que Facebook est le réseau qu'il utilise le plus avec Snapchat. Et ce malgré ce "cliché chez les parents" qui veut que "Facebook c'est le mal. Mais il faut juste éviter de faire l'idiot et ne pas poster des photos de soi bourré à quatre heures du matin". Et d'ajouter : "Je sais que ce que je poste est public, qu'il ne faut pas que je mette de bêtises, que je ne parle pas de mon intimité. Mais je n'ai rien à cacher là-dessus."

Si le réseau au logo bleu lui plait tant, c'est parce qu'on y retrouve les événements et les soirées à venir, mais aussi les groupes de classe "vachement pratiques" ou "des pages drôles". Sans oublier que "c'est facile d'ajouter les gens. Tout le monde est dessus". Plutôt pratique pour entrer en contact avec quelqu'un ou pour le "stalker" (une pratique qui consiste à espionner en détails la vie numérique de quelqu'un).

Tout le monde est dessus, vraiment ? On insiste un peu, Guillaume plonge dans ses souvenirs et se souvient d'une fille de son école. "C'est marrant comment ça parait un peu un spécimen rare. Elle était dans ma classe l'année passée et n'avait pas Facebook. Son exclusion n'était pas totale parce que sa meilleure amie la tenait au courant de ce qui se disait dans le groupe de la classe."

On n'en peut plus de la mise à jour de Snapchat

Mais Facebook doit faire face à une sérieuse concurrence dans le cœur des ados. Snapchat les séduit par son côté éphémère, même si une récente mise à jour a porté un sacré coup à sa popularité. "Tout le monde n'en peut plus de cette mise à jour", lâche Guillaume. Même ceux qui avaient bloqué les mises à jour automatiques des applications sur leur téléphone n'ont pas été épargnés. "J'ai vu plein de messages en mode : 'Ça y est on est en Corée du Nord ici, on nous force à installer la mise à jour'. Il y a plein de tutos qui expliquent comment remettre l'ancienne version de Snapchat."

Snapchat, c'est aussi un système de flammes "assez addictif. C'est un truc génial pour les propriétaires de l'app". En résumé : chaque jour où deux personnes échangent mutuellement des messages, ils collectent une flamme. Le but ? En avoir le plus possible. "Quand tu perds tes flammes c'est le drame national", affirme le jeune homme, non sans ironie.

Des amis qui en sont à 600 flammes sur Snapchat

"Souvent, quand quelqu'un part et sait qu'il n'aura pas accès à Internet, il passe son compte à une autre personne. Celle-ci doit switcher de compte pour envoyer des messages. J'ai un très bon pote qui a donné son compte à sa copine avec qui il est depuis longtemps pour maintenir la relation. Ils sont à 600 flammes. Deux ans qu'ils font ça."

Il poursuit : "Il n'y a que trois personnes avec qui j'ai des flammes. Mon meilleur ami, ma meilleure amie et  ma copine. C'est tout. C'est encore fun de se dire qu'on a 50 flammes, soit 50 jours consécutifs où on a tous les deux envoyé un truc." 

De là à parler d'addiction aux réseaux sociaux et au smartphone en général ? Guillaume tempère : "Ça me fait rire, j'ai envie de garder mes flammes. Mais ce n'est pas une addiction. Demain, tu m'enlèves mon téléphone, ça me saoulerait. Mais surtout pour des raisons pratiques. Quand tu es parti à Bruxelles et que ton téléphone est à plat, tu te sens à poil parce que tu ne peux pas regarder les horaires de train, ni ton solde sur ta carte de banque."

Sur l'écran de l'iPhone de Guillaume, l'application YouTube est en tête de la deuxième rangée. Il est abonné aux comptes de nombreuses stars de la plate-forme. Parmi eux : Tibo in Shape (très suivi par les amateurs de musculation), Amixem ("Il fait des vidéos un peu 'putaclic'. C'est un peu sa marque de fabrique."), le joueur du grenier (qui explore d'anciens jeux vidéo et réalise des courts métrages), Nota Bene (une chaîne sur l'histoire), Hugo Décrypte (un youtubeur qui commente l'actualité), Dr Nozman (qui parle de phénomène scientifiques), sans oublier Math se fait des films "qui est Belge en plus".

Sur Instagram, "on a envie que les gens nous trouvent beau gosse"

Coincé entre YouTube et Spotify, il y a Instagram, le réseau social centré sur la photo avec une touche artistique. "J'y suis depuis pas très longtemps. C'est pas mal parce que ça met les photos beaucoup plus en valeur que sur Facebook." S'il fallait faire une comparaison "de vieux", Instagram serait comme l'album photo imprimé qu'on conservait jadis sur une étagère. Tous ces clichés qu'on garde précieusement parce qu'ils nous rappellent de bons souvenirs.

"Instagram, c'est les photos propres, affirme Guillaume. J'adore chipoter avec les filtres. Des fois je mets 10-15 minutes à faire la bonne luminosité." Avec un petit côté narcissique parfois ? Oui, reconnait l'ado à demi-mots. "Ça ne me fait pas peur de mettre des photos où j'ai l'air débile. Mais il y a un côté esthétique avec le filtre qu'on ajoute. On est quand même toujours bien mis en valeur, on a envie d'avoir des likes et que les gens nous trouvent beau gosse."

Quelle place pour l'information dans cette jungle de réseaux sociaux ? Guillaume n'a qu'une seule application pour ça... et elle parle de sport. "J'utilise pas mal l'application Eurosport pour regarder les résultats. Il y a aussi souvent des articles intéressants. Par exemple sur comment un sport s'est développé, sur le parcours d'un athlète..."

Quant à la télévision, comme beaucoup d'autres adolescents, Guillaume la regarde surtout en famille. "Je regarde le journal télévisé avec mes parents plus ou moins tous les soirs.  C'est souvent celui de France 2. Ça me parait important d'être informé sur le monde."

Et soudain... "Je m'informe aussi avec des journaux papiers"

C'est alors qu'on se dit qu'on doit être tombé sur la perle rare. Sur un jeune qui lit... un journal en papier ! Ce même papier qui peine chaque jour un peu plus à se vendre à l'heure de l'information gratuite sur internet. "Mes parents sont abonnés à La Libre Belgique. Souvent, quand je mange le matin, il y a le journal qui est déposé sur la table. Quand je suis en retard je lis juste le 'en deux minutes' à l'arrière et je note ce qui pourrait m'intéresser. J'ai été éduqué à ça."

Cette éducation lui vaut parfois le qualificatif d'"intello". Il s'en amuse. "Les gens sont un peu surpris. Mais il y a un côté qui me plait de s'informer sans quelqu'un qui te dit quoi faire. Je ne lis jamais tout le journal. J'ai un paquet d'infos à disposition et c'est moi qui choisis ce que j'ai envie de lire."

Après l'attentat contre Charlie Hebdo, ses parents ont même pris un abonnement au journal satirique. "Mon papa le lisait et se marrait. Du coup j'étais curieux. Ça me faisait rire, mais c'était un peu trash quand même. Il y a beaucoup de trucs de cul. Maintenant, à 17 ans, je m'en fiche. Mais j'avais 14 ans à l'époque."

L'ado presque adulte a fini sa bière. Le journaliste a pris un coup de vieux, mais repart un peu rassuré. Même dans un monde qu'on prédit tout numérique, il aura encore un public. Peut-être moins nombreux et plus difficile à capter qu'avant. Mais un public quand même.

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